
Libreville, le 25 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Après treize années passées loin du pays, Wilfried Okoumba Kamitatou a retrouvé le sol gabonais. Mais loin de clore le débat, ce retour l’a rouvert avec violence. Là où certains voient une réconciliation avec la terre natale, d’autres dénoncent une mise en scène soigneusement orchestrée, destinée à effacer treize ans d’invectives et à préparer, le cas échéant, une défense judiciaire habilement anticipée. Deux voix du paysage politique gabonais, Marc Ona Essangui et Anges Kevin Nzigou, se sont saisies du sujet, chacune à sa manière, mais avec la même conviction : cette affaire sent le stratagème.
C’est peu dire que la diffusion d’un reportage consacré au retour de Wilfried Okoumba sur Gabon 24 a suscité l’incompréhension. Pour le sénateur Marc Ona Essangui, la ligne éditoriale adoptée par la chaîne confine à la complaisance pure et simple. Il n’y va pas par quatre chemins : « Les commanditaires bien connus des audios de Wilfried Okoumba veulent transformer l’extradition de cet individu adepte de l’incitation à la haine ethnique comme un retour volontaire au pays au point de consacrer un reportage mensonger sur une chaîne nationale aussi respectable que Gabon 24. »
Une charge frontale, où le sénateur ne conteste pas seulement le traitement médiatique, mais la qualification même de l’événement : ce que d’aucuns présentent comme un choix personnel ne serait, à l’entendre, qu’une extradition maquillée en retour aux sources. Sa conclusion tient en une phrase, sans détour : « C’est vraiment dégoûtant, ignoble. Les mots me manquent pour qualifier cette mascarade. »
Le récit du « retour volontaire » disséqué
Anges Kevin Nzigou, président du Front Démocratique Social, adopte un ton plus analytique, mais la conclusion rejoint celle du sénateur. Il rappelle d’abord les faits que le récit officieux tend à estomper : l’intéressé a été « expulsé de France en raison de sa situation irrégulière », un point de départ qui contredit d’emblée toute idée de choix délibéré. Nzigou s’attarde ensuite sur le paradoxe le plus frappant de cette séquence : voir Okoumba « afficher son soutien à un Président qu’il n’a pourtant cessé de mépriser et d’attaquer ».
Un revirement qu’il refuse de prendre pour argent comptant, y voyant plutôt une stratégie judiciaire déguisée en réconciliation : l’homme chercherait, selon lui, « à construire un récit lui permettant de prétendre, si des poursuites sont engagées, qu’il est victime d’un règlement de comptes politique ». Nzigou ne ferme cependant pas la porte à la justice, bien au contraire : il rappelle que « la communication ne remplacera jamais la justice » et que celles et ceux qui s’estiment diffamés restent libres de saisir les tribunaux, non sans poser un principe : « Le Gabon est un État de droit : nul n’est au-dessus de la loi. »
Deux discours, une même défiance
Au-delà des styles, l’un plus indigné, l’autre plus posé, les deux interventions convergent vers un même diagnostic : celui d’une opération de communication qui peine à masquer treize années de diatribes et une réputation forgée sur l’incitation à la haine et les règlements de comptes personnels. Ce que Marc Ona Essangui dénonce comme une « mascarade » médiatique, Anges Kevin Nzigou le décrit comme une « manœuvre grossière » dont « peu de personnes sont dupes ». Reste à savoir si cette séquence, pensée pour désamorcer d’éventuelles poursuites, ne finira pas au contraire par les précipiter. Car en matière de justice, au Gabon comme ailleurs, le storytelling n’a jamais tenu lieu de non-lieu.







