Gabon: 15,198 milliards FCFA versés  à Luxury Car sur plusieurs marchés financiers avec 16 ententes directes

Plus de 15 milliards de FCFA versé par l’Etat Gabonais au concessionnaire aux capitaux libanais Luxury Car  © Dépêches 241

Libreville, le 9 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Seize marchés publics. Cinq années consécutives. Un seul attributaire. Le nom de cette société, Luxury Car, ne figure dans aucune publicité commerciale connue à Libreville, n’apparaît dans aucun annuaire professionnel du secteur automobile gabonais, et ne dispose d’aucune vitrine identifiable dans la capitale. Et pourtant, depuis octobre 2020, pas un seul appel d’offres n’a été lancé pour les véhicules administratifs de l’État gabonais sans que Luxury Car n’en sorte attributaire. La Présidence de la République, la Garde Républicaine, la DGBFIP, la DG Impôts, la DG Élections, les ministères des Travaux Publics, de l’Habitat, de la Défense, les mairies de Libreville et de Lambaréné : tous ont signé avec la même société. Tous, en entente directe.

15,198 milliards FCFA. C’est le montant total des marchés attribués à Luxury Car entre 2020 et 2025, selon les données consolidées du portail officiel de la Direction générale des Marchés Publics. Ce chiffre, que personne n’avait encore agrégé, place cette société discrète au rang des opérateurs privés les mieux dotés par la commande publique gabonaise sur la période récente. Pour comparaison, c’est l’équivalent de plusieurs années de budget de fonctionnement de certains ministères. Et pas un franc de ces milliards n’a transité par une procédure compétitive.

Ce qui rend ce dossier proprement sidérant, c’est son caractère systématique. On pourrait comprendre une entente directe ponctuelle, justifiée par une urgence réelle ou une spécificité technique. On ne peut pas comprendre seize ententes directes consécutives, sur cinq exercices budgétaires, sous deux régimes politiques différents, impliquant des dizaines d’autorités contractantes distinctes, aboutissant toutes au même résultat. À un moment donné, la répétition n’est plus une coïncidence. C’est un système.

Personne, au sein des institutions de contrôle gabonaises, n’a publiquement remis en cause ce schéma. Pas la Cour des comptes. Pas le Direction Générale des Marchés Publics (DGMP). Pas les ministères de tutelle concernés. Le portail public enregistre chaque approbation avec la même neutralité administrative, sans jamais interroger la cohérence d’ensemble. Ce silence institutionnel est lui-même un élément du dossier. Il dit quelque chose sur la capacité réelle du système de contrôle gabonais à jouer son rôle de garde-fou.

Luxury Car a encaissé 15,198 milliards FCFA de fonds publics sans jamais avoir été mise en concurrence, sans que ses prix n’aient jamais été comparés à ceux du marché, et sans que sa capacité réelle à honorer des marchés de cette ampleur n’ait jamais été publiquement documentée. Ce n’est pas une enquête sur une fraude prouvée. C’est le constat, chiffres publics à l’appui, d’un système d’approvisionnement de l’État qui fonctionne pendant cinq ans en dehors de toute logique concurrentielle. La question de savoir pourquoi n’a toujours pas de réponse officielle.

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