Blanchi, Passeports bloqués, interdiction de quitter le territoire: l’affaire Opiangah ou les habits neufs d’un règlement de compte politique ? 

Par quoi peut s’expliquer la rétention des Passeports de Hervé Patrick Opiangah et de la mesure d’interdiction de sortie du territoire appliquée à sa fille et lui quand bien même il a été blanchi par la justice ? © Dépêches 241

Libreville, le 10 juillet 2026 – (Dépêches 241). Non-lieu confirmé en appel, certificat de non-pourvoi délivré. Sur le plan strictement judiciaire, le dossier ouvert contre Hervé Patrick Opiangah est clos. Et pourtant, près de deux ans après la perquisition menée à son domicile dans la nuit du 20 au 21 novembre 2024, ses passeports demeurent saisis et une interdiction de quitter le territoire continue de peser sur lui comme sur sa fille, Élisabeth Mengue Opiangah, présentée comme la victime dans cette affaire. Une situation que ses avocats, Mes Paulette Oyane, Carole Moussavou et Mba Ondo, ont dénoncée avec force, et qui ne souffre, à l’examen des faits, qu’une seule explication plausible : celle d’un probable règlement de compte politique.

Le droit, en principe, ne souffre pas d’ambiguïté. Lorsque la chambre d’accusation prononce un non-lieu, que la cour d’appel confirme cette décision et qu’un certificat de non-pourvoi vient consacrer son caractère définitif, la procédure s’éteint. Faute pour la partie adverse d’avoir formé un recours en cassation, c’est bien ce à quoi l’on aurait dû assister dans le dossier concernant Hervé Patrick Opiangah.

Pourtant dans cette affaire, la réalité administrative dément la réalité judiciaire. Les passeports saisis lors de la perquisition menée à son domicile dans la nuit du 20 au 21 novembre 2024 ne lui ont toujours pas été restitués, et l’interdiction de sortie du territoire, délivrée à son encontre comme à celle de sa fille, demeure pleinement en vigueur auprès des services de la police des frontières. 

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Une contradiction que ses conseils ont tenu à souligner publiquement, exigeant que les décisions de justice produisent enfin tous leurs effets légaux. Car la question mérite d’être posée sans détour : pour quelle raison des mesures aussi restrictives de liberté subsistent-elles alors même que la procédure qui les avait justifiées est irrémédiablement close ?

Un complot annoncé avant même son déclenchement  

Pour comprendre l’ampleur de ce paradoxe, il faut remonter aux origines mêmes du dossier. Dès le 20 novembre 2024, jour de la convocation de l’homme d’affaires à la direction générale des affaires criminelles de la police judiciaire, la rédaction de Dépêches 241 avait flairé la manœuvre en titrant : « Gabon : un complot ourdi par les plus hautes autorités pour faire taire HPO en l’accusant d’atteinte à la sécurité de l’État ? »

L’article affirmait dès ses premières lignes, sans détour, que « selon certaines sources bien introduites, habituées et familières des salons feutrés du Palais de bord de mer, une conspiration vile et séditieuse serait en préparation contre l’ancien Ministre des Mines, Hervé Patrick Opiangah, dans le but de le faire taire en raison de ses postures politiques assumées et des actes de dénonciations des errements et agissements anti républicains des autorités de la Transition », pouvait-on lire. 

Ce même jour, l’homme d’affaires avait d’ailleurs déposé une plainte contre X, faisant état de révélations qu’aurait faites un agent de la Garde Républicaine sur une réunion secrète tenue dans une résidence privée par « des hautes personnalités et des dignitaires de la République », dans le but de « comploter » contre lui et de « monter divers stratagèmes » pour l’accuser d’infractions d’« atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation, notamment des crimes ou délits contre la sûreté extérieure ou intérieure de l’État »

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Une formule que l’on retrouvera, presque mot pour mot, dans la bouche du procureur de la République de l’époque, Bruno Obiang Mve, lorsqu’il évoquera en mondovision, le 13 décembre 2024 , « des documents susceptibles d’atteinte à la sûreté de l’État »

Face à cette sortie, Hervé Patrick Opiangah choisira de s’exprimer pour la première fois sur un live de Jonas Moulenda, contestant point par point le narratif du parquet : « Je m’inscris en faux sur les pseudos dossiers trouvés me compromettant ou me prêtant des intentions de vouloir déstabiliser les institutions de la République »

