Gabon : Émile Doumba, père du ministre actuel de l’Économie numérique visé par un débet de 3 020 000 000 FCFA en 2002 ?

3,020 milliards FCFA, soit environ 4,6 millions d’euros, l’ampleur du débet réclamé à Émile Doumba par la Cour de Compte © Dépêches 241

Libreville, le 16 septembre 2026 – (Dépêches 241). L’arrêt n°01/01-02/CC/QC/GC, rendu par la Cour des comptes le 13 juin 2002, déclare définitivement « comptable de fait » un dénommé Emile Doumba, décrit dans le texte comme « Ministre des Finances au moment des faits », pour une somme de 3,020 milliards de FCFA extraite irrégulièrement de la caisse du Conseil Gabonais des Chargeurs (CGC), l’organisme public qui collecte les taxes sur le trafic maritime de marchandises entrant et sortant du Gabon. Être « comptable de fait », dans le jargon des cours des comptes, signifie qu’une personne a manié de l’argent public sans en avoir légalement le droit, un statut qui, une fois reconnu, l’oblige à rendre des comptes exactement comme un comptable public officiel. 

Pour donner un ordre de grandeur, 3 milliards de francs CFA représentent l’équivalent d’environ 4,6 millions d’euros, une somme qui aurait pu financer la construction de plusieurs écoles ou centres de santé dans le pays. C’est aussi, il faut le dire, une affaire vieille de plus de vingt ans, mais dont le nom continue de résonner aujourd’hui dans les couloirs du pouvoir gabonais. Le titre exact mentionné dans l’arrêt, ministre des Finances, correspond à la fonction occupée par Émile Doumba, figure politique gabonaise entre 1999 et 2002, avant qu’il ne devienne ministre de l’Économie forestière puis plusieurs autres portefeuilles sous la présidence d’Omar Bongo. 

Il est aujourd’hui le père de Mark Alexandre Doumba, actuel ministre de l’Économie numérique du Gabon, ce qui donne à ce dossier vieux de plus de vingt ans une résonance politique tout à fait actuelle. Avant sa carrière ministérielle, Émile Doumba a également dirigé pendant près de dix-neuf ans la BICIG, l’une des plus grandes banques commerciales du pays, un profil de grand technocrate respecté, ce qui rend ce dossier d’autant plus surprenant pour qui connaît sa réputation publique.

Selon l’arrêt, le ministre visé aurait ordonné au directeur général du Conseil Gabonais des Chargeurs (CGC) de faire virer l’intégralité des droits de trafic sur les hydrocarbures et les minerais, c’est-à-dire les taxes payées par les compagnies qui exportent le pétrole et les minerais gabonais par bateau, vers un compte ouvert à la banque FIBA, agence Paris Georges-V, en plein cœur de Paris. Normalement, cet argent devait être réparti entre trois bénéficiaires : le CGC lui-même (75 %), un fonds de secours pour les marins appelé « Gens de la Mer » (8 %), et l’Observatoire du Transport (17 %). 

Autrement dit, de l’argent censé aider des institutions gabonaises et des marins en difficulté aurait pris, en tout ou partie, la direction d’un compte bancaire parisien, un trajet financier qui interpelle par sa distance géographique autant que par son ampleur. Le mis en cause s’est défendu en affirmant que ses instructions ne visaient que la quote-part de 25 % revenant à l’État et non la totalité des sommes, mais la Cour a jugé, après examen de sa correspondance ministérielle, qu’aucune distinction de ce type n’y apparaissait clairement.

N’ayant produit aucun document justificatif dans le délai qui lui avait été imparti après une première déclaration provisoire le 18 septembre 2001, l’intéressé a été déclaré comptable de fait à titre définitif de la totalité de la somme, soit l’équivalent de plusieurs millions d’euros. La Cour est allée plus loin en se réservant explicitement le droit de poursuivre toute autre personne ayant « participé ou facilité » l’opération, une formule qui laisse la porte ouverte à des ramifications non encore documentées dans ce recueil, par exemple du côté des collaborateurs directs ou des responsables de la banque parisienne concernée.

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