{"id":28723,"date":"2026-05-19T19:28:48","date_gmt":"2026-05-19T17:28:48","guid":{"rendered":"https:\/\/depeches241.com\/?p=28723"},"modified":"2026-05-19T19:28:49","modified_gmt":"2026-05-19T17:28:49","slug":"gabon-eramet-une-entree-au-capital-seduisante-un-timing-hasardeux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/depeches241.com\/?p=28723","title":{"rendered":"Gabon-Eramet : une entr\u00e9e au capital s\u00e9duisante, un timing hasardeux"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"565\" src=\"https:\/\/depeches241.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437-1024x565.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-28724\" srcset=\"https:\/\/depeches241.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437-1024x565.jpeg 1024w, https:\/\/depeches241.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437-300x166.jpeg 300w, https:\/\/depeches241.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437-768x424.jpeg 768w, https:\/\/depeches241.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437.jpeg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong><em>Lewis Bachama ( \u00e0 gauche ) et Ladji Nze Diakit\u00e9 ( \u00e0 droite ) livrent une vision certes divergentes mais tout aussi pertinente de l\u2019entr\u00e9e du Gabon au capital d\u2019Eramet<\/em><\/strong> <em><em>\u00a9 D\u00e9p\u00eaches 241<\/em><\/em><br><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Libreville, le 19 Mai 2026 &#8211; (D\u00e9p\u00eaches 241). L\u2019intention affich\u00e9e par Libreville de souscrire \u00e0 l\u2019augmentation de capital d\u2019Eramet divise les analystes \u00e9conomiques. Pour Lewis Bachama, associ\u00e9 g\u00e9rant du cabinet LPB Conseils &amp; Strat\u00e9gies, cette initiative marque enfin l\u2019affirmation d\u2019une souverainet\u00e9 mini\u00e8re longtemps diff\u00e9r\u00e9e et ouvre au Gabon les portes de la gouvernance strat\u00e9gique du mangan\u00e8se. Idriss Nze Diakhite, auditeur et journaliste \u00e9conomique, y voit au contraire une op\u00e9ration politiquement s\u00e9duisante mais risqu\u00e9e, men\u00e9e dans un contexte de crise financi\u00e8re, d\u2019instabilit\u00e9 manag\u00e9riale et d\u2019impasse \u00e9nerg\u00e9tique encore non r\u00e9solue.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des annonces qui sonnent juste sur le papier mais qui r\u00e9sistent mal \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du contexte. L&rsquo;intention exprim\u00e9e par Libreville, en marge du sommet Africa Forward de Nairobi le 11 mai 2026, de souscrire \u00e0 l&rsquo;augmentation de capital d&rsquo;Eramet est de celles-l\u00e0. Sur le fond, la d\u00e9marche est l\u00e9gitime : apr\u00e8s plus de trente ans d&rsquo;exploitation du gisement de Moanda sans si\u00e8ge \u00e0 la table de la gouvernance du groupe op\u00e9rateur, l&rsquo;\u00c9tat gabonais cherche \u00e0 passer du statut de rentier fiscal \u00e0 celui d&rsquo;actionnaire strat\u00e9gique. Mais entrer au capital d&rsquo;une entreprise n&rsquo;est jamais un acte neutre. Le moment choisi, la situation financi\u00e8re du groupe, les incertitudes op\u00e9rationnelles accumul\u00e9es et le pr\u00e9c\u00e9dent frais du rachat d&rsquo;Assala Energy soul\u00e8vent des questions que l&rsquo;enthousiasme souverainiste ne saurait effacer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux lectures d&rsquo;une m\u00eame annonce, deux \u00e9conomistes nous livrent leur lecture et avis sur l&rsquo;intention annonc\u00e9e par le premier citoyen gabonais d&rsquo;entrer au capital du groupe d\u00e9tenu par la Famille Duval. Les uns, le voient comme un acte de souverainet\u00e9 \u00e9conomique historique et lucratif, en plus d&rsquo;\u00eatre strat\u00e9gique et les autres, adoptent plut\u00f4t une posture politique mal calibr\u00e9e sur un groupe en pleine crise et fragilis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une entr\u00e9e au Capital s\u00e9duisante par&nbsp;:<\/strong><strong> Fieldere Lewis BACHAMA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une lacune historique enfin nomm\u00e9e<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;entr\u00e9e du Gabon au capital d&rsquo;Eramet est strat\u00e9giquement coh\u00e9rente, elle vient \u00e0 mon sens, combler une lacune historique flagrante : \u00eatre assis \u00e0 la table des actionnaires de la maison-m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne saurait parler des avantages strat\u00e9giques de cette man\u0153uvre sans faire une gen\u00e8se des actions manqu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis pr\u00e8s de six d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, le Gabon extrait et exporte la ressource qui fait vivre l&rsquo;un des groupes miniers les plus puissants d&rsquo;Europe. \u00catre celui qui alimente sans manger est une aberration, voici pourquoi la d\u00e9cision de souscrire au capital ne peut pas \u00eatre d\u00e9finie ou interpr\u00e9t\u00e9e comme une pr\u00e9cipitation politique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une forte asym\u00e9trie fondamentale dans la relation entre le Gabon et Eramet, construite sur une architecture financi\u00e8re mal r\u00e9partie. Le Gabon ne d\u00e9tient que pr\u00e8s de 