
Libreville, le 7 Octobre 2026 – (Dépêches 241). En interdisant la vente de carburant dans les récipients alimentaires, le ministère du Pétrole brandit un impératif de sécurité que personne ne conteste. Mais en pleine pénurie, cette circulaire du 6 octobre fait peser sur l’automobiliste, victime et non auteur de la crise, le poids d’une contrainte de plus. Protéger les Gabonais est une chose, les priver de tout recours en est une autre.
Nul ne contestera le bien-fondé de l’alarme. Verser de l’essence dans un bidon d’eau minérale ou d’huile, c’est transporter un danger dans un contenant qui n’a jamais été conçu pour lui : risque d’incendie, de fuite, d’intoxication. Le ministère a raison de le rappeler, et la préférence donnée aux jerricans en PEHD homologués, de 5 à 20 litres, relève du bon sens. Sur le principe, la circulaire est irréprochable. La sécurité n’est pas une option, et l’État est dans son rôle quand il la défend.
Mais gouverner, c’est aussi regarder où tombent les coups. Qui sont ceux que cette interdiction va frapper en premier ? Pas les spéculateurs, pas les stockeurs, mais l’automobiliste en panne sèche, bidon de 5 litres à la main, qui cherche simplement de quoi redémarrer et rentrer chez lui. À cet homme, à cette femme, on va répondre : « Votre contenant n’est pas conforme. » Comme si la pénurie était leur œuvre. Comme si c’était l’usager qui avait asséché les stations. La rareté du produit, il ne l’a ni décidée ni provoquée. Il la subit, et voilà qu’on lui demande, en plus, de s’équiper aux normes pour avoir le droit de la subir.
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Reste l’essentiel : une règle n’a de force que si elle est applicable, et elle n’est juste que si elle est accompagnée. Si l’on exige des Gabonais d’être responsables, qu’on leur en donne les moyens : des jerricans homologués disponibles et abordables, une tolérance raisonnable pour les situations d’urgence, des consignes claires aux pompistes pour que la fermeté ne vire pas à l’arbitraire. Sécuriser sans simplement interdire, c’est cela, protéger.
La sécurité doit rester non négociable, mais elle ne doit jamais devenir le prétexte d’une double peine pour ceux qui n’ont rien demandé. On ne bâtit pas la confiance en ajoutant des obstacles à une population déjà à bout de souffle.








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