
Libreville, le 3 juillet 2026 – (Dépêches 241). Dans une tribune publiée chez nos confrères de Gabon Média Time, Jean Fidèle Otandault a choisi la France comme exemple dans sa tribune sur la confiance souveraine. Son argument, Paris est très endettée mais conserve la confiance des marchés grâce à ses institutions solides. Sous-entendu : le Gabon peut faire pareil. L’analogie est séduisante. Elle est aussi objectivement indéfendable. La France est notée AA- par Fitch. Le Gabon est noté CCC-. Onze crans d’écart sur une échelle de vingt-deux. Ce n’est pas une nuance. C’est un gouffre.
La France emprunte à des taux inférieurs à 4 % sur dix ans. Le Gabon finance sa trésorerie à des coûts que le député Ntoutoume Ayi a chiffrés à 100 milliards FCFA d’intérêts bancaires pour la seule année 2026. Ce ne sont pas deux pays dans des situations différentes. Ce sont deux réalités financières qui n’ont aucun point de comparaison utile. Ce que la France a que le Gabon n’a pas, Fitch le liste explicitement dans son rapport : des institutions stables, une gouvernance solide, une économie diversifiée et une capacité démontrée à honorer ses engagements depuis des décennies.
AA- contre CCC-, la comparaison qui ne tient pas une seconde
Et, ce sont précisément les critères qui expliquent l’écart entre le score B que le modèle de Fitch attribue au Gabon et la note CCC- publiée. La confiance ne se décrète pas par analogie. Elle se construit sur des décennies de gestion rigoureuse. Jean Fidèle Otandault a dirigé la Direction Générale du Budget et des Finances Publiques (DGBFIB). Il a en outre été ministre du Budget. Il connaît mieux que quiconque l’écart entre le discours sur la confiance souveraine et la réalité des pratiques budgétaires gabonaises. Comparer le Gabon à la France dans ce contexte n’est pas une erreur d’analyse. C’est un choix rhétorique de complaisance.
Et ce choix dit quelque chose sur la fonction réelle de cette tribune. Ce qui rend ce choix encore plus troublant, c’est que Jean Fidèle Otandault n’est pas un commentateur extérieur. Il est l’ancien premier Directeur général de la DGBFIP, l’institution que les données du portail DGMP désignent comme le plus grand donneur d’ordres de Luxury Car, avec plus de 5,785 milliards FCFA de marchés en entente directe. Il est l’homme qui a ensuite été ministre du Budget sous Ali Bongo, pendant les années où la trajectoire budgétaire que Fitch et Moody’s sanctionnent aujourd’hui se construisait.
Dilution de la responsabilité et rhétorique de complaisance
Expliquer la confiance souveraine à des Gabonais dont les impôts ont financé ces dérives, sans jamais mentionner sa propre part de responsabilité dans la situation actuelle, c’est écrire une tribune sur la transparence en pratiquant l’omission. La France est AA-. Le Gabon est CCC-. Onze crans. Et entre les deux, il y a aussi des années de gestion publique dont Otandault a été l’un des acteurs centraux.
Au fond, cette tribune en dit peut-être moins sur la finance internationale que sur la mémoire politique. Il faut une certaine audace pour prendre la France comme référence lorsqu’on a participé à la gestion d’un État dont les agences de notation pointent aujourd’hui les faiblesses structurelles. Plus surprenant encore est de se présenter en pédagogue des marchés financiers sans consacrer une seule ligne au bilan de ceux qui ont contribué à éloigner ces mêmes marchés.
À ce stade, il ne s’agit plus d’une démonstration économique, mais d’une tentative de réécriture du récit, où les responsabilités disparaissent derrière les leçons. Or les marchés ont une qualité que les tribunes d’opinion ne peuvent leur enlever : ils ont de la mémoire. Et cette mémoire ne s’efface ni à coups d’analogies flatteuses ni par le silence sur les responsabilités passées.







