Élection Fegafoot: La mission FIFA-CAF dissout le spectre de la normalisation et met fin aux desseins de ses promoteurs

Le verdict de la mission internationale referme, pour l’heure, la parenthèse ouverte par la tutelle ©Dépêches 241

Libreville, le 22 avril 2026 – (Dépêches 241). Le séjour de la mission FIFA-CAF à Libreville aura eu le mérite rare de dire les choses sans détour. Après avoir reçu successivement les dirigeants de la Fegafoot, la commission électorale et le ministre des Sports Paul Ulrich Kessany, l’émissaire Célestin Yanindji a tranché : les conditions d’une normalisation ne sont pas réunies. Une conclusion qui sonne comme un camouflet discret pour ceux qui, au sommet de la tutelle, espéraient que les instances mondiales du football feraient le travail à leur place.

La mission FIFA-CAF a procédé avec méthode. Trois séances de travail, trois interlocuteurs, un seul verdict. Après avoir auditionné le Comité exécutif de la Fegafoot, la Commission électorale indépendante, puis le ministre de tutelle en personne, Célestin Yanindji a pris la parole sans ambages : le cadre institutionnel d’une normalisation n’est pas rempli.

Un diagnostic qui ne laisse pas de place à l’interprétation

Dans la doctrine FIFA, rappelle-t-il, la normalisation est un outil de dernier recours, réservé aux fédérations dont les instances sont bloquées, divisées ou tout simplement inexistantes. Or, la Fegafoot fonctionne. Ses commissions sont en place. Son processus électoral est engagé et, mieux encore, aucune irrégularité majeure n’a été relevée dans son déroulement. Le problème, précise la mission, ne réside pas dans l’urne,  il est en amont, dans un passage administratif de mise en conformité avec la législation nationale qui touche aux règles de fonctionnement des associations. Un ajustement réglementaire, non une crise de gouvernance.

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Pour la mission CAF-FIFA, le processus électoral a respecté les textes en vigueur. Il convient donc d’en attendre simplement la reprise, une fois levées les réserves administratives en suspens. L’Assemblée Générale élective est projetée en décembre 2026. Pierre Alain Mounguengui et son équipe dirigeante assurent la gestion des affaires courantes d’ici là. Pas de vacance de pouvoir. Pas d’illégitimité des organes fédéraux. La continuité, et rien que la continuité.

 L’ironie cruelle d’un calcul qui se retourne

Il y a dans ce dénouement une ironie que les observateurs avisés ne manqueront pas de savourer. Car si le gouvernement gabonais en est venu à qualifier de « crise » la situation de la Fegafoot, ce n’est pas en raison d’une quelconque défaillance objective de la fédération. C’est parce qu’il a lui-même interrompu le processus électoral, par la voix de son ministre des Sports Paul Ulrich Kessany. Une décision dont on cherchera vainement la légitimité dans les textes régissant le football mondial.

Plus curieux encore, la tutelle avait, dans sa sagesse stratégique implicitement refusé de délivrer à la Fegafoot son agrément technique. Un levier pensé, semble-t-il, comme une arme discrète, l’argument qui ferait pencher la balance internationale en défaveur du Comité exécutif actuel, contraignant FIFA et CAF à siffler la fin de partie pour Pierre Alain Mounguengui. Le calcul était habile. Il était surtout mesquin. Et c’est pourquoi il a échoué.

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Les promoteurs de la normalisation, entendez ceux qui, depuis les couloirs du ministère, militaient pour une mise sous tutelle institutionnelle du football gabonais, devront faire leur deuil. Les instances mondiales et africaines n’ont pas pour habitude de se laisser instrumentaliser par des différends administratifs nationaux et de guerres intestines habillés en urgence de gouvernance. Un différend administratif, rappellent-elles implicitement, ne fait pas une crise. Et une crise inventée ne saurait justifier une normalisation.

La position de Yanindji, ou la redéfinition du débat

La position de l’émissaire Célestin Yanindji à dire vrai, n’est pas sans conséquences. Elle redéfinit les termes du débat en recadrant chaque acteur dans son rôle légitime. La Fegafoot n’est pas en crise, elle est plutôt en attente. Le ministère n’est pas un arbitre du jeu footballistique, il

 est en réalité une tutelle administrative, tenue à des prérogatives précises. Et la FIFA comme la CAF ne sont pas des instruments de règlement de comptes institutionnels : elles sont les garantes d’une gouvernance du football fondée sur ses propres textes.

En renvoyant les partisans de la manière forte à la réalité des règlements, la mission a rendu un service que l’on qualifiera d’éminemment pédagogique. Elle a rappelé qu’entre un désaccord administratif et une défaillance institutionnelle, la distance est infinie et que cette distance ne se franchit pas par décret ministériel.

Reste à savoir si la leçon sera entendue. Le football gabonais, lui, n’attend qu’une chose, que les réserves administratives soient levées, que le calendrier électoral reprenne ses droits, et que l’on cesse, enfin, de confondre l’impatience politique avec l’urgence institutionnelle.

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