
Libreville, le 2 Juillet 2026 – (Dépêches 241). C’est un contraste qui en dit long sur l’état réel de la protection sociale au Gabon. Pendant que des milliers d’assurés de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale attendent des mois, parfois des années, le remboursement de leurs frais médicaux, la Direction Générale du Budget et des Finances Publiques a trouvé une solution plus rapide pour ses propres agents : une prime d’assurance maladie souscrite directement auprès d’AXA Gabon, pour un montant de 907 259 400 FCFA, approuvée le 15 mai 2024 sur le Budget 2024.
Le marché a été passé en entente directe. Aucune mise en concurrence, aucun appel d’offres, aucune publication préalable. La DGBFIP, qui est précisément l’institution chargée de veiller à la bonne utilisation des deniers publics, a choisi elle-même son assureur, à sa propre discrétion, pour près d’un milliard de francs CFA. Une démarche qui soulève une question de fond : si la CNAMGS est l’organisme légalement mandaté pour couvrir les fonctionnaires gabonais, pourquoi la direction qui gère le budget de l’État lui préfère-t-elle un assureur privé ?
Une réponse officieuse : les défaillances de la CNAMGS
La réponse officieuse qui circule dans les couloirs du ministère des Comptes Publics est connue : la CNAMGS ne rembourse pas, ou rembourse mal, ou rembourse trop lentement. Ce que les agents de la DGBFIP ne veulent pas subir, ils l’ont donc évité en mobilisant 907 millions FCFA de fonds publics pour s’offrir une couverture de substitution. Le problème est que cette logique, si elle était généralisée, viderait la CNAMGS de sa substance tout en aggravant les déficits de l’État.
Un signal politique et budgétaire ambigu
Ce qui aggrave le tableau, c’est le signal envoyé. La DGBFIP est l’institution qui, dans le cadre du programme avec le Fonds Monétaire International, doit démontrer la capacité du Gabon à rationaliser ses dépenses publiques et à respecter les procédures de la commande publique. Souscrire une assurance privée à 907 millions FCFA en entente directe, au moment même où Libreville négocie des réformes structurelles avec Washington, n’est pas le message que le FMI attend de son interlocuteur gabonais.
AXA Gabon et la question du processus, plus que de l’opérateur
AXA Gabon, filiale du groupe français AXA, opère légalement sur le marché gabonais des assurances. Sa désignation n’est pas en cause. Ce qui l’est, c’est le processus qui y a conduit et ce qu’il révèle sur la manière dont la direction censée incarner la rigueur budgétaire de l’État gabonais gère ses propres dépenses. La CNAMGS, elle, n’a pas été consultée.
Au-delà de ce cas précis, cette décision met en lumière une tension structurelle : celle d’un système de protection sociale public fragilisé, face à des administrations qui, lorsqu’elles en ont les moyens, se tournent vers des solutions privées pour garantir une efficacité immédiate.







