
Libreville, le 30 mars 2026 – (Dépêches 241). Invités au Palais Rénovation par le président de la République le 25 mars dernier pour évoquer les priorités des Gabonais, plusieurs responsables de partis politiques ont finalement préféré évoquer leurs propres frustrations. Une scène révélatrice d’un malaise persistant entre engagement public et intérêts particuliers.
Le décor était solennel au Palais Rénovation mercredi dernier. Autour de la table, les présidents de plusieurs formations politiques répondaient à l’invitation du Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif de cette rencontre était pourtant clair, recueillir les préoccupations majeures des populations afin d’alimenter la future déclaration de politique publique du président prévue en juin. Dans l’esprit du chef de l’État, ces responsables politiques devaient également servir de relais auprès des Gabonais pour expliquer et vulgariser sa vision.
Dans un premier temps, l’échange s’est voulu ouvert. Le président de la République a encouragé ses interlocuteurs à lui faire remonter sans détour les attentes, critiques et inquiétudes des citoyens. Une invitation à la franchise et à la responsabilité politique. Mais très vite, la conversation a emprunté un détour inattendu propre à la perception depuis des décennies, de l’engagement politique version gabonaise
Au lieu d’évoquer les priorités sociales, économiques ou institutionnelles du pays, plusieurs responsables politiques ont préféré glisser vers un autre registre. Celui des revendications, des demandes et des sollicitations. Certains présidents de partis politiques se sont en effet plaints de ne pas avoir été « récompensés » après leur soutien au projet constitutionnel et à l’élection présidentielle d’avril 2025. D’autres ont évoqué, sans détour, l’absence de nominations dans l’appareil d’État. « Nous vous avons soutenu, mais nous n’avons pas été nommés », ont regretté certains, transformant ce qui devait être un moment d’écoute nationale en séance de revendications politiques.
Le contraste était frappant. Alors qu’ils étaient attendus sur les préoccupations des Gabonais, plusieurs leaders ont semblé plaider d’abord pour leur propre chapelle. Une attitude qui interroge sur la conception même de l’engagement politique : est-il question de servir la République ou d’attendre un retour d’ascenseur ? Dans un pays où les attentes sociales restent nombreuses, ce décalage entre discours public et préoccupations réelles risque d’alimenter davantage la défiance entre les citoyens et ceux qui prétendent parler en leur nom.







