
Libreville, le 22 avril 2026 – ( Dépêches 241). Convoqué en session extraordinaire ce jeudi, le conseil municipal de Libreville s’apprête à enregistrer ce que les coulisses préparent depuis plusieurs jours : la démission officielle du maire Pierre Mathieu Obame Etoughe et de l’ensemble de son bureau. Cinq adjoints, une capitulation collective habillée en geste institutionnel. Mais la séance ne se réduira pas à un acte d’état civil municipal : selon des sources particulièrement bien introduites, des consignes de vote auraient circulé dès ce mercredi dans tous les camps politiques, et le nom du prochain maire de Libreville pourrait être connu dans les prochaines heures si ce n’est pas dans les prochains jours.
Il y a quelque chose d’étrangement solennel dans le conseil extraordinaire de demain. Convoquer l’assemblée municipale pour y recueillir d’éventuelles démissions, c’est donner à une liquidation la dignité d’une délibération. Les cinq adjoints, Emmanuel Berre, Arsène Nkoghe, Chancia Ngaboni Andie, Issa Malam Salatou et Edwige Pulchérie Andem Obame, auraient déjà, selon certains ouïe dire, formellement remis leurs lettres entre les mains du gouverneur de la province de l’Estuaire. Le conseil de ce jeudi ne ferait donc qu’officialiser ce qui serait déjà acté dans les antichambres du pouvoir.
La démission collective, ou l’art de partir sans partir
Que ces cinq élus appartiennent, pour l’essentiel, au giron du parti au pouvoir, dit tout de la nature de ce mouvement. On a voulu y voir un élan de solidarité envers un maire déchu, une fidélité de circonstance à celui que le pouvoir naissant de la Ve République semble vouloir écarter avec une brutalité peu coutumière. Il faut davantage y lire la marque d’une épuration ordonnée, conduite avec la précision de ceux qui savent que la scène est écrite et que le rôle de chacun a été distribué en amont. Le geste spontané n’existe pas en politique gabonaise, il n’existe que des gestes opportunément présentés comme tels.
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Libreville pourrait donc se retrouver, au terme de cette séquence, privée de la direction municipale élue dont elle était dotée. La première collectivité du pays, par sa démographie, ses enjeux urbains, ses ressources symboliques, se retrouve suspendue entre deux temporalités. Celle d’un passé que l’on congédie et celle d’un avenir dont le visage, justement, est attendu. Et il pourrait se dévoiler dès demain.
Un nom dans les airs, une ville en haleine
C’est la partie de l’histoire qui retient le souffle. Selon des informations recueillies auprès de sources proches de l’affaire, une réunion se serait tenue ce mercredi dans la discrétion des arrière-salles. Une réunion pendant laquelle les consignes de vote ont été données, les blocs politiques ont été alignés, et le choix du futur maire de Libreville aurait déjà été arbitré en dehors de l’enceinte municipale. Le conseil extraordinaire de ce jeudi ne serait alors que la mise en forme d’une décision déjà prise ailleurs, dans ces lieux informels où, au Gabon comme ailleurs, se joue l’essentiel.
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Ce mode opératoire n’est pas sans ironie. La Ve République, qui a fait de la rupture avec les pratiques de l’ancien régime l’un de ses étendards les plus brandis, reproduit ici avec une fidélité presque nostalgique les réflexes de gouvernance qu’elle prétendait congédier. Désigner avant d’élire, décider avant de délibérer, orchestrer avant de voter : ce ballet-là, les Gabonais le connaissent par cœur. Ils en reconnaissent les figures, les silences convenus, les enthousiasmes soudains et les ralliements improbables.
Reste à savoir si le nom qui émergera de ce jeudi ou dans les prochains jours sera celui d’un bâtisseur ou ancienne figure du régime ancien reconverti en bâtisseur comme il existe à foison dans la Ve République. En définitive, Libreville n’a pas seulement besoin d’un nouveau maire. Elle a besoin d’une direction capable de réconcilier une capitale avec elle-même, de résorber des fractures urbaines profondes et de redonner à la gouvernance locale la substance que les années d’incurie et d’agitation politique lui ont confisquée.
Ce jeudi, l’Hôtel de Ville refermera peut-être un chapitre. Et en ouvrira peut-être un autre, mais sous quelle plume ? C’est ce que Libreville, dans un silence attentif, attend de savoir.







