
Libreville, le 28 mai 2026-(Dépêches 241) Le Conseil des ministres du 22 mai dernier, présidé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dans la salle habituelle du Palais Rénovation, n’a pas seulement été un moment opportun pour réduire les effectifs de la présidence de la République, il a surtout été un moment crucial au cours duquel le rapport d’évaluation des cent premiers jours du gouvernement a été remis au chef de l’État. Sans surprise, et comme ce fut le cas sous le régime déchu d’Ali Bongo et de ses sbires, le chef de l’État s’est dit pleinement satisfait du travail de son équipe gouvernementale, estimant même que les résultats obtenus seraient allés au-delà de ses espérances. Seulement, alors que le gouvernement semble exprimer un auto-satisfecit que l’opinion qualifie, à raison d’ailleurs, de lunaire, le peuple, lui, agonise et continue de chercher les preuves concrètes de ce travail gouvernemental.
D’après le communiqué final du dernier Conseil des ministres du 22 mai dernier, les cent premiers jours du gouvernement Oligui Nguema se seraient soldés par des résultats plus que probants. Le gouvernement s’en est félicité à pieds joints, estimant que les résultats obtenus auraient largement dépassé les objectifs attendus. Une appréciation qui s’apparente davantage à une forme de narcissisme gouvernemental qu’à une véritable évaluation caractérisée par des résultats concrets et des solutions aux problèmes élémentaires de la population gabonaise.
Certains observateurs estiment, à ce titre, que ce rapport n’est pas seulement lunaire, il est l’expression, dans son sens le plus vil, du mépris et de l’inconsidération de ce gouvernement envers le peuple qu’il est censé servir. D’autant plus que les problèmes auxquels les populations faisaient face avant la mise en place de ce gouvernement sont restés les mêmes et se seraient même parfois accentués, donnant le sentiment que le chef de l’État et son gouvernement ont été plus sourds, muets et aveugles face aux préoccupations du peuple gabonais qu’ils n’ont cherché à y apporter des solutions.
Pour preuve, l’électricité demeure toujours une denrée rare dans les foyers gabonais, tandis qu’avoir de l’eau au robinet relève d’un véritable parcours du combattant. D’ailleurs, ces derniers jours, plusieurs artères routières ont dû être barricadées par des populations lassées de subir les coupures intempestives de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Dans certaines zones, notamment à Owendo, des milliers de foyers sont restés sans électricité pendant plus de trois jours. Dès lors, comment expliquer autrement l’autosatisfaction du gouvernement, sinon par l’indécence et le refus irrationnel de reconnaître son impéritie face à un peuple qui ne demande que l’essentiel, le minimum vital ?
Le peuple souffre et le gouvernement semble ironiquement s’en moquer. La précarité et la pauvreté ont atteint des sommets jamais connus, au point de faire apparaître Ali Bongo comme un bien meilleur gestionnaire des ressources de l’État. Le chômage bat son plein, surtout chez les jeunes où le phénomène frôlerait les 40 %. L’insécurité est devenue un fléau incontrôlable. L’institution judiciaire apparaît désormais comme l’antichambre des ordres politiques ; au lieu d’inspirer confiance, le peuple s’en méfie et veut s’en éloigner le plus possible, parce qu’elle serait devenue un instrument politique destiné à régler des comptes avec les opposants et toutes les voix dissonantes du régime.
Le système éducatif est en lambeaux. Le gouvernement brille par une habileté presque démentielle dans l’inconstance. Le peuple semble faire face à un gouvernement hors-sol, qui se satisfait de sa pénibilité quotidienne. Un gouvernement qui, à défaut de trouver des solutions aux difficultés criantes des Gabonais, les ignore totalement. Tenez, ces derniers jours, lors d’une émission à la télévision nationale consacrée aux cent jours du gouvernement, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a lui-même fait la démonstration d’un gouvernement autrement plus incompétent que jamais. Il a été incapable de fournir au journaliste et aux nombreux téléspectateurs scotchés à leur petit écran les chiffres réels du taux de chômage au Gabon. Pire encore, il ne connaissait pas le nombre d’emplois qui auraient été créés depuis qu’ils sont à la tête du pays.
Donnant ainsi l’impression que le peuple aurait plutôt affaire à des imposteurs sous le costume de gouvernants qu’à de véritables dirigeants. Le même inconfort s’est exprimé chez le ministre des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi qui, après avoir tenté de dresser un bilan trop reluisant de sa gouvernance du ministère, a été stoppé net par le micro-trottoir diffusé sur le plateau, au cours duquel les Gabonais ont exprimé leur déception par rapport à la gestion de son département ministériel. Dans ces conditions, une certaine opinion estime que la satisfaction du gouvernement à l’égard de son propre travail est l’expression d’une navigation à vue qui ne reflète nullement la réalité du quotidien des populations gabonaises.
Ainsi, à vouloir à tout prix présenter un bilan flatteur, le gouvernement semble s’éloigner davantage des réalités vécues par les populations. Entre chômage persistant, délestages récurrents, précarité grandissante et absence de réponses concrètes aux attentes sociales, l’auto-satisfaction affichée par les autorités contraste fortement avec le malaise perceptible au sein du peuple gabonais. Plus qu’un exercice de communication politique, les cent jours du gouvernement étaient attendus comme le point de départ d’un changement tangible. Or, pour une partie de l’opinion, ce cap tarde encore à se matérialiser dans le quotidien des Gabonais.







