Gabon: toujours sans sièges à Libreville, Oligui Nguema met la pression à Canal+ et Airtel

Le Président de la République met désormais sous pression Airtel et Canal+ Gabon, en leur exigeant de bâtir leurs sièges respectifs, sous peine d’être expulsés.© Dépêches 241

Libreville, le 14 septembre 2026-(Dépêches 241). Il y a quelques jours, le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, était en visite des chantiers sur le terrain. Une séquence a particulièrement retenu l’attention de l’opinion: on y a notamment vu le Président de la République tancer vertement les responsables de Canal+ et d’Airtel Gabon, les menaçant d’expulsion s’ils ne bâtissait pas dans des délais raisonnables leurs sièges respectifs à Libreville, sur les espaces déjà viabilisés et gracieusement offerts par l’État.

La séquence n’a échappé à personne. Vendredi dernier, Brice Clotaire Oligui Nguema était sur le terrain, à l’effet de visiter plusieurs chantiers, mais aussi de s’enquérir de l’avancement des travaux sur d’autres projets. Durant son marathon, le Chef de l’État s’en est pris aux responsables de deux grandes boîtes exerçant au Gabon: il s’agit de Canal+ et Airtel.

Fidèle à son nouveau format de communication « cash » face à la caméra du journaliste Chamberland Moukouama, le Président de la République a mis un coup de pression aux deux opérateurs. « Si vous ne commencez pas et que vous continuez à louer les bâtiments des gens qui sont contre la République vous partez du Gabon. Je vous le dis honnêtement », a lancé Brice Clotaire Oligui Nguema, au responsable de Canal+.

Airtel et une vieille ardoise de 20 milliards dus à l’État

Toujours sur l’obligation pour cette entité d’ériger son siège social dans la capitale gabonaise, le Chef de l’État a ajouté ce qui suit: « Je vous ai donné le terrain cadeau, ça fait un an et vous n’avez pas commencé (…) soit vous commencez, soit vous quittez le Gabon, c’est à choisir », a sèchement tranché le Président de la République.

Dans le prolongement de ses admonestations vis-à-vis de Canal+, Oligui Nguema s’en est également pris à la maison de téléphonie mobile, Airtel. « Vous avez des dettes de 20 milliards que vous devez aux gens, et vous me demandez de vous aider. Et qu’est-ce que le Gabon gagne dans tout ça ? », s’est-il interrogé, avant de poursuivre dans les termes suivants: « depuis 26 ans que vous êtes au Gabon vous continuez à louer les bâtiments des gens, vous êtes incapables de construire votre propre siège », s’est insurgé le Chef de l’État.

Une attitude qui est d’autant plus regrettable que l’État Gabonais aurait consenti à trouver un terrain à ces multinationales, pour leur permettre de bâtir leurs sièges sociaux. « l’État vous donne un terrain cadeau, vous ne construisez pas et vous faites des bénéfices sur le dos des Gabonais. Si vous ne débutez pas les travaux, on ferme Airtel, une autre compagnie arrive, on construit le siège et ils travaillent avec nous (…) soit vous êtes avec nous soit vous n’êtes pas avec nous », a fermement indiqué Oligui Nguema.

Après le mise en garde, la réaction des deux opérateurs attendue

Et de conclure: « ailleurs chaque société a son siège, pourquoi c’est au Gabon que vous ne construisez pas de siège ? Le pays a changé, ce n’est plus un pays où on fait n’importe quoi. Tu veux venir investir chez nous, tu commences par ton siège (…) si ce n’est pas construit, vos procès continuent au tribunal le Président n’intervient pas », a-t-il bouclé.

Au-delà du ton, inhabituellement frontal, de ces admonestations présidentielles, une question de fond demeure, celle de la contrepartie attendue de la présence des grands groupes internationaux au Gabon. En mettant publiquement les dirigeants de Canal+ et d’Airtel face à leurs responsabilités, Brice Clotaire Oligui Nguema semble vouloir rappeler que l’investissement ne saurait se réduire à l’exploitation d’un marché. Il suppose aussi une empreinte durable dans le pays, des engagements tenus et une contribution tangible à son développement.

Reste désormais à savoir si cette mise en demeure produira les effets escomptés. Car derrière la menace de voir partir des opérateurs solidement implantés dans l’économie gabonaise se joue une exigence plus large, celle d’un État qui entend désormais négocier d’égal à égal avec les acteurs économiques, sans renoncer ni à son attractivité, ni à la défense de ses intérêts.

Entre fermeté politique et prévisibilité juridique, le nouveau rapport de force ainsi esquissé devra surtout démontrer qu’au Gabon, l’investissement étranger peut être le bienvenu sans que l’intérêt national soit relégué au second plan.

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