
Libreville, le 15 avril 2026 – (Dépêches 241). Le ministère des Sports et celui de l’Intérieur ont conjointement annoncé, lors d’une conférence de presse tenue à Libreville le 13 avril dernier, la suspension du processus électoral de la Fédération Gabonaise de Football ainsi que celle du Comité National Olympique, puis le report de l’élection de la Fegafoot au mois de décembre 2026. Une décision présentée comme technique, mais dont la forme interroge. Car entre un gouvernement qui observe et un gouvernement qui décide, la frontière, dans le football gabonais, semble de plus en plus fine. En attendant, Pierre Alain Mounguengui, dont certains réclamaient la tête à cor et à cri, demeure, lui, bien en place.
C’est par la voix conjointe de deux membres du gouvernement, Paul Ulrich Kessany, ministre des Sports, et Adrien Nguema MBA, ministre de l’Intérieur, qu’a été officialisé, lors d’une conférence de presse, le report de l’élection du bureau exécutif de la Fédération Gabonaise de Football. Initialement programmé le 18 avril à Mouila, le scrutin est désormais renvoyé à décembre 2026, soit un report de huit mois. La même décision frappe le Comité National Olympique du Gabon, dont le processus électoral se trouve lui aussi suspendu dans l’attente d’une régularisation administrative des ligues et associations sportives membres.
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La justification avancée tient à l’état de conformité de ces structures. A raison, une majorité d’entre elles ne disposerait pas de documents administratifs en règle. Un guichet unique sera donc prochainement créé pour accompagner la mise en ordre et en conformité des ligues concernées. Sur le fond, et il faut le reconnaître, le constat n’est pas sans fondement. Sur la forme, en revanche, la démarche interpelle. Car si le gouvernement peut légitimement veiller au cadre réglementaire du sport national, il n’en demeure pas moins que la Fédération Gabonaise de Football est, de droit et de fait, une entité indépendante, affiliée à la Confédération Africaine de Football (CAF) et à la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), et qui n’a de comptes à rendre, pour son fonctionnement électoral, qu’à ces deux instances.
De spectateur à acteur : un glissement qui ne passe pas inaperçu
Le principe est établi de longue date dans les textes qui régissent le football mondial. Il est écrit à cet effet noir sur blanc que les gouvernements ne sauraient s’immiscer dans les affaires électorales des fédérations nationales. C’est précisément pour prévenir toute ingérence politique, quelle qu’en soit la nature, que la FIFA et la CAF disposent d’un arsenal de sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension pure et simple d’une fédération membre. Or, en assumant publiquement, par voie de conférence de presse ministérielle, la décision de reporter un scrutin fédéral, le gouvernement gabonais ne se contente plus du rôle d’observateur qui est en principe le sien. Il se pose en acteur, en décideur. La nuance est loin d’être anodine.
Ce changement de posture n’a pas échappé aux observateurs, pas davantage, sans doute, aux représentants de la FIFA et de la CAF dont une délégation est attendue dans les prochains jours à Libreville. Cette visite, dont le calendrier prend désormais une résonance particulière, sera scrutée avec attention. Elle devrait permettre de mesurer le degré de compréhension, ou d’inquiétude, des instances internationales face à une situation qui, au minimum, mérite des clarifications.
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Au terme de mois de polémiques, de procédures judiciaires croisées, de pressions institutionnelles et de campagnes publiques pour obtenir son départ, Pierre Alain Mounguengui demeure président de la Fédération Gabonaise de Football.
Tout ce bruit mais Mounguengui reste
Le report de l’élection en est la confirmation implicite, jusqu’au prochain scrutin, désormais fixé en décembre 2026, Pierre Alain Mounguengui continuera d’exercer ses fonctions à la tête de la Fegafoot. Ceux qui appelaient à sa mise à l’écart rapide devront se contenter d’un report au terme duquel l’homme dont ils ne voulaient plus de la candidature sera toujours en lice et en course. La logique institutionnelle, si souvent invoquée pour justifier les pressions exercées contre lui, s’applique aussi à sa survivance.
Reste à savoir ce que dira la FIFA de cette séquence d’ensemble. La délégation attendue à Libreville n’arrivera pas sans dossiers, ni sans questions. Et dans le football mondial, les réponses à ces questions sont rarement celles que les gouvernements préfèrent entendre.