Il rappellera à cette occasion qu’il avait, dès le 20 novembre 2024, alerté le parquet de la République sur l’existence d’une conspiration nourrie contre lui depuis le mois de septembre : « Monsieur le Procureur a oublié qu’à ce sujet, le 20 novembre 2024, au parquet de la République, j’ai déposé une plainte où  je relatais des faits de ce qu’il avait une conspiration autour de ma personne depuis le mois de septembre, qui tendrait à penser ou à construire des mensonges sur ma prétendue implication à une forme de déstabilisation ». Il ira jusqu’à affirmer, en conclusion de son intervention, que « cette affaire est politique et il n’y a que le Président Oligui Nguema et moi qui savons ».

Une procédure  constellée d’irrégularités 

Au-delà des déclarations, c’est la chronologie même de l’instruction qui alimente la thèse du règlement de compte. Le 13 février 2025, l’UDIS, parti politique de l’homme d’affaires, a tenu un point de presse au cours duquel elle a démontré que la plainte à l’origine des poursuites avait en réalité été déposée postérieurement au déclenchement de l’action publique, soit le 25 novembre 2024. Le procureur Obiang Mve avait pourtant annoncé sur les antennes de la télévision nationale qu’une plainte avait été déposée le 14 novembre 2024, alors que les poursuites, elles, avaient débuté le 20 novembre, soit 6 jours avant le dépôt réel de la plainte enregistrée au greffe du parquet. 

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Pire encore, trois dates de dépôt distinctes ont été successivement avancées pour cette unique plainte : le 14 novembre 2024 selon le procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville, le 19 novembre 2024 selon le procureur général, Narcisse Eddy Minang, dans son réquisitoire en réponse à la demande de non-lieu et enfin le 25 novembre 2024, telle que l’a consignée noir sur blanc la chambre d’accusation présidée par Ulrich Nzoudou Bignoumba dans sa décision de refus de non-lieu du 10 mai 2025. Une seule et même affaire, trois dates différentes : la confusion elle-même devient indice. 

À cela s’ajoutent d’autres anomalies difficilement explicables par le seul hasard procédural. La garde à vue de cinq jours infligée à la présumée victime, alors que la logique judiciaire voudrait qu’elle soit protégée plutôt que mise sous pression, la fermeture, dès le 21 novembre 2024 et pour plusieurs mois, de la holding et des entreprises de l’homme d’affaires, en l’absence de toute décision de justice, une mesure qui n’a aucun lien avec une affaire pénal. 

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La perquisition et le saccage du siège de son parti politique, sans lien apparent avec une affaire de mœurs strictement privée et enfin la perquisition elle-même, menée dans la nuit du 20 au 21 novembre sans mandat du juge , au cours de laquelle argent, coffre-fort, bijoux, passeports et téléviseurs ont été soustraits sans qu’aucun procès-verbal ne vienne consigner leur saisie.

Le règlement de compte politique, seule conclusion possible ? 

Non-lieu confirmé, certificat de non-pourvoi délivré, absence de recours en cassation de la partie adverse. Sur le strict plan du droit, plus rien ne justifie aujourd’hui que les passeports d’Hervé Patrick Opiangah restent séquestrés, ni que lui et sa fille demeurent sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire. C’est précisément ce qu’ont rappelé ses avocats, exigeant que les décisions de justice rendues en sa faveur produisent enfin leurs pleins effets. 

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Mise bout à bout, la succession des faits, un complot dénoncé avant même d’être officiellement révélé, une procédure enclenchée avant le dépôt de la plainte censée la fonder, trois dates contradictoires pour un même acte, une perquisition sans mandat, des biens saisis sans procès-verbal, une victime présumée maintenue cinq jours en garde à vue, ne laisse guère de place au doute. 

Elle dessine les contours d’une machination orchestrée au plus haut niveau , dont la persistance des mesures restrictives, en dépit d’une décision de justice définitive, constitue l’ultime aveu. Le maintien de ces entraves, à rebours de tout fondement juridique, s’apparente ainsi moins à une prudence judiciaire qu’à la prolongation, par d’autres moyens, d’un règlement de compte politique engagé sous la Transition et poursuivi jusque sous la Ve République.

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