Éco-gardes en détresse : neuf mois sans salaire, l’État face à ses responsabilités ? 

La situation des Eco garde doit interpeler les plus hauts autorités en tête desquelles le Chef de l’Etat lui même ©Dépêches 241

Libreville, le 23 avril 2026-(Dépêches 241). La tension semble à son comble chez les éco-gardes. En cause, les agents accusent plusieurs mois de retard dans le paiement de leurs salaires. Certains cumuleraient jusqu’à neuf mois d’arriérés. Une situation qui a conduit Sosthène Ndong Engonga, secrétaire général du syndicat des éco-gardes, à monter au créneau face au silence de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), pourtant informée de la précarité croissante de ces gardiens de la faune et de la biodiversité gabonaise.

Les agents de l’ANPN, notamment les éco-gardes, font face à de nombreuses difficultés depuis des années, sans qu’aucune solution concrète ne soit apportée. En 2021, 2022 et 2024, ils avaient déjà multiplié les sorties pour interpeller leur tutelle ainsi que les plus hautes autorités de l’État, afin de trouver des solutions durables à leur situation salariale. Pourtant, malgré ces alertes répétées, aucune mesure notable n’a été prise en leur faveur.

Quelques signaux avaient semblé émerger, notamment avec la promesse du président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguéma, qui avait annoncé une réflexion sur les mécanismes susceptibles de permettre à ces agents chargés de la conservation de la faune gabonaise d’intégrer la fonction publique. Une solution parmi les plus pertinentes, qui aurait pu mettre fin au phénomène des impayés. Seulement, entre cette annonce et la nouvelle alerte du secrétaire général de leur syndicat de ce 20 avril 2026, rien ne laisse entrevoir un début de résolution.

Les problèmes demeurent les mêmes. Et l’ANPN, agence pourtant sous la tutelle de la présidence de la République gabonaise, semble visiblement détourner le regard. Oubliant que ces salaires constituent le seul moyen de subsistance de ces agents et de leurs familles. Selon Sosthène Ndong Engonga, de passage sur les antennes de Radio Gabon : « Les problèmes sont les mêmes, il n’y a pas eu d’avancées. À ce jour, certains cumulent trois mois d’impayés, d’autres jusqu’à neuf mois. Et neuf mois sans salaire, c’est inacceptable », a-t-il déclaré.

La situation est d’autant plus difficile à comprendre qu’en dehors des subventions de l’État gabonais, l’ANPN bénéficie également de financements d’organismes internationaux engagés dans la lutte contre la destruction des écosystèmes forestiers et la préservation de la biodiversité. Dès lors, plusieurs questions cruciales se posent : à quoi sert l’ANPN ? Comment expliquer qu’une agence recevant des millions de dollars chaque année soit incapable de payer ses agents ? Mieux encore, comment comprendre qu’une structure placée sous l’autorité directe de la présidence de la République connaisse autant de telles difficultés ? Où va tout cet argent reçu ? 

Face à ces incertitudes, les éco-gardes en appellent au chef de l’État pour mettre un terme à leur précarité croissante. À défaut, une grève pourrait être déclenchée dès ce mercredi 22 avril, si aucune mesure concrète n’est prise. Une telle situation entraînerait inévitablement la fermeture des treize parcs nationaux, avec des conséquences lourdes : en l’absence de ces gardiens, la biodiversité gabonaise, notamment les espèces en voie d’extinction, serait livrée aux braconniers, toujours à l’affût de la moindre faille.

Derrière cette crise salariale se dessine un problème plus profond de gouvernance et de priorisation des politiques publiques. En laissant perdurer une telle situation, l’État ne fragilise pas seulement des hommes, mais met en péril tout un dispositif de protection environnementale pourtant stratégique. Si rien n’est fait rapidement, le coût écologique et institutionnel de cette négligence pourrait s’avérer bien plus élevé que celui d’une régularisation immédiate des salaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*