Fegafoot : Kessany transforme-t-il un simple agrément en instrument de règlement de comptes ?

L’agrément technique est-il devenu l’arme silencieuse de Kessany pour maintenir la Fédération sous pression ? ©Dépêches 241

Libreville, le 7 avril 2025- (Dépêches 241). Depuis plusieurs semaines, un étrange flottement entoure la délivrance de l’agrément technique de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot). Alors même que l’instance affirme avoir transmis l’ensemble des documents requis depuis le 3 mars, le ministère des sports tarde à délivrer le document qui mettrait fin à toute polémique. Une situation qui, au-delà de la simple lenteur administrative, soulève des interrogations sur la cohérence et les véritables intentions du ministre des Sports Paul Ulrich Kessany.

S’il est une forme d’arbitraire particulièrement redoutable, c’est bien celle qui se drape dans les formes légales pour mieux tordre le droit. Le ministre des Sports Paul Kessany semble en avoir fait un art. La Fédération Gabonaise de Football, instance souveraine du football national, reconnue par la FIFA et la CAF,  attend depuis le 3 mars 2025 la délivrance de son agrément technique, document administratif dont l’obtention conditionne la pleine légitimité institutionnelle de ses organes dirigeants. 

Pourtant, toutes les pièces requises ont en effet été transmises dans les délais au ministère des Sports. Seulement , étrangement, le ministère ne signe pas. Et ce silence bureaucratique, que rien dans les textes ne saurait justifier, commence à prendre les contours d’une décision délibérée, pensée et finalement réfléchie. 

Une procédure dûment respectée par la Fegafoot 

Pour bien comprendre l’anomalie de la situation actuelle, il convient de rappeler la procédure administrative normale menant à l’obtention de l’agrément technique pour une fédération sportive au Gabon. Celle-ci se déroule en deux étapes clairement établies.

La première étape consiste pour l’organisation concernée à obtenir auprès du ministère de l’Intérieur le récépissé de déclaration d’association. Ce document administratif confère à la structure une existence légale sur le plan administratif et un statut de reconnaissance d’utilité publique qui lui donne le droit d’exercer ses activités en tant qu’organisation. Dans le cas de la Fegafoot, cette formalité a été accomplie sans difficulté particulière. Le récépissé a notamment été délivré par le ministère de l’Intérieur dans un délai de sept jours, attestant ainsi de la conformité du dossier présenté.

La seconde étape intervient une fois ce récépissé obtenu. L’association doit alors se tourner vers le ministère technique compétent afin d’obtenir l’agrément technique qui lui permet d’exercer dans son domaine spécifique. Pour une fédération sportive, cette compétence relève naturellement du ministère des Sports. C’est en cette occurrence que la Fegafoot a déposé un dossier complet comprenant notamment ses statuts, son règlement intérieur, son code électoral ainsi que le récépissé de déclaration délivré par le ministère de l’Intérieur le 3 mars dernier.

Autrement dit, toutes les exigences administratives préalables ont été respectées. Aucune pièce ne manque, aucune irrégularité n’a été signalée. Dans une administration fonctionnant normalement, la délivrance de l’agrément technique ne devrait être qu’une formalité administrative de validation.

La cohérence sélective d’un ministre partial ? 

Or, c’est précisément à ce stade que le processus semble inexplicablement bloqué. Depuis le 3 mars, le ministère des Sports n’a toujours pas délivré ce fameux agrément technique à la Fegafoot, malgré la complétude du dossier. Ce retard prolongé ne relève plus de la simple inertie administrative. Il ressemble de plus en plus à une forme de rétention administrative qui, de fait, place la fédération dans une situation d’incertitude institutionnelle.

Ce qui rend la posture du ministre Paul Kessany particulièrement difficile à défendre, c’est sa flagrante sélectivité. Le même ministre qui refuse de régulariser la situation de la Fegafoot, au motif implicite d’une légitimité contestée, n’a éprouvé aucun scrupule à lancer le championnat national avec des clubs en situation d’irrégularité administrative avérée.

L’urgence du calendrier sportif, la nécessité de montrer qu’une compétition avait repris par ses soins, ont suffi à lever tous les obstacles pour les clubs. Pour la Fédération, en revanche, la rigueur est soudainement de mise. On ne saurait mieux illustrer ce qu’est une double mesure assumée : souple avec les uns, inflexible avec les autres, selon un arbitrage qui doit tout à la politique et rien au droit.

Un scénario lisible et risible pour qui sait lire 

Les intentions prêtées à Paul Kessany par certaines personnes sont à dire vrai, d’une logique implacable. En privant la Fegafoot de son agrément technique, le ministre veut savamment entretenir le doute sur la légitimité de la Fegafoot. Une fédération sans agrément technique est une fédération dont on peut, à loisir, contester l’existence juridique, et, par ricochet, la validité des processus électoraux qu’elle organise. 

Or, le président sortant Pierre Alain Mounguengui brigue un nouveau mandat. Empêcher la régularisation administrative de l’institution, c’est potentiellement fragiliser les bases juridiques de sa candidature. La manœuvre, si elle est avérée, est aussi habile que préoccupante car dans les faits, elle transforme un acte administratif anodin,  la délivrance d’un agrément technique, en levier d’ingérence politique malsaine et déguisée . 

En réalité, l’ironie de la situation n’échappe à personne. C’est ce même Paul Kessany qui via des médias dont la proximité avec ses positions est de notoriété publique, avait abondamment instruit le procès en illégalité et en illégitimité du comité exécutif fédéral. En se muant même en communicateur, le ministre avait choisi l’offensive médiatique pour fragiliser la gouvernance du football gabonais. 

Mais voilà que la Fegafoot, loin de se laisser disqualifier par les polémiques, a fait le choix de la conformité, elle a réuni ses dossiers, respecté ses obligations, frappé aux bonnes portes et dans les délais. Face à cette normalisation, Kessany semble réduit à une seule arme. Ne pas instruire pour signer le document de la Fegafoot. C’est peu et bas pour un ministre de la République. Et c’est beaucoup pour une institution sportive dont l’avenir ne devrait dépendre ni des humeurs d’un cabinet ministériel, ni des calculs d’une arrière-cour politique en quête de vengeance et de règlements de comptes. 

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