Entretien exclusif: Le nouveau Docteur en philosophie Théophile Nkoghe Assoumou livre les grandes lignes de sa thèse soutenue il y a quelques jours à l’Université Omar Bongo

Le Docteur Théophile Nkoghe Assoumou posant avec un exemplaire de sa thèse.

Libreville, le 3 juillet 2026-(Dépêches 241). Dans une thèse en philosophie soutenue il y a quelques jours, dans laquelle il interroge essentiellement les nouvelles formes d’inégalités structurelles et des injustices induites par la mondialisation, recomposées dans les nouvelles logiques d’interdépendance croissante entre les peuples et les États, le Docteur Théophile Nkoghe Assoumou formule une critique rigoureuse contre la théorie de la justice du philosophe américain John Rawls, en proposant notamment des principes alternatifs capables d’organiser la justice à l’échelle mondiale, lesquels principes prennent en compte les conditions matérielles réelles des personnes pour une existence digne et viable. Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de Dépêches 241, il revient sur quelques interrogations ayant structuré sa thèse de doctorat.

Dépêches 241: Dans un contexte d’interdépendance mondiale croissante, les principes de justice comme équité, tels que formulés par John Rawls, peuvent-ils encore constituer un fondement normatif pertinent au-delà du cadre de l’État-nation ?

Théophile Nkoghe Assoumou: Les logiques d’interdépendance mondiale mettent en échec les principes Rawlsiens de la justice, qui sont de nature à s’appliquer dans le seul contexte de l’État-nation. Les principes de justice qui vaillent pour le monde actuel sont ceux qui pensent les interactions humaines à l’échelle planétaire, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas confinés dans un modèle de société spécifique comme le postulait Rawls.

D241: Concrètement, quelle critique votre thèse adresse-t-elle à la théorie Rawlsienne de la justice comme équité ?

T.N.A: Rawls élabore sa théorie pour une société nationale bien ordonnée, dotée d’institutions stables et d’un civisme partagé. Or, la mondialisation fragilise ces présupposés, dans la mesure où les décisions des entreprises multinationales affectent des populations qui ne participent pas à leur élaboration; les institutions financières internationales influencent les politiques publiques des États. La question n’est donc plus de savoir comment répartir équitablement les biens premiers au sein d’une société, mais de déterminer si une théorie de la justice peut répondre aux défis contemporains de domination, d’exclusion, de pauvreté et d’inégalités structurelles qui dépassent les frontières nationales.

D241: Finalement, quels sont les résultats auxquels vous êtes parvenu dans vos travaux de recherche ?

T.N.A: Alors, ma thèse soutient que les principes de justice conséquents doivent dépasser les simples postulats de la contractualité interindividuelle pour intégrer la dimension holistique qui s’impose factuellement aux États libéraux contemporains du fait que, non seulement ils interagissent entre eux et avec d’autres États du monde, mais également parce que les interactions qu’engendre ce commerce multiforme impactent nécessairement les représentations contemporaines de la justice. Cette thèse rejette donc le caractère insuffisant d’un paradigme qui demeure terré dans un espace politique unidimensionnel, tant la justice contemporaine doit s’élaborer dans un contexte globalisé où les décisions d’un pays affectent directement la vie et les droits des populations situées ailleurs. Pour moi donc, l’horizon géopolitique réductionniste sur lequel reposent les principes Rawlsiens de la justice les prive de la capacité à endiguer les inégalités structurelles mondiales et d’autres types d’injustices sectorielles, telles que les injustices subies par les citoyens des États d’Afrique subsaharienne du fait des politiques néocoloniales de développement qui les soumettent à des rationalités économiques dénuées de fondements éthiques.

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