29% du capital de la Comilog, qui est contr\u00f4l\u00e9e par le groupe Eramet \u00e0 plus de 67%. Le Gabon n&rsquo;intervient donc que dans Comilog, or, cette structure en cascade ne b\u00e9n\u00e9ficie qu&rsquo;au groupe Eramet. Longtemps pr\u00e9sent dans l&rsquo;extraction et absent dans la valorisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Comilog extrait, la France encaisse : la m\u00e9canique de la d\u00e9possession<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l&rsquo;on parle de la fili\u00e8re mangan\u00e8se, il faut identifier deux niveaux de cr\u00e9ation de valeur. Le premier est celui de la Comilog, il correspond uniquement \u00e0 l&rsquo;extraction mini\u00e8re \u00e0 Moanda, puis transport\u00e9 jusqu&rsquo;au port d&rsquo;Owendo. C&rsquo;est justement sur les quais d&rsquo;Owendo que s&rsquo;arr\u00eate l&rsquo;horizon \u00e9conomique du Gabon, puisqu&rsquo;\u00e0 partir de ce moment c&rsquo;est Eramet qui prend le relais, charge le minerai en vrac \u00e0 destination des march\u00e9s asiatiques et europ\u00e9ens. C&rsquo;est l\u00e0 que commence le second niveau : Eramet transforme le brut en alliages \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e, notamment en ferromangan\u00e8se, silicomangan\u00e8se, superalliages, le tout commercialis\u00e9 \u00e0 travers son r\u00e9seau mondial int\u00e9gr\u00e9 avec des marges largement sup\u00e9rieures \u00e0 celles de l&rsquo;extraction et qui \u00e9chappe \u00e0 la Comilog, et donc \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat Gabonais, propri\u00e9taire naturel du minerai brut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce positionnement est brutal et malvenu. Le Gabon extrait, la France (famille Duval) encaisse. Tous les profits consolid\u00e9s du groupe remontent donc vers Paris, vers ses actionnaires institutionnels et vers des fonds europ\u00e9ens sans aucun lien avec la terre de l&rsquo;Ogoou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Gabon est le deuxi\u00e8me producteur mondial de ce minerai, avec plus de 20% des parts de march\u00e9, et cette production est assur\u00e9e \u00e0 plus de 70% par Comilog. En 2025, pr\u00e8s de 7 millions de tonnes de minerai ont \u00e9t\u00e9 extraites \u00e0 Moanda, majoritairement export\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut vers la Chine, l&rsquo;Europe et l&rsquo;Inde. Or, la demande mondiale \u00e9volue : si l&rsquo;industrie sid\u00e9rurgique absorbe encore 95% de la consommation de mangan\u00e8se, le segment des batteries, port\u00e9 par l&rsquo;essor des v\u00e9hicules \u00e9lectriques, conna\u00eet la croissance la plus rapide. En d&rsquo;autres termes, le mangan\u00e8se gabonais se trouve aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;intersection de deux cycles : un cycle sid\u00e9rurgique mature et un cycle batterie encore \u00e0 son aube. Cette position est \u00e0 la fois une promesse et une urgence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que la mine de Moanda repr\u00e9sente pour Eramet est structurant au point d&rsquo;\u00eatre existentiel. En 2025, dans un contexte de march\u00e9 d\u00e9grad\u00e9, l&rsquo;activit\u00e9 mangan\u00e8se a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un EBITDA de 357 M\u20ac, soit l&rsquo;essentiel des 372 M\u20ac d&rsquo;EBITDA total du groupe pour toutes les activit\u00e9s confondues (nickel, lithium et sables min\u00e9ralis\u00e9s). Sans le Gabon, Eramet n&rsquo;aurait pas de r\u00e9sultat op\u00e9rationnel positif. Le gisement de Moanda, c&rsquo;est la colonne vert\u00e9brale financi\u00e8re d&rsquo;un groupe cot\u00e9 au CAC 40.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Nairobi, mai 2026 : une pierre jet\u00e9e \u00e0 l&rsquo;eau, un message politique ma\u00eetris\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette lacune m\u00e9ritait d&rsquo;\u00eatre enfin corrig\u00e9e. Lorsque de mani\u00e8re subtile et presque discr\u00e8tement, en marge du Sommet Africa Forward \u00e0 Nairobi ce 11 mai 2026, le Gabon lance cette pierre \u00e0 l&rsquo;eau, elle devient in\u00e9luctablement un message politique ma\u00eetris\u00e9. Elle imprime clairement une s\u00e9quence de rupture dans la relation \u00c9tat africain producteur de minerai et son partenaire industriel occidental une rupture engag\u00e9e bien avant ce sommet, et dont la compr\u00e9hension exige de remonter \u00e0 Moanda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il aurait fallu faire \u00e7a avant ? Oui, sans doute. Mais le r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent n&rsquo;en avait ni la volont\u00e9 ni la vision. La transition, avec son vent de nationalisation, l&rsquo;a eue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Ce que le Gabon ne captait pas : le calcul des dividendes manqu\u00e9s<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arr\u00eatons-nous justement \u00e0 cette cotation boursi\u00e8re pour comprendre aussi la strat\u00e9gie d&rsquo;entr\u00e9e au capital du Groupe dans un contexte de consolidation des revenus issus de son minerai. Faisons un exercice simple entre 2020 et 2025, en retenant une entr\u00e9e au capital de 5%, pour savoir \u00e0 peu pr\u00e8s ce que le Gabon aurait pu gagner en termes