
Libreville, le 3 juillet 2026 (Dépêches 241). Moins de vingt-quatre heures après avoir pris la décision d’interdire la commercialisation d’eau potable par les camions-citernes, le gouvernement gabonais tourne casaque. Dans un communiqué du ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, le Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, a rencontré, le jeudi 2 juillet 2026 au Palais des Sports, les travailleurs informels de ce secteur afin d’échanger sur les perspectives de cette activité et d’envisager une régularisation sereine.
Le gouvernement gabonais semble progressivement habituer les populations à une gouvernance faite de décisions aussitôt annoncées, aussitôt corrigées. Par à-coups, il prend des mesures, prononce des interdictions, avant de les réexaminer, de les aménager, voire de les remettre en cause avant même leur entrée en vigueur. Ce fut le cas avec la suspension de l’équipe nationale, les Panthères du Gabon, après son élimination au premier tour de la dernière CAN, une décision finalement annulée douze jours plus tard. C’est encore le cas aujourd’hui avec l’interdiction de la commercialisation d’eau potable par des tiers, déjà remise sur la table des discussions moins de vingt-quatre heures après son annonce.
Au fil des semaines, un schéma semble ainsi se dessiner. L’impression qui se dégage est celle d’un pouvoir davantage guidé par la réaction immédiate que par l’anticipation. Les décisions paraissent parfois prises dans l’urgence, avant que ne soient pleinement évaluées leurs implications techniques, économiques et sociales. Ce n’est qu’après les premières critiques ou face aux difficultés de leur mise en œuvre que les consultations avec les principaux concernés interviennent, donnant le sentiment que la concertation succède à la décision au lieu de la précéder.
Des discussions essentiellement axées sur la future collaboration avec les FDS et les tarifs à pratiquer
Selon la communication institutionnelle, les échanges entre le Président de la République et les travailleurs informels du secteur ont porté sur deux points essentiels. Les distributeurs d’eau devront désormais travailler en étroite collaboration avec les sapeurs-pompiers, qui mettront leurs points d’approvisionnement à leur disposition. Les discussions ont également permis de fixer de nouveaux tarifs consensuels.
La cuve de 1 000 litres, initialement proposée à 3 000 FCFA, sera finalement vendue à 4 000 FCFA. Celle de 500 litres coûtera 2 000 FCFA, celle de 200 litres sera fixée à 800 FCFA, tandis que les 100 litres seront commercialisés à 400 FCFA.
LIRE AUSSI: État d’urgence hydrique décrété par le gouvernement: l’armée réquisitionnée pour distribuer l’eau
La décision d’interdire la vente d’eau potable par les camions-citernes sur l’ensemble du territoire national avait surpris l’opinion publique par son caractère unilatéral et son apparente impréparation. Aucune concertation préalable avec les acteurs du secteur n’avait été engagée. Aucune évaluation publique de la capacité réelle des Forces de Défense et de Sécurité à satisfaire, seules, les besoins des populations du Grand Libreville n’avait davantage été présentée. Les conséquences économiques et sociales d’une telle mesure pour les milliers de familles dépendantes de cette activité n’avaient pas non plus été exposées.
Une tendance permanente à mettre la charrue avant les bœufs ?
Pourquoi annoncer une interdiction générale sans avoir défini, au préalable, un dispositif de remplacement suffisamment opérationnel ? Pourquoi ne pas avoir associé dès le départ les opérateurs qui assurent, depuis des années, un service devenu indispensable en raison des insuffisances persistantes du réseau public ? Autant de questions qui alimentent aujourd’hui le débat sur la méthode.
Le revirement observé en moins de vingt-quatre heures contribue également à fragiliser la parole publique. Lorsqu’une décision est annoncée avec fermeté avant d’être aussitôt réajustée, les citoyens comme les acteurs économiques peuvent légitimement s’interroger sur le degré de préparation des arbitrages gouvernementaux. Si la capacité d’un gouvernement à corriger une décision peut être interprétée comme une preuve d’écoute, la répétition de tels revirements finit aussi par donner l’image d’un pouvoir qui décide d’abord et consulte ensuite.
Une gouvernance à revoir pour la Ve République
Au-delà du dossier de l’eau, c’est donc une méthode de gouvernance qui semble aujourd’hui faire débat. Gouverner suppose de savoir rectifier une décision lorsque les circonstances l’exigent, mais aussi d’anticiper les effets des réformes avant leur annonce. À défaut, les réajustements successifs nourrissent le sentiment d’une navigation à vue, où l’improvisation prend progressivement le pas sur la planification.
En quelques mois, plusieurs épisodes sont venus alimenter cette perception d’une gouvernance réactive plus que prospective. Chaque recul peut certes être présenté comme une capacité à écouter les préoccupations des citoyens. Mais lorsque ces corrections interviennent seulement quelques heures après des annonces officielles, elles renforcent également l’idée d’un exécutif qui agit sous le coup de l’urgence avant de rechercher le consensus. Une impression qui, si elle venait à s’installer durablement, pourrait finir par éroder la confiance des populations dans la stabilité et la prévisibilité de l’action publique.







