Justice transitionnelle : de la nécessité de mettre chacun devant ses responsabilités 

Le président de la transition est attendu par les populations sur les questions de justice et équité © DR

Libreville, le 27 novembre 2023 – (Dépêches 241). Dans une société en contexte de crise comme la nôtre, la justice est pleinement réalisée lorsque les nouveaux dirigeants, par-delà leur désir de vengeance, travaillent à la restauration de la dignité humaine. Cela à l’évidence exige de la hauteur, puisqu’il s’agit en effet et convenablement de réhabiliter tous les enfants du Gabon, les anciens oppresseurs et les anciens opprimés. 

Qu’on l’entende bien. Il ne s’agit pas de quelque chose de l’ordre de l’angélisme dans laquelle personne ne répondrait de rien. Cela ne serait d’aucune pertinence morale et politique. En principe, la réhabilitation oblige d’abord les nouveaux tenants du pouvoir à situer la responsabilité de chacun, à rendre justice sans chercher à humilier ou à réjouir qui que ce soit. Il faut pour ce faire s’interdire le spectacle, de jeter en pâture certains et de ménager d’autres. Il faut au contraire choisir l’équité, la lucidité, le sens de la responsabilité. 

Encore plus parce que nous sommes chacun comptable à la mesure de sa situation. Sous le règne d’Ali Bongo, beaucoup ont choisi de se faire danseurs et « Kounabelistes » ; d’autres un peu plus, voleurs et « justificateurs » de cet ordre sociopolitique, pire de cette imposture et forfaiture au sommet de l’Etat. Les Forces de l’ordre notamment étaient présentes à presque tous les échelons. Leur participation à cet ordre, et ce, depuis longtemps est avérée. Le président l’a lui-même souligné dès sa première allocution après investiture. 

La situation à gérer n’est pas aisée, elle est même complexe, et la bravoure exceptionnelle du CTRI, les Gabonaises et les Gabonais à jamais la reconnaîtront. Le CTRI leur a rouvert la possibilité de rêver fièrement, d’espérer la possibilité d’un autrement. Seulement, il reste à susciter un contexte d’expiation collective devant aboutir à une remise en cause profonde de notre ethos. Notre culture l’impose. Car, en société Bantu, construire la paix revient en réalité à questionner la conscience sociale collective pour entrevoir une solution plus pertinente et totale au problème. La justice suivant la pensée des ancêtres vise la paix et la paix elle-même vise le bonheur. 

Engager nôtre société à cette voie correspond à notre sens à la remise en ordre de tout l’ordre qui prévaut actuellement. Considérer en situation de crise que faire de la politique est plus convenable que mettre chacun devant ses responsabilités est impertinent. Nous n’attendons pas que les oppresseurs soient pendus, encore moins qu’ils soient remis au-devant de la scène. Le fautif a la devoir de rester discret pour que l’opprimé se sente réhabilité. Le contraire est indécent. 

Le balaie des personnalités politiques et responsables d’institutions de l’ancien régime, à la présidence de la République au motif qu’ils doivent participer à la réussite de la transition,  après qu’ils aient cautionné, défendu et couvé la forfaiture des Bongo -Valentin, sans qu’ils aient à répondre de leurs actes, est donc indécent. C’est pourquoi entre politique politicienne, justice équitable, restauration effective de la dignité des Gabonais et approche de copain-coquin, Oligui Brice Nguema doit trancher.

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