
Libreville le 16 octobre 2026-(Dépêches 241) Incontestablement, celui qui affirmait que « le ridicule ne tue pas » pensait peut-être aux hommes politiques gabonais. La situation que traverse actuellement le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), marquée par la sortie pour le moins obséquieuse de son vice-président, Jean-Jacques Ndjiamendoungou Tchamoye désavouant publiquement son propre président, en est une parfaite illustration.
Pour avoir simplement « liké » une publication de son président de parti, dans laquelle celui-ci rappelait aux autorités ce qu’il considère comme les principes d’une bonne gouvernance, l’intéressé a fini par retirer son soutien à ce dernier pour afficher son allégeance au chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. A déclaré: « Ayant, par inadvertance liké cette déclaration tendancieuse, moi, M Jean-Jacques Ndjiamendoungou Tchamoye, réaffirme par cette occasion mon engagement à soutenir, sans réserve, la politique de redressement et de reconstruction nationale du président de la république, Brice Clotaire Oligui Nguema », a-t-il d’abord avancé.
Avant d’ajouter « par cet acte, je voudrais émettre mes plus grands regrets et saisir l’occasion qui m’est offerte pour présenter mes très respectueuses excuses au chef de l’état.[…] je viens en conséquence me désolidariser de ladite déclaration politiquement contre-productive », a-t-il fait savoir. Cette volte-face ne traduit pas seulement l’inconstance d’un individu. Elle révèle surtout les positions opportunistes et le déficit de convictions qui semblent caractériser une partie de la classe politique gabonaise.
Une scène d’un autre temps, actualisée par la Vème République
Cette prise de parole n’a pas manqué de choquer et scandaliser les Gabonais. Certains outrés par une scène qu’ils pensaient ne plus avoir à vivre sous la Ve République. L’objectif affiché de cette communication sur Gabon 1ere était clair, se désolidariser de son président Michaël Moapa, au sujet d’une publication qu’il jugeait tendancieuse, affirmant l’avoir aimée par inadvertance.
Cette sortie semble tout droit venue d’une autre époque, illustrant l’inconséquence de certains acteurs politiques qui, au gré des circonstances et des opportunités, paraissent prêts à renier leurs positions et à désavouer leurs compagnons de lutte. Pour une promesse, un avantage espéré ou une hypothétique promotion, certains semblent disposés à sacrifier leurs convictions et la confiance de ceux qui, parfois, les citent en exemple. Une telle attitude pose une question fondamentale : quelle valeur accorder à l’engagement politique lorsque la moindre réaction sur les réseaux sociaux peut donner lieu à une mise au point publique de cette nature ?
Une déclaration qui traduit le « ventrisme » de la classe politique gabonaise
Au-delà de la polémique suscitée par ce « like », cette affaire risque d’alimenter davantage la thèse selon laquelle une partie de la classe politique gabonaise serait davantage préoccupée par les intérêts personnels que par la transformation du pays. Alors que les citoyens attendent des politiques publiques rigoureuses, une gouvernance transparente et une rupture avec le clientélisme, le culte de la personnalité et la corruption, certains responsables semblent surtout soucieux de préserver leurs intérêts et de se rapprocher du pouvoir. Si cette perception venait à se confirmer dans les faits, elle constituerait un sérieux obstacle aux ambitions de changement affichées sous la Ve République.
La politique se résumerait-elle désormais, alors que cette nouvelle République n’en est qu’à ses débuts, à une course aux privilèges dans laquelle le plus important serait d’accéder à la table du pouvoir, quitte à trahir ses propres convictions et ses compagnons de parti ? Dans une telle configuration, le peuple ne serait plus une priorité, mais un simple instrument de légitimation dont certains responsables se serviraient pour assurer leur ascension sociale et leur maintien dans le paysage politique national. Une dérive qui, si elle s’installe, ne ferait qu’accentuer la défiance des citoyens envers leurs représentants.
Une sortie préoccupante, non sans discréditer l’image d’ Oligui Nguema
C’est précisément ce qui rend cette communication aussi embarrassante que préoccupante. Au-delà de son caractère obséquieux, elle fragilise la crédibilité de son auteur et risque de jeter une ombre sur l’image de la gouvernance portée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Car si le chef de l’État ne saurait être tenu automatiquement responsable des initiatives individuelles de tous les acteurs politiques qui lui témoignent leur soutien, il lui appartient néanmoins de veiller à ce que la fidélité affichée à son égard ne se substitue ni au débat démocratique ni à l’exigence de responsabilité publique.
Un like ne devrait jamais se transformer en une affaire d’Etat dans un état de droit
Dans un pays qui se veut sérieux, « like » sur Facebook ne devrait jamais devenir une affaire d’État. Dans une République qui prétend rompre avec les pratiques du passé, l’essentiel n’est pas de multiplier les déclarations d’allégeance, mais de démontrer, par des actes concrets, que l’intérêt général prime sur les ambitions individuelles. Le Gabon n’a pas besoin de responsables politiques qui changent de discours au gré des circonstances, mais de femmes et d’hommes capables d’assumer leurs opinions, de défendre leurs convictions et de rendre compte de leurs engagements.
La Ve République sera jugée non sur le nombre de soutiens proclamés au chef de l’État, mais à sa capacité à faire émerger une culture politique fondée sur la cohérence, la responsabilité et le respect des citoyens.