de dividendes dans le Groupe Eramet, en plus de sa participation dans la Comilog. Dans cette p\u00e9riode, le nombre d&rsquo;actions en circulation du groupe Eramet est estim\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 29 millions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les donn\u00e9es publiques d&rsquo;Eramet, les comptes consolid\u00e9s des exercices entre 2020 et 2025, r\u00e9pondent sans ambigu\u00eft\u00e9. En 2021 par exemple, le groupe aurait vers\u00e9 environ 2,50 euros par action, soit une masse totale d&rsquo;environ 73 millions d&rsquo;euros distribu\u00e9s \u00e0 ses actionnaires ; avec une participation \u00e0 5%, le Gabon aurait encaiss\u00e9 environ 3,6 millions d&rsquo;euros. Si on va plus loin, l&rsquo;ann\u00e9e exceptionnelle qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 2022 nous aurait fait encaisser pr\u00e8s de 12 millions d&rsquo;euros de dividendes. Le cumul sur cette p\u00e9riode r\u00e9v\u00e8le un manque \u00e0 gagner d&rsquo;environ 17 \u00e0 20 millions d&rsquo;euros, soit environ 11 \u00e0 13 milliards de FCFA.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les dividendes de Comilog vers\u00e9s au Gabon et les dividendes d&rsquo;Eramet S.A. ne sont pas la m\u00eame chose. Ils ne sont ni substituables, ni redondants. Ils repr\u00e9sentent deux assiettes distinctes. La premi\u00e8re cit\u00e9 provient de la filiale gabonaise seule apr\u00e8s d\u00e9duction de toutes les charges locales, redevances mini\u00e8res et des prix de transfert intragroupe dont le Gabon ne ma\u00eetrise pas enti\u00e8rement les param\u00e8tres. Les seconds proviennent du r\u00e9sultat consolid\u00e9 du groupe tout entier, Mangan\u00e8se, Nickel, Lithium, alliages. Pour l&rsquo;ann\u00e9e 2024, Eramet a vers\u00e9 un peu plus de 55 millions d&rsquo;euros de dividendes aux actionnaires de la Comilog, toutes nationalit\u00e9s confondues, dont environ 15 millions d&rsquo;euros, soit pr\u00e8s de 10 milliards FCFA au Gabon, et simultan\u00e9ment 43 millions d&rsquo;euros au niveau groupe, soit un manque \u00e0 gagner de 2 millions d&rsquo;euros, pr\u00e8s de 1,5 milliards de FCFA, si le Gabon avait d\u00e9tenu ces fameux 5%.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Ce que la participation change concr\u00e8tement<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sence au capital d&rsquo;Eramet va transformer radicalement la position du Gabon dans toutes les n\u00e9gociations \u00e0 venir, m\u00eame si cette capitalisation projet\u00e9e \u00e0 5% ne lui donne pas un droit de veto, ou un poids actionnarial fort, dans la transformation locale, le renouvellement de la concession de Moanda, les discussions sur la politique de r\u00e9investissement de Comilog, les tarifs ferroviaires de SETRAG, etc. Aujourd&rsquo;hui, ces discussions sont asym\u00e9triques : le Gabon est dans la position du bailleur de concession, d\u00e9pendant des renouvellements. Demain, il sera un actionnaire de droit, avec des droits d&rsquo;information formels sur les comptes consolid\u00e9s et une l\u00e9gitimit\u00e9 juridique \u00e0 interpeller la direction. C&rsquo;est une transformation qualitative du rapport de force.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De surcro\u00eet, la PDG Christel Bories elle-m\u00eame a reconnu \u00e0 Nairobi : <strong><em>\u00ab Il y aura de la transformation de minerai de mangan\u00e8se au Gabon. \u00bb<\/em><\/strong> N&rsquo;est-ce pas l\u00e0 d\u00e9j\u00e0 la premi\u00e8re victoire du Gabon ? Cette d\u00e9claration n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 faite sans la pression conjointe de l&rsquo;interdiction des exports bruts et de la perspective de l&rsquo;entr\u00e9e gabonaise au capital. Le levier politique est r\u00e9el et il produit d\u00e9j\u00e0 des r\u00e9sultats concrets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les b\u00e9n\u00e9fices attendus de cette prise de participation sont r\u00e9els et multi-dimensionnels. En premier lieu, la repr\u00e9sentation au conseil d&rsquo;administration d&rsquo;Eramet conf\u00e9rerait au Gabon un droit de regard et de parole sur les d\u00e9cisions strat\u00e9giques du groupe qui vont bien au-del\u00e0 du seul p\u00e9rim\u00e8tre de Comilog : politique d&rsquo;investissement, arbitrages entre actifs, d\u00e9cisions de cession. Aujourd&rsquo;hui, le Gabon d\u00e9tient environ 29% de Comilog mais n&rsquo;est pas repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;Eramet. Cette asym\u00e9trie serait partiellement corrig\u00e9e. En deuxi\u00e8me lieu, cette entr\u00e9e au capital consolide la s\u00e9curisation de la concession de Moanda dans les n\u00e9gociations \u00e0 venir. Un \u00c9tat actionnaire a structurellement plus d&rsquo;influence qu&rsquo;un \u00c9tat bailleur de concession soumis aux renouvellements. La relation cesse d&rsquo;\u00eatre purement contractuelle pour devenir patrimoniale. En troisi\u00e8me lieu, l&rsquo;alignement d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur la transformation locale deviendrait m\u00e9caniquement plus solide. Un Gabon actionnaire d&rsquo;Eramet a un int\u00e9r\u00eat direct \u00e0 ce que les investissements du groupe au Gabon soient rentables, ce qui suppose une