
Libreville, le 2 avril 2026 – (Dépêches 241). La scène politique gabonaise est une nouvelle fois secouée par une polémique aux relents de crise institutionnelle. En cause, la récente opération dédiée à la fusion absorption de l’aile dissidente du parti RÉAGIR, dirigée par le membres du gouvernement, Jean-François Ndong Obiang, absorbé par le parti présidentiel. À la suite de cet événement, la faction du parti dirigé par Michel Ongoundou-Loundah, a réagi à travers un communiqué sanglant, lequel dénonce une tentative de fusion jugée illégitime avec l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB). Derrière cette affaire, une question centrale émerge : celle du respect des principes fondamentaux du droit dans un contexte où les intérêts politiques semblent primer sur la légalité.
Au cœur de la controverse, l’attitude du ministre des Relations avec les Institutions, Jean-Francois Ndong Obiang suscite une indignation particulière. Alors même que le litige portant sur le leadership du parti RÉAGIR demeure pendant devant les juridictions compétentes, ce dernier, motivé par des intérêts méconnus du grand public, a décidé une opération politique dont la validité juridique est fortement contestée. Une posture qui interroge sur la conception même de l’État de droit au sommet de l’appareil gouvernemental. Si même les membres du gouvernement foulent au pied les lois et les procédures judiciaires, qui va les respecter ? Pourrait-on s’interroger.
En effet, comme le rappelle le communiqué de RÉAGIR, la situation de bicéphalisme au sein du parti n’a pas encore été tranchée en dernier ressort. Dans ces conditions, toute tentative de fusion impliquant une fraction contestée du parti apparaît juridiquement fragile, sinon nulle. En amorçant une telle démarche, le ministre s’expose à de graves accusations d’imposture politique, donnant l’impression de privilégier des intérêts personnels au détriment du respect des procédures judiciaires en cours.
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Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle fragilise les fondements mêmes du droit, le faisant passer pour un ornement au service des puissants. Lorsqu’un membre du gouvernement, censé garantir le bon fonctionnement des institutions, semble ignorer délibérément une procédure judiciaire en cours, c’est l’ensemble de l’édifice institutionnel qui vacille. Le message envoyé est clair, le droit peut être contourné dès lors qu’il constitue un obstacle à des ambitions politiques personnelles.
Mais le plus alarmant est l’attitude quasi désinvolte et particulièrement irresponsable du parti présidentiel. L’UDB, dans cette affaire, apparaît dans un rôle trouble, consistant à encourager certains acteurs politiques à se croire au-dessus de la loi. En acceptant d’entrer dans une logique de fusion-absorption avec une entité politique dont la légitimité est contestée, ses dirigeants prennent le risque de se rendre complices d’une opération politiquement opportuniste et juridiquement douteuse. Une telle démarche laisse planer le soupçon d’arrangements inavoués, loin des exigences de transparence attendues d’un parti au pouvoir.
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Le communiqué de RÉAGIR va plus loin en évoquant une véritable entreprise de falsification politique, marquée par des accusations graves telles que la falsification de documents, l’usurpation d’identité partisane et des poursuites judiciaires en cours. Dans ce contexte, la tentative de fusion, de laquelle se gargarise le ministère Ndong Obiang, ne serait rien d’autre qu’un habillage politique destiné à donner une apparence de légitimité à une entreprise déjà vouée à l’échec, par des décisions judiciaires qui pourraient lui être défavorables.
Au-delà des acteurs impliqués, cette affaire met en lumière une dérive plus profonde, celle d’un système politique où les règles du jeu semblent malléables au gré des intérêts politiques du moment. Le risque est grand de voir s’installer une forme de normalisation de l’irrégularité, où la force politique primerait sur la légalité et la justice, au détriment de la crédibilité des institutions de la république.







