Présidentielles : 2016-2023 dynamique inverse

Ces personnalités qui ont toutes soutenu Jean Ping en 2016 ont transhumé pour rejoindre Ali Bongo alors que 2023 pointe son nez ©DR

Libreville, 23 août 2021 (Dépêches 241). Si on vous contait l’histoire de la politique gabonaise, elle serait inéluctablement marquée par des chapitres entiers mettant en évidence chez ses hommes politiques le goût prononcé pour la transhumance et la trahison des idéaux autrefois défendus. Une transhumance presque innée, symbolisée par des alliances aussi surprenantes que improbables. Des alliances qui se font et se défont, souvent au gré des intérêts des acteurs, au gré du vent et des tendances positives.  

Si la pré-campagne de la présidentielle 2016, avait été marquée par une ruée vers l’opposition, des anciens caciques du régime, attirés par l’incroyable ascension de Jean Ping alors la figure tutélaire de l’opposition, lui même un ancien cacique du régime d’Omar Bongo, force est de constater qu’aujourd’hui alors que la présidentielle 2023, pointe son nez à l’horizon, la tendance semble s’être inversée. Désormais on parle du «retour à la maison du Père» des mêmes gens qui, mécontents, avaient claqué la porte il y a 6 ans. Mais, pour quelles finalités?

« Je décide ce jour de me déployer ailleurs que dans la Coalition pour la nouvelle République et de me mettre à la disposition de la République et par conséquent de l’Etat ». Ces mots prononcés par Jean Eyeghe Ndong,  le dernier vrai membre influent de la galaxie Jean Ping, portent en eux le symbole de la transhumance politique à la gabonaise. S’ ils n’avaient pas été tenus à l’occasion d’une déclaration publique, personne n’aurait cru que « Nze Fe », le dernier des mohicans du cercle restreint d’Okoka, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2009, lequel usait des termes « usurpation », « imposture » pour décrire le régime actuel, allait ravaler son vomis et rejoindre Ali Bongo Ondimba.

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Ce rapprochement avec le pouvoir en place, René Ndemezo’o Obiang, pourtant directeur de campagne de Jean Ping, avait été le premier à l’amorcer, dès mars 2017, en acceptant de participer au dialogue d’Angondjé organisé par le gouvernement à l’issue de l’élection contestée d’Ali Bongo. Un choix qui lui avait permis d’être propulsé aux fonctions de Président du Conseil économique social et environnemental (CESE). Avant lui, l’épidermique opposant Bruno Ben Moubamba aujourd’hui Imothep, avait accepté le 2 octobre 2016 d’aller à « la soupe » avec le juteux portefeuille de vice-Premier ministre chargé de l’Urbanisme, de l’Habitat social et du Logement. Il sera évincé du gouvernement moins d’un an après son arrivée, en septembre 2017. 

Dans la foulée après quelques atermoiements, c’est Jean de Dieu Moukagni Iwangou dit le « Bantu » qui le 4 mai 2018 répondait à  « l’appel de la Nation » en acceptant d’intégrer le gouvernement d’Ali Bongo contre la volonté de sa famille politique. Il sera viré sans préavis en juillet 2020, perdant ainsi sa crédibilité et se suicidant politiquement. Une fin que ne connaîtra pas Michel Menga, « le Gabonais »,  ancien soutien de Jean Ping et proche de Barro Chambrier au sein du Rassemblement Héritage et Modernité, mouvement politique qui s’est depuis disloqué en raison du choix de l’actuel ministre de la Culture de rejoindre la majorité. 

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Vers une fragilisation de l’opposition ?

Récemment, avant le renoncement de Jean Eyeghe Ndong, on a noté le ralliement à Ali Bongo de Féfé Onanga ancien fervent critique du système en place et de Frédéric Massavala Maboumba, un ancien prisonnier dit «politique », qui à l’issue de son bagne a décidé retourner à ses premiers amours c’est-à-dire le PDG. 

Toutes ces personnalités qui étaient en 2016 des soutiens indéfectibles de Jean Ping, promoteurs du slogan « À l’abri de la peur et du besoin», ont désormais, presque dans le même timing que 5 ans auparavant, entamé une nouvelle dynamique en retournant leurs vestes et en renonçant à leur engagement d’autrefois pour « se mettre à la disposition de la République ». Une dynamique inverse par rapport à celle de 2016. 

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À priori, cette série de retours vers le pouvoir en place fragilise Jean Ping car, la coalition qu’il avait réussi à constituer autour de lui s’est considérablement délitée. Cependant, de sérieuses interrogations subsistent aussi au sujet de la cohabitation entre «les anciens nouveaux» Pdgistes et les Pdgistes de toujours au sein de la nouvelle majorité autour d’Ali Bongo Ondimba. Et les messages énigmatiques de Alain Claude Billie-By-Nzé, ne viendront pas nous démontrer le contraire « Saluons donc le retour de toutes ces personnalités mais n’oublions pas de lire ou de relire le Cheval de Troie » a-t-il déclaré sur son compte Twitter après la déclaration publique de Jean Eyeghe Ndong. 

Appel au sursaut de son camp politique ? Appel à la prudence ? De toute évidence, le ministre d’Etat, ministre de l’Energie et des Ressources hydrauliques, Alain Claude Bilie-By-Nze est celui qui accueille avec réserve et mesure le retour de ces anciens caciques du PDG. Une défiance totalement fondée et légitime au regard des dégâts causés par ces vieux briscards qui ont du mal à faire la différence entre un opposant et un mécontent. 

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