fili\u00e8re de transformation comp\u00e9titive. Cela cr\u00e9e une incitation partag\u00e9e que la seule r\u00e9glementation ne peut pas produire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Droit d&rsquo;information renforc\u00e9 sur les comptes consolid\u00e9s du Groupe \u00b7 Voix consultative (puis d\u00e9lib\u00e9rative selon le niveau de participation) au Conseil d&rsquo;administration \u00b7 Droit \u00e0 dividende sur les b\u00e9n\u00e9fices futurs notamment ceux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par Comilog \u00b7 Position de n\u00e9gociateur en amont sur les arbitrages d&rsquo;investissement \u00b7 Signal de stabilit\u00e9 adress\u00e9 aux march\u00e9s et aux partenaires bancaires d&rsquo;Eramet<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>L&rsquo;alerte \u00e9nerg\u00e9tique : le seul vrai obstacle \u00e0 nommer sans d\u00e9tour<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutefois, un avis honn\u00eate ne saurait faire l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;obstacle principal de la d\u00e9cision d&rsquo;interdiction de l&rsquo;exportation de mangan\u00e8se brut : celui de la disponibilit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9nergie industrielle stable, abordable et localis\u00e9e \u00e0 Moanda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transformation locale du mangan\u00e8se n&rsquo;est pas une d\u00e9cision de politique industrielle ordinaire. C&rsquo;est une r\u00e9volution \u00e9nerg\u00e9tique que le Gabon doit d&rsquo;abord r\u00e9ussir avant de transformer une tonne de minerai suppl\u00e9mentaire. Produire des alliages de mangan\u00e8se, ferromangan\u00e8se, silicomangan\u00e8se est une activit\u00e9 extraordinairement \u00e9lectro-intensive. Les fours \u00e9lectriques utilis\u00e9s dans cette m\u00e9tallurgie consomment des quantit\u00e9s d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 consid\u00e9rables, de mani\u00e8re continue, sans interruption possible sans risque de solidification du bain m\u00e9tallique. Ce n&rsquo;est pas une industrie qui tol\u00e8re les d\u00e9lestages. Or, selon le Plan National de D\u00e9veloppement pour la Transition (PNDT), le Gabon dispose en 2023 d&rsquo;une capacit\u00e9 install\u00e9e de 704 MW, face \u00e0 une demande de 1 039 MW, cr\u00e9ant un d\u00e9ficit de 336 MW causant des d\u00e9lestages constants, notamment \u00e0 Libreville et dans d&rsquo;autres villes. Et ce d\u00e9ficit est celui d&rsquo;un pays de 2,5 millions d&rsquo;habitants, avant toute industrialisation lourde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transformation locale du mangan\u00e8se n\u00e9cessitera \u00e0 elle seule une capacit\u00e9 \u00e9lectrique additionnelle de 200 \u00e0 300 MW, soit plus de 50% de la production nationale actuelle. Cette exigence viendra donc s&rsquo;ajouter au d\u00e9ficit d\u00e9j\u00e0 existant de 336 MW et \u00e0 une infrastructure de distribution vieillissante pr\u00e9sentant des pertes techniques estim\u00e9es \u00e0 30% sur certaines lignes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rappelons-nous qu&rsquo;\u00e0 Moanda, la production de mangan\u00e8se a d\u00fb \u00eatre suspendue durant trois semaines en 2024 en raison de d\u00e9lestages r\u00e9currents. Les zones industrielles du Haut-Ogoou\u00e9 ont particuli\u00e8rement souffert des coupures, qui traduisent la fragilit\u00e9 du r\u00e9seau \u00e9lectrique face \u00e0 la croissance de la demande et au vieillissement des infrastructures. Ces coupures co\u00fbtent cher : une gr\u00e8ve d\u00e9but mars 2025 \u00e0 Comilog a \u00e9t\u00e9 chiffr\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 8 milliards FCFA de pertes li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de production.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De surcro\u00eet, le principal goulot d&rsquo;\u00e9tranglement reste la distribution. Le Gabon dispose de trois r\u00e9seaux \u00e9lectriques principaux Libreville, Port-Gentil, Franceville non interconnect\u00e9s. Cette fragmentation emp\u00eache toute compensation entre zones en cas de surplus ou de d\u00e9ficit. Pour qu&rsquo;une industrie m\u00e9tallurgique de mangan\u00e8se se d\u00e9veloppe durablement \u00e0 Moanda, il faudrait non seulement produire plus d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, mais construire une architecture de r\u00e9seau capable de la transporter et de la stabiliser. C&rsquo;est une d\u00e9cennie de travail d&rsquo;infrastructure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gouvernement a pris la mesure du d\u00e9fi. Dans le Sud-Est, il est pr\u00e9vu une mont\u00e9e en puissance progressive avec 140 MW dans une premi\u00e8re phase pour Comilog, avant d&rsquo;atteindre 240 MW, accompagn\u00e9e de la construction de lignes \u00e9lectriques Moanda-Bafoula et Mvengue\u2013Baniaka. Des projets hydro\u00e9lectriques, barrage de Bou\u00e9, renforcement de Bongolo, projet Ngoulmendjim \u00e0 82 MW pr\u00e9vu pour 2028 sont inscrits au plan. La future zone \u00e9conomique sp\u00e9ciale de Mayumba et son port en eau profonde sont pens\u00e9s comme de nouveaux hubs logistiques, industriels et miniers, financ\u00e9s en partie dans le cadre du partenariat \u00e9conomique sino-gabonais de 2024 \u00e0 hauteur de 2,5 milliards de dollars.