
Libreville, le 7 octobre 2026-(Dépêches 241) Depuis plusieurs jours, Libreville, la capitale politique du Gabon, vibre au rythme des embouteillages provoqués par des pénuries de gasoil et d’essence inédites dans le pays. Conséquence : tous les services qui y sont rattachés fonctionnent au ralenti et l’activité économique est presque à l’arrêt. Tout semble se passer comme si le pays n’avait plus de ministre en charge du Pétrole et des Hydrocarbures. Une situation pour le moins curieuse et particulièrement difficile à comprendre, alors que le Gabon est considéré comme l’un des plus grands producteurs de pétrole du continent.
La crise liée à la pénurie de carburant, notamment de gasoil et d’essence, intervenue depuis le 30 septembre dernier, semble s’enliser dans le temps. Malgré le communiqué du gouvernement tendant à rassurer les usagers sur une éventuelle stabilisation de la situation dès le 4 octobre, tout semble s’accélérer dans le sens de sa dégradation. Les rues, caractérisées par leur étroitesse, sont inondées de véhicules. Les citoyens connaissent toutes les peines du monde pour se déplacer, tandis que les files d’attente de véhicules devant les stations-service sont devenues interminables.
Libreville à sec, l’État sous pression
Pour ne rien arranger, le ministère du Pétrole et des Hydrocarbures a fait paraître une circulaire interdisant toute vente de carburant dans les bidons. Autrement dit, pour le Ministre, Clotaire Kondja, patron de ce département ministériel, si un automobiliste tombe en panne sèche, c’est sa propre faute. Il revient ainsi à ce dernier de se débrouiller pour pousser son véhicule jusqu’à la station-service la plus proche, en espérant que celle-ci sera pourvue du type de carburant que nécessite sa voiture. Ainsi, au lieu de chercher les mécanismes pouvant permettre de régler le problème, cette circulaire aurait plutôt tendance à l’aggraver. En voulant éviter que Libreville devienne « la ville des bidons », le ministère choisit d’en faire « une ville des voitures abandonnées dans les rues pour panne sèche ».
Une situation particulièrement préoccupante pour le gouvernement Oligui II, qui entend faire de la Ve République une République où il fait bon vivre, notamment dans sa capitale, Libreville. Dès lors, comment comprendre qu’avec les ambitions du président de la République, chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, de faire du Gabon un pays moderne, à l’instar des pays développés, celui-ci s’accommode de collaborateurs qui ont du mal à partager la même vision que lui ? Se pourrait-il que cette situation soit provoquée délibérément pour saboter l’action du numéro un gabonais ?
Interdire les bidons ne remplit pas les cuves
Pour une certaine opinion, ces pénuries ne sauraient s’expliquer autrement dans un pays producteur de pétrole. D’autant que lorsqu’on est ministre d’un secteur aussi sensible que celui du pétrole et des hydrocarbures, on est nécessairement entouré par des équipes professionnelles et techniques parées à toute éventualité. Leur rôle étant de prévenir et surtout d’anticiper d’éventuelles pénuries.
Or, la situation dans laquelle se trouve la capitale gabonaise ne semble avoir été ni prévenue ni anticipée. Et si tel est vraiment le cas, ce n’est plus seulement l’incompétence des équipes autour du ministre qui posent problème, c’est la rigueur et la capacité du ministre lui-même, dans la gestion de ce secteur qui pourraient être remises en question. Car il est impensable qu’un ministre suffisamment compétent n’ait pas été capable d’anticiper une pénurie d’essence après le déclenchement de celle du gasoil.
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Au-delà des désagréments causés aux automobilistes, cette pénurie met également à rude épreuve l’ensemble de la chaîne économique. Transporteurs, commerçants, entreprises, administrations et particuliers sont directement affectés par les difficultés d’approvisionnement en carburant. Dans une capitale où les déplacements reposent largement sur les véhicules individuels et les transports routiers, une pénurie prolongée peut rapidement produire des effets en cascade sur les prix, l’approvisionnement des marchés et la continuité des activités professionnelles. La question n’est donc plus seulement celle de la disponibilité du carburant dans les stations-service, mais celle de la capacité des pouvoirs publics à garantir la continuité d’un service aussi stratégique à sécuriser les services connexes.
Clotaire Kondja face à ses responsabilités
Dès lors, la responsabilité du Ministre Clotaire Kondja, en tant que patron de ce secteur, apparaît inévitablement au centre des interrogations. Sans préjuger des causes exactes de cette crise ni attribuer personnellement au ministre une responsabilité qui devrait être établie sur la base de faits vérifiables, la persistance de la pénurie soulève néanmoins une question politique fondamentale: le dispositif de prévention et de gestion des stocks de carburant était-il suffisamment robuste pour éviter qu’une difficulté d’approvisionnement en gasoil ne se transforme en crise touchant également l’essence ?
La réponse à cette interrogation permettra aussi de déterminer si cette situation relève d’un incident ponctuel, d’une défaillance du dispositif d’approvisionnement ou d’un problème plus profond dans la gouvernance du secteur des hydrocarbures.
En attendant, Libreville continue de suffoquer. Les automobilistes passent des heures dans les files d’attente, les transports sont perturbés et les activités économiques tournent au ralenti. Une situation qui met directement à l’épreuve les promesses de modernisation et d’amélioration des conditions de vie portées par les autorités de la Ve République. Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de sortir rapidement de cette crise, mais aussi d’en expliquer clairement les causes et de déterminer les responsabilités éventuelles.
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La question demeure donc entière : jusqu’où cette pénurie peut-elle s’étendre et combien de temps encore les populations devront-elles en supporter les conséquences ? Clotaire Kondja peut-il survivre à cette crise ? Va t-il sortir indemne d’une situation qui paralyse la capitale et une partie du pays alors que son département ministériel est au cœur de la crise ?
Les éclairages du ministre sont particulièrement attendus à ce sujet, et non sur la publication des circulaires inopportunes, qui pourraient parfois aggraver la crise. Être capable de gérer une crise avec tact et surtout apporter des réponses concrètes à une situation qui affecte directement le quotidien des Gabonais, voilà le devoir d’un ministre au service du peuple.







