L’École est morte « Et c’est nous qui l’avons tuée ! »

Image illustrative ©DR

Libreville, le 25 octobre 2021 (dépêches 241). Le bras de fer qui oppose le gouvernement et par ricochet le ministère de l’Education et les organisations syndicales dudit secteur depuis le 27 septembre date de la rentrée effective de classe, met à nu un constat accablant. Celui de l’implication des deux acteurs dans la mise à mort de l’école gabonaise. Une école abonnée d’une part, aux turpitudes d’un gouvernement très peu enclin à améliorer la situation des apprenants, des enseignants et des organisations syndicales sans pudeur, qui n’hésitent pas à sacrifier les rentrées scolaires de leurs enfants sur l’autel de leurs revendications infinies. 

« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! ». Cette formule assez bien connue du philosophe allemand Friedrich Nietzsche pourrait parfaitement être reprise pour dire la situation réelle de l’école gabonaise. Par quoi on dirait : « L’école est morte ! L’école reste morte ! Et c’est nous qui l’avons tué ! » Et c’est principalement de cette dernière sentence, celle qui nous inculpe tous du meurtre de notre école qu’il faut partir pour dégager les responsabilités et se donner la possibilité de voir un peu plus clair dans cette affaire. Car trop souvent encore, les acteurs que mobilise cette question choisissent la posture facile consistant à se rejeter mutuellement la responsabilité de ce meurtre. 

Le dernier épisode de ce jeu pervers, pervers  parce que plein de mauvaise foi, remonte à cette semaine. La Confédération Nationale des Syndicats de l’Education (CONASYSED) alliée occasionnelle du Syndicat de l’Education Nationale (SENA) accusant leur tutelle d’être responsable de la situation de grève qui prévaut en cette période de rentrée des classes. Ces syndicats étant à leur tour victimes des mêmes accusations de la part du GRALSENS() réputé pour « soutenir l’action du président de la république à travers le Ministère de l’Education Nationale ». Soit. 

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Comme dans toute République démocratique, la Constitution garantit au Gabon le droit de grève, encore plus lorsque celle-ci est menée sous couvert d’une association ou d’un syndicat légalement reconnu. En cela, il ne souffre d’aucun doute que le mouvement de grève entamé depuis le 27 septembre dernier, date effective de la rentrée des classes en république gabonaise, par cette confédération syndicale à laquelle s’ajoute désormais le SENA soit légal. 

D’une façon certaine, il est même légitime dans l’exacte mesure où il a pour ambition finale de faire s’améliorer les conditions de travail et de vie des enseignants et autres personnels exerçant dans le milieu de l’éducation. Comment ne pas s’indigner face à tant de manquements ? Des situations administratives quasiment bloquées : ni titularisations, ni recrutements, ni avancements convenables. Des promotions entières condamnées aux présalaires pendant des années au mépris de ce que prévoit la législation. Dans cette situation, l’exemple des promotions ENS/ENI 2015 qui n’ont été salariées qu’en 2020 fait toujours école.

Davantage, il n’échappe à personne que les établissements annoncés pour être construits ne l’ont pas été à ce jour. Et la vétusté de ceux existants n’est contestée par personne, du moins les plus lucides et les moins démagogues. Dans ces établissements, tout ou presque manque en effet. Des simples tableaux confortables aux laboratoires en passant par les bibliothèques, tout est à refaire, lorsqu’il ne s’agit pas simplement de construire. Il est donc difficile de ne pas être pris de sympathie pour la CONASYSED et ses alliés, tant est que leur lutte paraît légitimement fondée et logiquement conduite.  

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Seulement, quiconque s’oblige à plus de lucidité ne peut manquer de voir ce qui fait tache. Ce pour quoi il n’est pas aussi inconvenant de relever la part de responsabilité des syndicats de l’éducation dans ce meurtre  de notre système éducatif. Cette responsabilité n’est pas à rechercher dans la lettre, vu que le droit de grève existe, elle se trouve plutôt dans l’esprit de ces grèves qui n’attendent d’être déclenchées qu’à des moments cruciaux de l’année scolaire (rentrée des classes, approche des examens). 

Si on comprend aisément et sans grande peine, qu’il s’agit d’un moyen de pression efficace, sans doute le seul dont disposent ces syndicats, il reste néanmoins que sa perversion est toute aussi dommageable. Notamment parce qu’elle participe à sacrifier les élèves et /ou les apprenants et surtout, à abaisser davantage un niveau déjà parmi les plus faibles au monde. Comme notre gouvernement qui peine à assumer ses responsabilités en travaillant à offrir une école de qualité à nos enfants, la CONASYSED et le SENA, en même  temps que les syndicats qui les fustigent eux aussi, font montre d’un subtil cynisme dont les grands perdants sont autant les enfants que la Nation toute entière. 

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C’est la raison pour laquelle, comme Nietzsche l’affirmait dans Le Gai savoir au sujet de Dieu, notre analyse affirme la coresponsabilité de la mort de l’école dans notre pays. Coresponsabilité qu’il faut imputer au gouvernement, et précisément à tous les ministères devant permettre la résolution des problèmes auxquels sont confrontés les professionnels de l’éducation ; aux syndicats qui bien souvent ne se gênent plus à l’idée de sacrifier les écoliers ; mais également aux parents d’élèves qui, jamais ne montent au créneau, et ne s’engagent pour se constituer en troisième voie susceptible de faire entendre raison aux deux premières, lesquelles se rejettent sans cesse cette responsabilité. 

Là se trouve la possibilité d’une issue : Aux parents d’élèves de s’impliquer de sorte à contraindre les deux parties à sortir de ce jeu où la mauvaise foi est l’attitude la mieux partagée pour trouver les moyens de restaurer ce qui peut l’être d’une manière durable, si elles ne peuvent aller jusqu’au miracle de la résurrection de notre école.

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