4 milliards attribués par entente directe en un jour : que s’est-il vraiment passé le 13 août 2025 à la DGMP ?

Trois marchés publics, un seul attributaire : les zones d’ombre de l’approbation du 13 août 2025 par la DGMP © Dépêches 241

Libreville, le 2 Juillet 2026 – (Dépêches 241). Le 13 août 2025 est une date qui mérite qu’on s’y arrête. Ce jour-là, la Direction Générale des Marchés Publics approuvait en une seule journée trois marchés publics distincts, émanant de trois ministères différents, couvrant trois secteurs sans rapport entre eux, assurance aviation, voiries urbaines, hydraulique, pour un total de 3 966 233 479 FCFA. Trois milliards neuf cent soixante-six millions de francs CFA, validés en une journée. Et dans les trois cas, le même attributaire : 241 Corporation , une société dont aucune source publique ne permet d’établir l’identité des actionnaires, le capital social ou le dirigeant.

La question n’est pas seulement de savoir qui est 241 Corporation. Elle est aussi de comprendre comment un tel volume de commande publique peut être concentré sur une seule entité, approuvé le même jour, sans que le système de contrôle ne produise le moindre signal d’alerte visible. Car la DGMP n’est pas un guichet passif. Elle est, aux termes de ses propres textes fondateurs, l’organe chargé d’assurer le contrôle, l’approbation et le suivi de l’exécution des marchés publics. Chaque dossier soumis est supposé faire l’objet d’un examen de fond : vérification de la régularité de la procédure, contrôle de la cohérence entre le mode de passation retenu et les motifs invoqués, évaluation de la capacité technique et financière de l’attributaire.

Or, pour que trois marchés impliquant le même attributaire fantôme atterrissent le même jour sur la liste des marchés approuvés, l’une de deux choses s’est produite. Soit les dossiers ont été instruits séparément, dans des délais normaux, sans que personne au sein de la DGMP ne croise les noms et ne détecte la concentration sur un opérateur unique, ce qui révèle une défaillance structurelle des mécanismes de contrôle interne. Soit les dossiers ont été traités en bloc, validés de manière expéditive, dans une logique qui privilégie la célérité sur la rigueur, ce qui est encore plus préoccupant. Dans les deux cas, la question de la solidité réelle du contrôle exercé par la DGMP sur la commande publique gabonaise se pose avec acuité.

Il y a également un angle arithmétique qui mérite attention. Le 13 août 2025 est une date d’approbation commune aux trois marchés. Mais les numéros de marchés, eux, renvoient à des exercices différents : l’un porte la référence 2024-2025, un autre 2025, un troisième 2024. Cela signifie que des dossiers d’exercices budgétaires distincts ont été approuvés simultanément. Cette accumulation suggère soit un retard systématique dans le traitement des dossiers — avec une validation en masse à une date donnée — soit une instruction parallèle et coordonnée de dossiers qui auraient dû suivre des trajectoires administratives indépendantes. Ni l’une ni l’autre de ces hypothèses n’est rassurante.

Le gouvernement gabonais a lui-même reconnu, en mai 2025, que 93,25% des marchés publics en valeur avaient été attribués par entente directe en violation du plafond légal de 15%. Il a dit vouloir y mettre fin. Le 13 août 2025, trois mois plus tard, la DGMP approuvait en une seule journée près de quatre milliards de francs CFA pour un attributaire introuvable dans les sources publiques. Entre l’engagement affiché et la réalité des approbations, le fossé reste entier.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*