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces annonces sont r\u00e9elles. Mais elles se heurtent \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 implacable : aucun investissement significatif dans ces infrastructures durables n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 pour combler le d\u00e9ficit. Parmi les projets, la priorit\u00e9 devrait concerner les projets hydro\u00e9lectriques, compte tenu de leur contribution majeure au renforcement du r\u00e9seau \u00e9nerg\u00e9tique et de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter les contrats co\u00fbteux et temporaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<strong><em>La souverainet\u00e9 ne s&rsquo;ach\u00e8te pas en bourse, elle se construit \u00e0 Moanda<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La prise de participation de l&rsquo;\u00c9tat gabonais dans Eramet est une man\u0153uvre strat\u00e9gique bien construite, qui s&rsquo;appuie sur la vuln\u00e9rabilit\u00e9 financi\u00e8re temporaire du groupe pour obtenir ce que des ann\u00e9es de bonne fortune n&rsquo;auraient peut-\u00eatre jamais accord\u00e9 : une place \u00e0 la table des actionnaires de la maison-m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les avantages sont r\u00e9els (repr\u00e9sentation, alignement d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, levier sur la transformation locale, signal de souverainet\u00e9 \u00e9conomique). Mais la transformation locale du mangan\u00e8se ne se d\u00e9cr\u00e8tera pas depuis Libreville ni depuis Paris : elle se construira \u00e0 Moanda, m\u00e9gawatt par m\u00e9gawatt, ligne \u00e0 haute tension apr\u00e8s ligne \u00e0 haute tension, barrage apr\u00e8s barrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le risque majeur de cette s\u00e9quence n&rsquo;est pas politique. Il est physique : un r\u00e9seau \u00e9lectrique incapable d&rsquo;alimenter des fours m\u00e9tallurgiques en continu. Si l&rsquo;agenda \u00e9nerg\u00e9tique ne rattrape pas l&rsquo;agenda industriel d&rsquo;ici 2028, l&rsquo;\u00c9tat gabonais se retrouvera actionnaire d&rsquo;un groupe dont la filiale principale aura subi une disruption op\u00e9rationnelle majeure et dont il sera partiellement responsable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vraie souverainet\u00e9 mini\u00e8re du Gabon ne s&rsquo;ach\u00e8tera pas en Bourse. Elle se construira dans les collines du Haut-Ogoou\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;eau des rivi\u00e8res doit devenir l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 des fours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un timing hasardeux. Par&nbsp;<\/strong><strong>: Idriss NZE DIAKITE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Un groupe sous perfusion, pas un champion en pleine forme<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre pourquoi ce timing pose probl\u00e8me, il faut d&rsquo;abord regarder les chiffres d&rsquo;Eramet tels qu&rsquo;ils sont, et non tels qu&rsquo;on aimerait les voir. Apr\u00e8s un pic historique en 2022 avec notamment un EBITDA ajust\u00e9 \u00e0 1,9 milliard d&rsquo;euros, r\u00e9sultat net de 740 millions, le groupe a amorc\u00e9 une descente aux enfers sur trois exercices cons\u00e9cutifs. En 2023, l&rsquo;EBITDA a chut\u00e9 de 59 % \u00e0 772 millions d&rsquo;euros, plomb\u00e9 par un effet prix n\u00e9gatif de 1,373 milliard d&rsquo;euros, dont 933 millions imputables \u00e0 la seule activit\u00e9 mangan\u00e8se. Le r\u00e9sultat net a fondu de 85 %, retombant \u00e0 109 millions d&rsquo;euros. En 2024, la d\u00e9gradation s&rsquo;est poursuivie : l&rsquo;EBITDA ajust\u00e9 hors SLN n&rsquo;atteignait plus que 144 millions d&rsquo;euros, pour une marge ramen\u00e9e \u00e0 4,9 %, contre 30,8 % deux ans plus t\u00f4t. L&rsquo;exercice 2025 a achev\u00e9 ce cycle noir avec une perte nette de 370 millions d&rsquo;euros hors SLN, un free cash-flow n\u00e9gatif de 481 millions, et une dette nette culminant \u00e0 1,935 milliard d&rsquo;euros \u2014 soit un levier financier de 5,5x l&rsquo;EBITDA, trois fois le niveau de fin 2024.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 cette situation, le conseil d&rsquo;administration a annonc\u00e9 le 18 f\u00e9vrier 2026 un plan d&rsquo;urgence : augmentation de capital de 500 millions d&rsquo;euros, gel des dividendes pendant deux ans, r\u00e9duction des investissements de 30 \u00e0 40 %, et cession d&rsquo;actifs non strat\u00e9giques. Le titre s&rsquo;est effondr\u00e9 de 23,6 % en une s\u00e9ance le 19 f\u00e9vrier, sa plus forte chute en huit ans. L&rsquo;ampleur de l\u2019op\u00e9ration environ 30 % de la capitalisation boursi\u00e8re au moment de l&rsquo;annonce implique une dilution massive pour les actionnaires existants. