Le Gabon s’apprête à ratifier le Traité OMPI sur les ressources génétiques et les savoirs traditionnels

Le Gabon souhaite s’engager en faveur d’une gouvernance mondiale plus juste des ressources naturelles et du patrimoine immatériel.

Libreville, le 26 mai 2026-(Dépêches 241). Réuni en conseil des ministres le 22 mai 2026, le gouvernement gabonais a examiné et adopté un projet de loi autorisant la ratification du Traité de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) sur les Ressources Génétiques et les Savoirs Traditionnels Associés. Connu sous l’acronyme « Traité GRATK », ce texte international avait été signé le 24 mai 2024 à Genève. Sa ratification par le Gabon, prise en application des articles 162 et 163 de la Constitution, marque une étape significative dans l’engagement du pays en faveur d’une gouvernance mondiale plus équitable des ressources naturelles et du patrimoine immatériel.

Le Traité GRATK a pour ambition première d’assainir et de renforcer le système international des brevets. Il vise en effet à garantir davantage d’efficacité, de transparence et de rigueur dans la délivrance des titres de propriété intellectuelle, en prévenant notamment l’octroi abusif de brevets portant sur des ressources génétiques ou des savoirs traditionnels qui n’appartiennent pas aux déposants. Un problème aux implications considérables, dans un monde où la biopiraterie, soit l’appropriation illégale ou non consentie du patrimoine naturel et culturel des peuples, demeure une réalité documentée et dénoncée par de nombreuses organisations internationales.

Pour le Gabon, pays doté de l’une des forêts tropicales les plus riches et les plus préservées du continent africain, la portée de cette ratification revêt une dimension stratégique évidente. Le pays abrite une biodiversité exceptionnelle, fruit de millénaires de coexistence entre les écosystèmes forestiers et les communautés autochtones et locales qui en sont les premières gardiennes. En adhérant à ce traité, Libreville entend offrir une protection juridique renforcée à ces communautés, dont les savoirs ancestraux, qu’il s’agisse de pratiques médicinales, agricoles ou écologiques, sont trop souvent exploités sans reconnaissance ni compensation.

Sur le plan diplomatique et politique, cette démarche s’inscrit dans une volonté affichée des autorités post-transition de repositionner le Gabon comme un acteur responsable et cohérent sur la scène internationale. En choisissant de ratifier un traité qui place la justice mondiale, la conservation de la biodiversité et les droits des peuples autochtones au cœur de ses priorités, le gouvernement envoie un signal fort à ses partenaires bilatéraux et multilatéraux, à l’heure où la crédibilité institutionnelle du pays reste un enjeu central de la période post-coup d’État.

Cela dit, la ratification du Traité GRATK ne sera pleinement significative que si elle s’accompagne d’une mise en œuvre concrète et d’un cadre législatif national à la hauteur des engagements pris. Le Gabon dispose, avec ses forêts et ses populations autochtones, d’un patrimoine vivant d’une valeur inestimable. Il lui appartient désormais non seulement de le protéger par les textes, mais aussi de traduire cette protection en réalités tangibles pour ceux qui, depuis des générations, en sont les véritables dépositaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*