
Libreville, le 3 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Les ligues provinciales et les clubs gabonais achèvent leurs championnats sans agrément technique, quand le ministère de l’Intérieur, lui, a rempli sa part du contrat depuis des semaines en délivrant les récépissés d’association attendus. Seul le ministère des Sports traîne le pas, exigeant aujourd’hui des polices d’assurance qui, au moment du dépôt des dossiers, étaient pourtant parfaitement valides. Un empressement tardif, une administration qui préfère le téléphone à l’écrit, et une élection à la Fegafoot programmée en décembre qui ne pourra se tenir sans ces documents : la coïncidence, on en conviendra, a de quoi interpeller.
Il y a trois semaines, les ligues provinciales ont déposé leurs dossiers auprès du ministère des Sports, munies de récépissés d’association en bonne et due forme, délivrés sans retard par le ministère de l’Intérieur via le guichet unique, et de polices d’assurance couvrant leurs joueurs pour la durée de la compétition. Rien, à ce moment-là, ne s’opposait à la délivrance des agréments techniques. Or voici qu’au terme des championnats, quand les compétitions s’achèvent et que les assurances, logiquement souscrites pour la seule période de jeu, arrivent à expiration, le ministère se réveille et exige des polices que le calendrier même de son inaction a rendues caduques. On peine à croire à la simple négligence : il faut un talent certain pour transformer sa propre lenteur en grief contre ceux qu’elle pénalise.
Le procédé frise l’absurde administratif. Que l’on demande aux ligues de justifier d’une assurance pour la saison à venir, soit ; la démarche serait cohérente. Mais leur reprocher l’expiration d’une police souscrite, à bon droit, pour une saison désormais terminée, relève d’un contresens que même la plus élémentaire bonne foi administrative ne saurait excuser. Le procédé est identique pour les clubs, sommés eux aussi de produire des documents que l’irrégularité, entretenue par le ministère lui-même, rend impossibles à fournir dans les délais.
L’AVEU PAR LE SILENCE : Pourquoi le téléphone quand l’administration est écrite
L’administration, en principe, s’écrit. Elle se motive, elle se date, elle engage son auteur. Or le ministère des Sports, dans cette affaire, préfère l’appel téléphonique à la correspondance officielle : il appelle individuellement les ligues, appelle individuellement les clubs, là où une saisine écrite s’imposerait. Ce choix n’a rien d’anodin. Une administration qui refuse la trace écrite est une administration qui redoute que ses propres incohérences ne lui soient un jour opposées. On ne saurait mieux avouer, par le silence du papier, l’embarras que susciterait la lumière.
Deux ministères, deux éthiques
Le contraste est cruel pour le ministère des Sports. Là où le ministère de l’Intérieur a instruit et délivré ses documents dans les délais impartis, sans esbroufe ni tergiversation, le département de Paul Ulrich Kessany s’installe dans une temporisation dont on peine à identifier la justification technique. Deux administrations, deux éthiques du service public : l’une qui exécute, l’autre qui diffère et, ce faisant, prend en otage des ligues et des clubs qui n’ont pourtant manqué à aucune de leurs obligations.
Il faut d’ailleurs rappeler ce que le ministre n’a manifestement pas oublié, lui : au coup d’envoi de la saison, il n’a montré aucun scrupule à lancer en grande pompe des championnats dont les clubs, à l’époque déjà, ne disposaient ni d’agrément ni, pour certains, d’assurance en règle. L’argent de l’État a été remis, les micros ont fonctionné, la propagande a suivi son cours. Que le même ministre découvre, en fin de saison, une exigence de conformité qu’il jugeait accessoire quand il fallait se montrer, voilà qui ne relève plus de la rigueur administrative, mais d’une sélectivité de circonstance dont les clubs font aujourd’hui les frais.
Décembre en ligne de mire, avril en mémoire ?
Car l’enjeu dépasse la seule formalité. Le Comex de la Fegafoot doit être élu en décembre, et cette élection suppose que ligues et clubs disposent de leurs documents administratifs pour participer au scrutin. Sans agrément, point de voix ; sans voix, point d’élection. On mesure alors ce que cette rétention documentaire, savamment distillée par le ministère des Sports, peut receler comme incidence sur le calendrier électoral de la fédération. Faut-il rappeler, à ce titre, que l’élection initialement prévue en avril dernier avait déjà été reportée à l’initiative de ce même Paul Ulrich Kessany ? La coïncidence, si l’on veut bien s’en tenir à ce mot, s’accumule dangereusement.
Rien n’autorise, en l’état, à affirmer que le ministre orchestre délibérément l’ajournement d’un scrutin qui ne lui appartient pourtant pas. Mais l’accumulation des indices, une exigence tardive et incohérente, une administration qui fuit l’écrit, une indulgence sélective selon que l’on inaugure ou que l’on solde une saison, un premier report déjà signé de sa main, autorise à poser la question, sans détour : le ministère des Sports a-t-il intérêt à ce que les ligues et les clubs soient en règle ? Tout, dans cette chronologie, donne à penser le contraire. Et à défaut d’une réponse claire, écrite, datée, celle-là même que le ministère se refuse obstinément à donner, le doute, hélas légitime, continuera de peser sur les intentions réelles de son locataire.