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce contexte que le Gabon signale son intention de souscrire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fragilit\u00e9 financi\u00e8re d&rsquo;Eramet s&rsquo;est doubl\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;hiver 2025-2026, d&rsquo;une crise de gouvernance in\u00e9dite. En l&rsquo;espace de quelques semaines, le directeur g\u00e9n\u00e9ral Paulo Castellari, nomm\u00e9 en f\u00e9vrier 2025, entr\u00e9 en fonction apr\u00e8s l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de mai, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9 par le conseil d&rsquo;administration pour<strong><em> \u00ab divergences sur les modes de fonctionnement \u00bb<\/em><\/strong>. Quelques jours plus tard, le directeur financier Abel Martins-Alexandre \u00e9tait suspendu dans l&rsquo;attente d&rsquo;une enqu\u00eate interne sur les pratiques de management au sein de sa direction. Christel Bories a repris les r\u00eanes en tant que PDG par int\u00e9rim, en sus de ses fonctions de pr\u00e9sidente du conseil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les analystes d&rsquo;Oddo BHF, cette s\u00e9quence <strong><em>\u00ab ajoute une couche d&rsquo;incertitude dont le march\u00e9 se serait bien pass\u00e9 \u00bb<\/em><\/strong> et <strong><em>\u00ab rend le redressement encore plus complexe \u00bb<\/em><\/strong>. AlphaValue souligne de son c\u00f4t\u00e9 que le soutien de l&rsquo;\u00c9tat fran\u00e7ais reste le seul amortisseur cr\u00e9dible mais que ce soutien viendra n\u00e9cessairement <strong><em>\u00ab au d\u00e9triment des actionnaires minoritaires \u00bb<\/em><\/strong>. C&rsquo;est dans ce vide ex\u00e9cutif, alors qu&rsquo;un nouveau directeur g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 de mani\u00e8re permanente, que Libreville annonce vouloir s&rsquo;installer \u00e0 la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un actionnaire qui entre dans une entreprise sans management stable, sans visibilit\u00e9 strat\u00e9gique de court terme, et dont les modalit\u00e9s d&rsquo;augmentation de capital ne sont pas encore enti\u00e8rement arr\u00eat\u00e9es, prend un risque de positionnement qu&rsquo;aucun discours sur la souverainet\u00e9 ne transforme en certitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Le Transgabonais et l&rsquo;\u00e9nergie : les angles morts de l&rsquo;accord de Nairobi<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;accord sign\u00e9 \u00e0 Nairobi porte trois engagements : transformation locale du mangan\u00e8se d&rsquo;ici 2029, modernisation du Transgabonais via Setrag, et entr\u00e9e au capital. Sur chacun, les obstacles concrets sont sous-estim\u00e9s dans la communication officielle. Sur la transformation, les chiffres parlent d&rsquo;eux-m\u00eames. En 2024, le Complexe M\u00e9tallurgique de Moanda, inaugur\u00e9 en 2015 au prix de 160 milliards de francs CFA, seule unit\u00e9 de transformation du mangan\u00e8se en Afrique subsaharienne, n&rsquo;a produit que 18 000 tonnes de silico-mangan\u00e8se.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;objectif affich\u00e9 pour 2029 est de transformer deux millions de tonnes d&rsquo;alliages par an. Cela suppose de multiplier les capacit\u00e9s locales par un facteur de 5 \u00e0 6 en moins de trois ans. Or, transformer deux millions de tonnes de mangan\u00e8se n\u00e9cessite une puissance \u00e9lectrique d&rsquo;environ 1 000 m\u00e9gawatts. Pour m\u00e9moire, le barrage de Kingu\u00e9l\u00e9 Aval, pr\u00e9vu pour fin 2026, n&rsquo;apportera que 35 m\u00e9gawatts suppl\u00e9mentaires, d\u00e9j\u00e0 fl\u00e9ch\u00e9s vers la consommation domestique du Grand Libreville. Le projet de barrage de Boou\u00e9, d&rsquo;une capacit\u00e9 de 400 m\u00e9gawatts, en est encore aux premi\u00e8res phases d&rsquo;\u00e9tudes. Un ouvrage de cette envergure n\u00e9cessite sept \u00e0 dix ans entre l&rsquo;\u00e9tude de faisabilit\u00e9 et la mise en service commerciale. L&rsquo;impasse \u00e9nerg\u00e9tique est donc structurelle, pas conjoncturelle. Christel Bories l&rsquo;a dit sans ambages d\u00e8s juin 2025 : transformer la totalit\u00e9 du mangan\u00e8se de Moanda reviendrait \u00e0 <strong><em>\u00ab mettre deux fois la capacit\u00e9 de transformation de l&rsquo;Europe au Gabon \u00bb<\/em><\/strong>, dans un contexte o\u00f9 l&rsquo;\u00e9nergie co\u00fbte cher et les infrastructures restent insuffisantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le Transgabonais, la situation n&rsquo;est gu\u00e8re plus rassurante. L&rsquo;infrastructure ferroviaire exploit\u00e9e par Setrag, colonne vert\u00e9brale du transport du minerai entre Moanda et le port d&rsquo;Owendo, fait l&rsquo;objet depuis des ann\u00e9es d&rsquo;un plan de modernisation que les financements tardent \u00e0 concr\u00e9tiser dans leur int\u00e9gralit\u00e9. Setrag et Proparco ont bien sign\u00e9 un accord de 147,5 milliards de francs CFA pour la r\u00e9habilitation d&rsquo;une partie du r\u00e9seau, mais les d\u00e9fis logistiques et de capacit\u00e9 demeurent r\u00e9els, et l&rsquo;arr\u00eat temporaire de la production \u00e0 Moanda en octobre 2024 motiv\u00e9 par la chute des prix avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les tensions entre la cha\u00eene de transport et les al\u00e9as du march\u00e9 mondial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>L&rsquo;ombre d&rsquo;Assala : quand un pr\u00e9c\u00e9dent questionne la m\u00e9thode<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne peut pas dissocier ce nouveau pari souverainiste de son pr\u00e9d\u00e9cesseur imm\u00e9diat : le