
Libreville, le 28 mai 2026 – (Dépêches 241). Pendant plus d’un an, Thierry Mouyouma et son staff ont dirigé la sélection nationale gabonaise sans percevoir l’intégralité de leurs émoluments. Puis plus rien. Et quand il a fallu mettre fin au contrat, c’est par la menace qu’on a tenté de leur faire signer leur départ. Dans un entretien accordé à Dépêches 241 et à paraître très prochainement , l’ancien sélectionneur des Panthères lève le voile sur une séquence qu’il qualifie lui-même de grave : intimidations via un avocat français, instrumentalisation politique par le ministre de tutelle, et, au bout du chemin, la perspective d’une saisine des instances internationales.
Avant d’en arriver aux menaces, il y a d’abord eu l’érosion silencieuse d’une promesse contractuelle. Thierry Mouyouma ne mâche pas ses mots pour décrire les conditions dans lesquelles lui et son encadrement technique ont exercé leurs fonctions : « Mon staff et moi-même n’étions déjà plus payés normalement depuis plus d’un an . Nous avions d’abord touché environ 60 % de nos salaires, puis plus rien pendant de longs mois. » Une situation que l’ancien sélectionneur impute d’abord à l’inaction de l’ancienne tutelle, avant qu’elle ne prenne, sous le nouveau ministre, une tournure délibérément hostile.
Des mois de travail, des salaires amputés, puis le silence de la tutelle
Ce qui est remarquable, et mérite d’être dit clairement, c’est que ni lui ni son staff n’ont quitté leur poste. « Malgré cela, nous avons continué à travailler pour le pays », affirme-t-il, résumant en une phrase l’absurdité d’une situation où des techniciens assurent le service de la nation sans contrepartie, au nom d’une fidélité que l’État n’a pas jugé utile de récompenser en mettant un terme à leur mission de façon abrupte sous fond d’instrumentalisation dit-il.
Paul Kessany, un différend personnel transformé en combat politique ?
Ce contexte de défaillance financière préexistait à l’arrivée de Paul Kessany au ministère des Sports. Mais c’est sous son autorité que le traitement du dossier Mouyouma a basculé dans ce que l’intéressé décrit comme un règlement de compte. La raison ? Un refus. « Tout cela parce que j’avais refusé qu’il impose des proches dans mon staff », dit-il.
De ce désaccord initial, le ministre aurait fait une affaire personnelle, mobilisant contre le sélectionneur une coalition de pressions : « J’ai vu des journalistes me combattre parce que j’avais refusé certaines pratiques de commissions qui existaient auparavant. J’ai vu un pseudo-agent tenter d’imposer ses exigences autour de la sélection. Et surtout, j’ai vu Paul Kessany transformer un différend personnel en combat politique contre ma personne », regrette-t-il.
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Aucune explication officielle ne lui a jamais été fournie sur sa mise à l’écart. « Seulement des histoires montées ici et là pour salir mon image et justifier une décision qui, selon moi, était déjà prise depuis longtemps », dit-il, avec une lucidité qui n’épargne personne.
L’avocat français, la menace de prison et la tentative d’achat du silence
C’est là, peut-être l’une des révélations les plus accablantes de cet entretien. Au moment de la dissolution du staff , son contrat court pourtant jusqu’en décembre 2027, Mouyouma raconte que rapidement les choses ont la cédé la place à une intimidation directe. « Nous avons reçu des menaces à travers un avocat français proche du ministre Paul Kessany , Maître Alexis Rutman. Le message était très clair : soit nous acceptions trois mois de salaire pour partir discrètement, soit “ce serait la prison”. », révèle t-il.
Trois mois de salaire, au terme d’un contrat pluriannuel, après plus d’un an de rémunérations amputées. La proposition, à elle seule, dit tout de la manière dont la tutelle entendait solder ce contentieux. Interrogé sur la gravité de ces déclarations, Mouyouma ne recule pas : « Je mesure la gravité de ce que je dis. » Ce choix de faire passer une pression aussi frontale par un intermédiaire judiciaire étranger, plutôt que par les voies institutionnelles gabonaises, n’est pas sans signification.
Les instances internationales, ultima ratio d’un sélectionneur acculé ?
Thierry Mouyouma n’exclut plus rien. Après des mois de silence contraint, après avoir honoré ses engagements dans des conditions que l’État lui-même n’a pas respectées, l’ancien sélectionneur national envisage désormais de porter ce contentieux devant les juridictions compétentes et les instances sportives internationales. « Nous serons probablement obligés de défendre nos droits devant les juridictions compétentes et les instances internationales. Parce qu’au-delà du football, il y a aussi une question de dignité et de respect des engagements », dit-il. C’est peu dire que la Fegafoot, la CAF et la FIFA seraient alors appelées à se pencher sur des pratiques qui dépassent largement le cadre d’un simple litige salarial.
Ce que décrit Mouyouma, c’est un système. Celui d’une tutelle sportive qui qui refuse peut être par excès de pouvoir de payer ses techniciens, qui les punit lorsqu’ils résistent à ses exigences, et qui tente, au moment du congédiement, de les effrayer. Paul Kessany, dont le nom traverse cette affaire de bout en bout, devra tôt ou tard répondre de ce dossier à Libreville ou ailleurs.







