
Libreville, le 1er septembre 2026 – (Dépêches 241) Ce mardi 29 septembre 2026, le Gabon affrontait le Niger dans le cadre des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2027. Alors que la rencontre avait bien débuté et que les supporters s’étaient donné rendez-vous au stade de la Rénovation de Franceville pour soutenir les Panthères, une vieille habituée de la vie quotidienne des Gabonais s’est une nouvelle fois invitée à la fête : la coupure d’électricité. Pendant de longues minutes, l’enceinte sportive a été plongée dans l’obscurité, avant que le courant ne soit rétabli. Un incident qui, au-delà de son caractère particulièrement regrettable, soulève une nouvelle fois la question de la capacité de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) à assurer convenablement sa mission de service public.
Comment expliquer qu’un pays qui ambitionne de moderniser ses infrastructures et dont les dirigeants ne manquent aucune occasion de vanter leurs réalisations soit incapable de garantir une alimentation électrique continue dans un stade accueillant une rencontre internationale ? C’est une des questions qui reviennent avec acuité sur les réseaux sociaux. Si les délestages sont devenus monnaie courante dans les foyers, les commerces et les administrations, leur survenue en plein match de football international et regardé dans la monde constitue un nouvel épisode particulièrement embarrassant. Car au-delà des désagréments occasionnés aux populations, c’est aussi le crédit du Gabon qui est engagé et dont l’image se retrouve ainsi écornée. À l’heure où les autorités affichent leur volonté de faire du pays une destination crédible sur les plans sportif et économique, de tels incidents renvoient à l’étranger le spectacle d’infrastructures dont le fonctionnement demeure aléatoire.
Plus préoccupant encore, cet épisode interroge directement les performances de la SEEG, dont la responsabilité dans la distribution de l’électricité au Gabon est au cœur des préoccupations des usagers. D’où l’interrogation: à quoi sert-il de mobiliser des ressources publiques au profit d’une entreprise qui semble toujours éprouver autant de difficultés à garantir aux populations un approvisionnement régulier ?
Les Gabonais sont-ils condamnés à vivre au rythme des coupures, à adapter leurs activités aux caprices du réseau électrique et à subir, sans véritable explication, les conséquences de ces dysfonctionnements à répétition ? Le black-out survenu au stade de Franceville vient rappeler que les difficultés d’approvisionnement ne relèvent plus seulement de désagréments domestiques : elles affectent désormais jusqu’au bon déroulement des événements sportifs censés mettre le pays en valeur.
Certes, les contraintes techniques auxquelles peut être confronté un réseau électrique ne sauraient être ignorées. Mais elles ne peuvent constituer une justification permanente à des interruptions dont les usagers supportent quotidiennement les conséquences. Dans le cas d’une rencontre internationale, le maintien de l’éclairage devrait relever du minimum exigible, tant pour assurer la continuité du spectacle que pour garantir de bonnes conditions d’accueil et de sécurité. D’autant que ce match s’inscrivait dans le cadre des qualifications pour la CAN 2027, une compétition continentale dont les enjeux dépassent largement le cadre sportif. Qu’un tel incident survienne dans ces circonstances témoigne, à tout le moins, de la nécessité de tirer les conséquences de ces défaillances et de déterminer les responsabilités, qu’elles soient techniques, organisationnelles ou managériales.
Dans ces conditions, une interrogation s’impose : qui, au sommet de l’État comme à la tête de la SEEG, entend répondre de ces délestages intempestifs ? Le ministre chargé de l’Énergie et l’administrateur-directeur général de la SEEG et particulièrement le Directeur Général de l’office national di développement du sport et de la culture (ONDSC) ne sauraient durablement faire l’économie d’explications sur la persistance de cette situation. D’autant que ce n’est pas ma première fois que le stade de franceville se retrouve dans la noir. Lors des qualifications de la coupe du monde 2026, un incident identiques etait déjà arrivé. Selon, nos confrères de l’Union, le DG de l’ONDSC,Loïc Ngouayit-Kounda, s’était engagé à ce que pareille situation n’arrive plus, après avoir présenté ses excuses au président de la république et au peuple gabonais. Des mois, plus tard, le stade rénovation a été une fois de trop plongé de la noir.
Pourtant, à en juger par l’absence apparente de conséquences visibles après ces incidents à répétition, tout semble se dérouler comme si les responsables concernés n’avaient aucun compte à rendre. Il ne s’agit pas de réclamer des sanctions sans établir les faits, mais d’exiger que les autorités compétentes rendent publiques les causes de ces interruptions, les mesures correctives engagées et les résultats attendus. Car la responsabilité dans la gestion d’un service public ne peut se limiter à occuper un poste : elle implique aussi de répondre des défaillances constatées.
Dès lors, jusqu’à quand les Gabonais devront-ils considérer les coupures d’électricité comme une fatalité ? Du foyer le plus modeste aux tribunes d’un stade accueillant une rencontre internationale, nul ne devrait être contraint de subir indéfiniment les conséquences d’un service électrique défaillant. Le black-out de Franceville n’est donc pas un simple incident de match : il constitue un nouveau signal d’alarme sur la qualité du service rendu par la SEEG et sur l’exigence de redevabilité des responsables publics. À défaut de résultats tangibles, les discours sur la modernisation du pays risquent de se heurter toujours davantage à la réalité vécue par les populations.
La question demeure entière : à quoi sert de mobiliser autant de moyens au profit de la SEEG si celle-ci peine à garantir le minimum attendu d’un fournisseur d’électricité ? Et surtout, qui répondra enfin de ce scandale devenu banal ?