rachat d&rsquo;Assala Energy par la Gabon Oil Company en juin 2024, pour plus de 1,3 milliard de dollars, financ\u00e9 en grande partie par le trader suisse Gunvor en \u00e9change d&rsquo;un contrat de commercialisation du brut gabonais. L&rsquo;op\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme une victoire historique : pour la premi\u00e8re fois, l&rsquo;\u00c9tat gabonais contr\u00f4lait son deuxi\u00e8me producteur p\u00e9trolier, repr\u00e9sentant 20 \u00e0 25 % de la production nationale. Moins d&rsquo;un an plus tard, le tableau est beaucoup moins flatteur. La production de 2025 accuse une baisse de 4,9 %. Trois des quatre puits d&rsquo;exploration for\u00e9s se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s secs \u00e0 savoir : Rabunga-A, Rossignol-A et Totou-NE, et le quatri\u00e8me, Totou-E, a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. Des observateurs \u00e9voquent d\u00e9sormais ouvertement la possibilit\u00e9 que le Gabon ait h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;actifs en d\u00e9clin plut\u00f4t que d&rsquo;un actif en croissance. Le verdict d\u00e9finitif n&rsquo;est pas encore rendu, mais le doute est l\u00e0, et il est aliment\u00e9 par des donn\u00e9es concr\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parall\u00e8le avec l&rsquo;entr\u00e9e au capital d&rsquo;Eramet n&rsquo;est pas gratuit. Dans les deux cas, la logique souverainiste est d\u00e9fendue avec force. Dans les deux cas, les ressources mobilis\u00e9es sont significatives. Dans les deux cas, les conditions de march\u00e9 et les fondamentaux op\u00e9rationnels de la cible auraient m\u00e9rit\u00e9 une analyse plus patiente. La GOC n&rsquo;a pas encore livr\u00e9 son verdict sur Assala. Ajouter une nouvelle position risqu\u00e9e dans le bilan public, avant m\u00eame d&rsquo;avoir stabilis\u00e9 la pr\u00e9c\u00e9dente, c&rsquo;est multiplier l&rsquo;exposition sans en mesurer pleinement les effets cumul\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Ce que l&rsquo;entr\u00e9e au capital ne garantit pas<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut aussi nommer clairement ce que cet accord ne dit pas. Ni le montant exact de la participation que le Gabon cherche \u00e0 acqu\u00e9rir, ni les modalit\u00e9s de financement de cette souscription, ni les droits strat\u00e9giques associ\u00e9s ne sont connus \u00e0 ce stade. L&rsquo;op\u00e9ration est conditionn\u00e9e \u00e0 la disponibilit\u00e9 de droits pr\u00e9f\u00e9rentiels de souscription non exerc\u00e9s par les actionnaires historiques, famille Duval et \u00c9tat fran\u00e7ais, lors de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 27 mai 2026. Certains sp\u00e9cialistes n&rsquo;excluent pas que ces actionnaires, disposant d&rsquo;un acc\u00e8s prioritaire, exercent la totalit\u00e9 de leurs droits, ne laissant rien au Gabon. Entre une participation symbolique de quelques pourcents et une capacit\u00e9 r\u00e9elle \u00e0 peser dans les d\u00e9cisions d&rsquo;investissement, la distance est consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La souverainet\u00e9 se mesure \u00e0 l&rsquo;influence r\u00e9elle dans les orientations strat\u00e9giques d&rsquo;un groupe, pas \u00e0 la seule pr\u00e9sence dans l&rsquo;actionnariat. L&rsquo;\u00c9tat gabonais d\u00e9tenait d\u00e9j\u00e0, via la Soci\u00e9t\u00e9 \u00c9quatoriale des Mines (SEM), 28,9 % du capital de Comilog, la filiale op\u00e9rationnelle. Ce n&rsquo;est pas cette position qui lui a permis de peser, jusqu&rsquo;ici, sur les d\u00e9cisions de production ou de transformation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien de ce qui pr\u00e9c\u00e8de ne condamne la vision. L&rsquo;id\u00e9e que le Gabon, deuxi\u00e8me producteur mondial de mangan\u00e8se avec plus de 20 % des parts de march\u00e9, doive rester un simple fournisseur de minerai brut en \u00e9change de redevances et de taxes est effectivement d\u00e9pass\u00e9e. La fili\u00e8re des batteries notamment le sulfate de mangan\u00e8se monohydrat\u00e9 de haute puret\u00e9 pour les v\u00e9hicules \u00e9lectriques ouvre des perspectives de valeur ajout\u00e9e que ni Libreville ni aucun pays producteur ne peut se permettre d&rsquo;ignorer. L&rsquo;aspiration \u00e0 une pr\u00e9sence dans la gouvernance d&rsquo;Eramet est l\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;une ambition et pertinence d&rsquo;un timing sont deux choses distinctes. Entrer au capital d&rsquo;un groupe en pleine recapitalisation d&rsquo;urgence, dont le management est en cours de reconstruction, dont le c\u0153ur de m\u00e9tier mangan\u00e8se vient d&rsquo;encaisser trois ann\u00e9es de baisse successive, et dont les engagements industriels au Gabon butent sur une impasse \u00e9nerg\u00e9tique non r\u00e9solue, c&rsquo;est acheter une promesse au prix d&rsquo;une urgence. Ce serait plus convaincant si l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9tait d&rsquo;abord s\u00e9curis\u00e9e, si le Transgabonais \u00e9tait modernis\u00e9, si le verdict d&rsquo;Assala \u00e9tait \u00e9tabli, et si la gouvernance d&rsquo;Eramet avait retrouv\u00e9 une direction stable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Souverainet\u00e9 sans