Propos « tribalistes » de Max Anicet Koumba : à qui profite le crime ?

La sortie polémique fait-elle les affaires d’un camp politique en particulier ? ©DR

Libreville, le 8 novembre 2021 (Dépêches 241). Les propos tenus par monsieur Max Anicet Koumba, ex président du Rassemblement des Gaulois (RG), puisqu’aujourd’hui suspendu de toute activité politique, n’ont pas manqué de susciter des vives réactions d’indignation. Ils en suscitent encore d’ailleurs. Et la plus énergique d’entre elles a sans doute été celle du ministre de l’Intérieur, monsieur Lambert Noël Matha. Samedi dernier, dans un ton solennel, il a qualifié « d’ignobles » ces propos en exigeant en outre des excuses publiques de la part de l’intéressé sous peine de poursuites judiciaires. 

Cette sortie et initiative du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha, est une manière claire et directe de signifier publiquement à Max Anicet Koumba, la suprême autorité de l’Etat. Pour autant, ces propos en disent long. Ils disent premièrement la trahison politique dont reste victime la vision d’une nation inclusive telle que souhaitée par le feu président Léon Mba. Cette vision bien connue et justement articulée dans le slogan qu’il nous a légué, « Gabon d’abord ! ». 

Une unité forgée par nos père fondateur et symbolisé par « Gabon d’abord ! »…

Certes, il lui sera reconnu sa part d’erreurs, mais en ce contexte, le temps réel d’exercice du pouvoir le préserve de toute accusation véritablement fondée en raison. De lui, on pourra se contenter d’affirmer  qu’il s’est engagé à la réalisation d’un noble idéal, celui d’instituer une mentalité qui fasse de chacun qu’il se sente totalement appartenir à cette nation. Mais de ces successeurs on aurait bien du mal à dire la même chose en toute objectivité. Car, en choisissant d’inaugurer et de suivre une autre voie ; celle dite de la géopolitique à la gabonaise consistant en une gestion du pouvoir fondée sur la représentativité ethnique, ces derniers nous ont réinstallé dans le paradigme colonial du « diviser pour mieux régner ». Possiblement de manière intentionnelle, mais qui voudrait vraiment le penser ?

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De fait, la réalité est toute autre. Elle indique que le Gabon est malade de son identité. Que le narcissisme des petites différences est encore un mode de pensée qui organise la manière d’être dans nos administrations, dans nos partis politiques, bref… de notre société. Il suffit de jeter un regard froid sur les nominations dans les directions de ministère, dans les régies financières, à la Direction générale de la Documentation et de l’Immigration (DGDI), aux Impôts, au Trésor Public. Des nominations et postes majoritairement dévolus à nos frères du Haut-Ogooué. 

Deuxièmement, ce que donnent à voir ces propos jugés « tribalistes » du journaliste de formation, c’est à l’évidence, en reprenant les termes employé par monsieur Gérard Ella Nguema, lui aussi ex cadre de l’Union Nationale (UN), « la pauvreté politique » dont peuvent faire montre certains. Elle qui se traduit par une sorte d’inaptitude à se montrer à la hauteur des exigences du jeu politique en produisant un projet qualitatif de vivre ensemble. Ce pourquoi, manquant d’offre politique conséquente, ils préfèrent, pour se rendre visibles, se vouer à la stigmatisation. Cela expliquant peut-être aussi par ailleurs, faute de ne pouvoir exister d’eux-mêmes, l’obsessionnel désir de ses groupements politiques à se fondre dans le Parti Démocratique Gabonais (PDG) pour former avec lui la majorité. 

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Si autrement, ils pouvaient se constituer en véritables partis politiques, sans doute l’auraient-ils fait depuis longtemps. 

… Pervertie ensuite une politisation à outrance fondé sur la représentativité ethnique 

Puisque, personne ne peut s’imaginer que monsieur Max Anicet Koumba ait oublié, et ce en raison de sa double qualité de journaliste et d’homme politique jouissant d’une expérience certaine, que les nommés Patrice Nziengui, Pierre André Kombila Koumba, Pierre-Claver Maganga Moussavou, Séraphin Moundounga, Dieudonné Moukagni Iwangou, comme de nombreux autres gabonais non fang aient contribué d’une façon ou d’une autre à cette situation par leur participation aux gouvernements successifs et ce depuis des décennies. Il serait également difficile de comprendre pourquoi  lors de cette allocution, il s’est appliqué à dédouaner la France, alors même qu’une certaine élite politique dans ce pays reconnaît elle-même sa grande responsabilité en ce qui est du sous-développement des Etats africains. Et que le président de la majorité à laquelle son parti appartient œuvre à sortir du giron de la France en souhaitant que le pays devienne un membre à part entière du Commonwealth. Nul besoin de s’étendre : c’est une lapalissade. 

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Par conséquent, il faut peut-être troisièmement s’autoriser la possibilité de voir dans cette prise de parole publique le moment d’un jeu politique. Celui où, les partis satellites du PDG, en faisant du tribalisme un argument politique, lui permettent de se renforcer en crédibilité. De se présenter comme le seul parti capable de garantir la cohésion et la stabilité sociales. Toute chose parfaitement conforme à l’image que cette formation politique s’est donnée : c’est le parti des masses, le seul à même d’accueillir les gabonais, et de leur assurer un destin commun paisible en dépit de leurs différences sociolinguistiques. Autrement, il serait difficile de justifier l’impertinence notoire de ces propos. Et qu’on avance qu’ils traduisent une certaine perception du Gabon, perception fut-elle réelle d’un pays dans lequel le sentiment d’appartenance ethnique – ce que nous avons de singulier –  prime sur celui d’appartenance culturelle – ce qui nous est commun -, cela ne change rien en vérité. Tout juste, un tel argument conforte-t-il cette interprétation qui fait du parti au pouvoir le grand gagnant de cette situation. 

Des dérapages consubstantielles à l’absence d’une véritable offre politique 

Et la réception de ces propos par la communauté fang dans sa globalité le prouve. Elle qui a décidé par le truchement de quelques-uns de ses ressortissants de déposer plainte contre sieur Max Anicet Koumba. Et de se manifester par l’organisation d’une marche éventuelle ce samedi 06 novembre sur le boulevard triomphal Omar Bongo. De certains, tel le Dr Jonathan Ntoutoume Ngomo, parce qu’universitaire, on aurait pu s’attendre à mieux. Car ses qualités de sociologue et d’ancien professeur d’Histoire et géographie  lui interdisent en principe d’ignorer ce qui fait problème. 

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Qu’il ne sache pas tout cela s’entend, mais qu’il ne sache rien de l’essentiel, cela ne peut se comprendre. Ce qui fait problème, c’est l’involonté, ou, pour le dire plus  simplement, le non désir des élites politiques gouvernantes à faire advenir par l’institution d’une gouvernementalité opérante une identité de type culturelle qui exhausserait le commun sans néantiser le singulier. Cela est possible. A l’inverse, mille plaintes ou mille autres manifestations visant à contester ces déclarations au lieu de s’engager à la construction de ce modèle de vivre ensemble apparaissent comme des impostures, sinon des fausses postures. Elles font toutes le lit à un faux problème, à un stratagème sans doute venu des tenants du pouvoir qui veulent empêcher les populations de voir clair à l’orée de la campagne  pour l’élection de 2023.  

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