De l’injure aux excuses forcées: la leçon infligée par les Magistrats à un 2e vice-président arrogant et trop bavard 

Insulter la justice, puis s’excuser, Foumboula rappelé à l’ordre par les magistrats

Libreville, le 16 mars 2026-(Dépêches 241). Alors qu’il multiplie les sorties hasardeuses, présomptueuses, parfois incohérentes et particulièrement condescendantes depuis qu’il est dans les bonnes grâces du régime post-transition, Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, pour ne pas le citer, propulsé au poste de 2ᵉ vice-président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESC), a cru bon de s’en prendre au corps judiciaire. Il s’est notamment permis de qualifier certains magistrats de « malades mentaux ». Mais mal lui en a pris, c’était sans compter sur la diligence du Syndicat national des magistrats (SYNAMAG), qui est immédiatement monté au créneau pour exiger des excuses publiques de l’intéressé, sous peine de poursuites judiciaires pour diffamation et atteinte à l’honneur, y compris contre l’institution. C’est avec une gorge remplie de son orgueil qu’il a ravalé par contrainte, que Foumboula Libeka, sous pression, s’est résolu à présenter des excuses aux hommes à toge. 

La Vᵉ République semble, vraisemblablement, être devenue le terreau fertile d’une société où certains hommes politiques ne se sentent plus astreints au devoir de réserve. N’importe qui, du haut de son costume de représentant d’institution, se croit désormais autorisé à faire la leçon à des hommes d’expérience. Dans ce contexte, Geoffroy Foumboula, 2ᵉ vice-président du CESC, prenant la parole sur la question relative aux crimes rituels, dans une logorrhée dont il semble détenir seul le secret, s’est autorisé des propos infamants à l’encontre des magistrats.

L’ex-quatrième vice-président de l’Assemblée nationale de transition se serait ainsi permis, avec une désinvolture confondante, de qualifier certains magistrats de « malades mentaux ». Des propos dont l’indécence n’a évidemment échappé à personne au sein du corps judiciaire, lequel n’a pas tardé à réclamer, avec fermeté, des excuses publiques de la part de l’intéressé. Pour les magistrats, cette sortie intempestive et irrévérencieuse n’avait rien d’une contribution sérieuse à la lutte contre les crimes dits rituels. Elle relevait plutôt d’un prétexte commode pour jeter l’opprobre sur toute une corporation.

Entre invectives malvenues, légèreté coupable dans l’usage de la parole publique et désinvolture à l’égard de l’institution judiciaire, Geoffroy Foumboula s’est improvisé procureur moral de la République, comme si la rectitude éthique et la vertu civique avaient soudain élu domicile chez lui seul, laissant le reste de la nation dans une regrettable pénombre morale.

Armé d’un verbe à la fois infantilisant et brumeux, cette curieuse combinaison qui donne parfois l’illusion de la profondeur à défaut d’en produire la substance, ce personnage, dont la versatilité n’est plus un secret pour personne, a fini par susciter l’indignation des magistrats. Ces derniers, visiblement peu enclins à servir de défouloir rhétorique, ont alors rappelé à l’ancien député de la transition que les mots, surtout lorsqu’ils sont prononcés depuis les hauteurs d’une institution, peuvent avoir des conséquences. 

La menace d’une action judiciaire fût aussitôt brandie, visant à la fois l’intéressé et, par ricochet, l’institution qu’il prétend représenter. Un rappel d’autant plus opportun qu’il est de notoriété publique que les membres d’organes institutionnels, notamment ceux siégeant au bureau du CESC, sont astreints à une obligation de réserve. Autrement dit, la parole y est censée être pesée, mesurée et, idéalement, réfléchie.

Un épisode relance le débat sur les dérives d’une parole publique de plus en plus imprudente sous la Vᵉ République

Pris en étau par des magistrats manifestement décidés à joindre l’acte à la menace en déposant plainte, tant contre l’institution que contre lui-même, l’ancien porte-parole du Copil Citoyen s’est finalement résolu à présenter des excuses publiques. C’est lors d’une conférence de presse, soigneusement scénarisée pour l’occasion, qu’il s’est efforcé de replacer ses propos dans un contexte qu’il espérait, sans doute, plus clément à son égard. Mais malgré ces prudents habillages explicatifs, difficile de ne pas lire dans cet exercice de contrition autre chose qu’une séquence pour le moins humiliante pour l’ex-député.

Au-delà de la mésaventure personnelle de Geoffroy Foumboula, cet épisode sonne surtout comme un rappel salutaire. Rappel à l’ordre pour certains représentants d’institutions qui semblent parfois confondre tribune publique et défouloir personnel. Rappel également pour ces nouveaux courtisans impétueux, gravitant autour de la galaxie présidentielle qui, au nom d’un zèle parfois aussi bruyant qu’imprudent, s’imaginent investis d’un permis d’excès permanent.

 Foumboula, connu pour cette propension à parler de tout en tout temps, aura fait l’expérience à ses dépens de la mesure et des limites de la parole publique. S’il n’a fait que frôler les portes de la justice cette fois-ci, gageons que cette leçon, administrée avec une certaine pédagogie judiciaire, lui aura rappelé qu’en période de turbulences économiques, politiques et sociales, le Gabon ne peut plus s’offrir le luxe de responsables publics inconsistants et inconscients du poids de leurs mots et de la gravité de leurs fonctions.

En définitive, cette affaire rappelle une vérité simple. La parole publique n’est jamais anodine, surtout lorsqu’elle émane d’un responsable investi d’une fonction institutionnelle. Elle engage, elle oblige et elle impose à celui qui la prononce une rigueur que l’humeur ou la désinvolture ne sauraient remplacer. Dans un État qui aspire à renforcer ses institutions et à restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés, la retenue, le respect des corps constitués et la responsabilité dans l’expression devraient demeurer des principes cardinaux. 

Car lorsque la mesure disparaît et que la parole se fait imprudente, l’autorité s’affaiblit et la fonction se dégrade. L’arrogance, si bruyante soit-elle, finit toujours par se heurter à la dignité de ceux qui refusent d’être publiquement rabaissés. Et l’expérience politique enseigne une leçon constante. C’est que dans la vie des institutions, ce ne sont jamais les excès de verbe qui fondent la crédibilité d’un homme ou d’un pouvoir, mais la gravité, la responsabilité et le sens de la mesure de celui qui l’exerce. Que Geoffroy Foumboula Libeka, en prenne de la graine. 

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