pr\u00e9cipitation<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La souverainet\u00e9 \u00e9conomique est un horizon l\u00e9gitime. Mais entre l\u2019intention annonc\u00e9e \u00e0 Nairobi et la r\u00e9alit\u00e9 op\u00e9rationnelle de Moanda, la distance reste consid\u00e9rable. Un groupe fragilis\u00e9, un management instable, une impasse \u00e9nerg\u00e9tique structurelle, un pr\u00e9c\u00e9dent Assala encore non sold\u00e9\u202f: autant de signaux d\u2019alerte que la logique souverainiste ne saurait, \u00e0 elle seule, neutraliser. L\u2019entr\u00e9e au capital d\u2019Eramet n\u2019est pas condamnable en soi. Ce qui l\u2019est davantage, c\u2019est de la pr\u00e9cipiter sans avoir d\u2019abord s\u00e9curiser les conditions de sa r\u00e9ussite. Le Gabon ne peut pas se permettre de cumuler des positions fragiles, au risque de transformer une ambition souverainiste en vuln\u00e9rabilit\u00e9 budg\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Libreville, le 19 Mai 2026 &#8211; (D\u00e9p\u00eaches 241). L\u2019intention affich\u00e9e par Libreville de souscrire \u00e0 l\u2019augmentation de capital d\u2019Eramet divise les analystes \u00e9conomiques. 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Pour Lewis Bachama, associ\u00e9 g\u00e9rant du cabinet LPB Conseils &amp; Strat\u00e9gies, cette initiative marque enfin l\u2019affirmation d\u2019une souverainet\u00e9 mini\u00e8re longtemps diff\u00e9r\u00e9e et ouvre au Gabon les portes de la gouvernance strat\u00e9gique du mangan\u00e8se. Idriss Nze Diakhite, auditeur et journaliste \u00e9conomique, y voit au contraire une op\u00e9ration politiquement s\u00e9duisante mais risqu\u00e9e, men\u00e9e dans un contexte de crise financi\u00e8re, d\u2019instabilit\u00e9 manag\u00e9riale et d\u2019impasse \u00e9nerg\u00e9tique encore non r\u00e9solue.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/depeches241.com\/?p=28723\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Gabon-Eramet : une entr\u00e9e au capital s\u00e9duisante, un timing hasardeux - Groupe D\u00e9p\u00eaches241\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"L\u2019intention affich\u00e9e par Libreville de souscrire \u00e0 l\u2019augmentation de capital d\u2019Eramet divise les analystes \u00e9conomiques. Pour Lewis Bachama, associ\u00e9 g\u00e9rant du cabinet LPB Conseils &amp; Strat\u00e9gies, cette initiative marque enfin l\u2019affirmation d\u2019une souverainet\u00e9 mini\u00e8re longtemps diff\u00e9r\u00e9e et ouvre au Gabon les portes de la gouvernance strat\u00e9gique du mangan\u00e8se. Idriss Nze Diakhite, auditeur et journaliste \u00e9conomique, y voit au contraire une op\u00e9ration politiquement s\u00e9duisante mais risqu\u00e9e, men\u00e9e dans un contexte de crise financi\u00e8re, d\u2019instabilit\u00e9 manag\u00e9riale et d\u2019impasse \u00e9nerg\u00e9tique encore non r\u00e9solue.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/depeches241.com\/?p=28723\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Groupe D\u00e9p\u00eaches241\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/depeches241\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2026-05-19T17:28:48+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-19T17:28:49+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"http:\/\/depeches241.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1080\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"596\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"R\u00e9daction\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"R\u00e9daction\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"22 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723\"},\"author\":{\"name\":\"R\u00e9daction\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/977f23ecf7439b0805f4525a893a057a\"},\"headline\":\"Gabon-Eramet : une entr\u00e9e au capital s\u00e9duisante, un timing hasardeux\",\"datePublished\":\"2026-05-19T17:28:48+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-19T17:28:49+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723\"},\"wordCount\":4656,\"commentCount\":0,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/05\\\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437.jpeg\",\"keywords\":[\"depeches241\",\"Gabon\",\"Ladji Nze Diakite\",\"Lewis BACHAMA\",\"Politique\",\"souverainet\u00e9 \u00e9conomique\"],\"articleSection\":[\"ECONOMIE\",\"POLITIQUE\",\"TRIBUNE\",\"Une1\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723\",\"url\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723\",\"name\":\"Gabon-Eramet : une entr\u00e9e au capital s\u00e9duisante, un timing hasardeux - Groupe D\u00e9p\u00eaches241\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/?p=28723#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/depeches241.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/05\\\/156420c5-3f5c-4f56-9673-569939970437.jpeg\",\"datePublished\":\"2026-05-19T17:28:48+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-19T17:28:49+00:00\",\"description\":\"L\u2019intention affich\u00e9e par Libreville de souscrire \u00e0 l\u2019augmentation de capital d\u2019Eramet divise les analystes \u00e9conomiques. 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