Gabon: le gouvernement veut-il sournoisement supprimer les avancements automatiques des fonctionnaires ?

Pierre Mintsa accuse le gouvernement de préparer une modification du statut général des fonctionnaires sans concertation syndicale. Le ministère évoque, lui, une évolution vers un système basé sur le mérite © Dépêches 241

Libreville, le 25  juillet 2026-(Dépêches 241). Dans une courte vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux, Pierre Mintsa, le président de la confédération syndicale des travailleurs gabonais accuse publiquement le ministre de la fonction publique, Laurence Ndong, de préparer sournoisement des réformes majeures sans concertation avec les partenaires sociaux, notamment la suppression des avancements automatiques, seul véritable acquis avantageux pour les fonctionnaires gabonais.

La sortie est brusque et fait quasiment l’effet d’une bombe chez les agents du secteur public gabonais. Dans une courte vidéo diffusée ces derniers jours sur les réseaux sociaux, le syndicaliste Pierre Mintsa affirme que la ministre de la Fonction publique travaillerait actuellement à la modification de la loi n° 8/91 portant statut général des fonctionnaires, avec pour objectif principal la suppression des avancements automatiques, considérés par le leader syndical comme un des principaux acquis des agents publics.

La figure de proue de la machette syndicale dénonce une méthode opaque, estimant qu’il serait inacceptable de procéder à une pareille réforme sans consulter les organisations syndicales, alors même qu’elle touche directement à la gestion des carrières administratives des fonctionnaires. Toujours selon lui, toute modification d’un texte aussi complexe devrait obligatoirement faire l’objet d’un dialogue social préalable.

Un appel lancé directement au Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema 

Dans son discours, Pierre Mintsa s’adresse directement au Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. Il exhorte le numéro un gabonais à ne pas valider une telle ordonnance, car selon lui, elle risquerait de provoquer une importante détérioration du climat social, non sans rappeler que les conséquences des mouvements de grève retombent toujours sur le Président de la République, Chef du Gouvernement, plutôt que sur ses collaborateurs.

Si pour l’heure, aucune source institutionnelle ne permet de confirmer officiellement l’existence de ce projet d’ordonnance, la sortie de Pierre Mintsa traduit cependant de vives inquiétudes chez plusieurs organisations syndicales, car si elle venait à être adoptée sans dialogue, ladite ordonnance pourrait mettre en ébullition un climat social déjà fortement tendu au sein de la fonction publique gabonaise, et surtout auprès de nombreux jeunes qui continuent de frapper aux portes de la fonction publique. 

Une démarche qui souhaite corriger une injustice ?

Joint au téléphone par la rédaction de Dépêches 241, un haut cadre du ministère de la fonction publique a expliqué le bien-fondé de cette réforme encore en élaboration. « Dans sa forme actuelle, l’avancement automatique constitue une injustice. Vous avez des fonctionnaires fantômes, ceux qui arrivent au travail en retard et ceux qui sont assidus dans leur labeur. Mais chaque 2 ou 3 ans, tous vont bénéficier d’un avancement automatique. C’est injuste », a-t-il déclaré au bout du fil. 

Toujours dans sa volonté d’expliciter le fondement de cette mesure, le même cadre a rappelé que ladite réforme ne serait pas l’apanage du ministère de la fonction publique. « Il ne s’agit pas d’une réforme portée exclusivement par Madame Laurence Ndong. Plusieurs ministères sont concernés. Au moment où je vous parle, des dizaines d’experts sont réunis pour peaufiner ce texte qui va assurément suivre le circuit législatif nécessaire avant son éventuelle promulgation », a-t-il insisté. 

Vers un avancement au mérite ?

Pour finir, la réforme sur les avancements au Gabon n’entend pas supprimer ce précieux acquis, obtenu par plusieurs années de luttes syndicales. Suivant les explications du haut cadre de la fonction publique, ce nouveau texte en préparation voudrait simplement remplacer l’avancement automatique par l’avancement au mérite, afin de récompenser de leurs justes efforts les agents publics les plus méritants. 

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