
Libreville, le 3 avril 2026 – (Dépêches 241). Institution stratégique au cœur de la transformation numérique du pays, l’Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences (ANINF) traverse une période qui suscite de plus en plus d’interrogations. Depuis l’arrivée à sa tête de son directeur général, Alberto Wenceslas Mounguengui Moudoki, plusieurs signaux faibles, évoqués aussi bien en interne qu’au sein de certains milieux administratifs, laissent entrevoir des pratiques de gestion qui mériteraient, à tout le moins, d’être éclaircies afin de préserver la crédibilité de cette agence publique stratégique.
Lorsque Alberto Wenceslas Mounguengui Moudoki a pris les rênes de l’ANINF en 2023, l’espoir d’une nouvelle dynamique semblait réel. Son parcours international et les attentes placées dans la modernisation de l’infrastructure numérique du pays nourrissaient qu’il irriguerait l’institution d’une culture de gestion moderne et rigoureuse. Pourtant, selon plusieurs sources, un climat de désillusion se serait progressivement installé au sein de l’agence. Certains agents évoquent un management douteux, des conditions de travail qui se dégradent et un sentiment de distance grandissante entre la direction et les préoccupations du personnel, alimentant un malaise qui, bien que rarement exprimé publiquement, ne serait plus totalement ignoré.
Il nous est en effet rapporté que plusieurs marchés auraient fait l’objet d’un fractionnement artificiel, pratique communément désignée sous le terme de « saucissonnage », consistant à décomposer une prestation unique en plusieurs commandes distinctes de montants inférieurs aux seuils déclenchant l’obligation de mise en concurrence. Cette technique, expressément prohibée par le Code des Marchés Publics gabonais, constitue une violation grave des principes de transparence, d’égalité d’accès à la commande publique et de bon emploi des deniers de l’État.
À titre d’illustration, nos sources évoquent le règlement fractionné de plusieurs millions de FCFA pour l’aménagement d’une salle de conférence, ainsi que plus d’une cinquantaine de millions supplémentaires pour des travaux au 11ème étage de la Tour ANINF. Des montants d’une telle ampleur, engagés selon des modalités qui auraient normalement dû déclencher les garde-fous réglementaires, soulèvent une interrogation directe sur le rôle joué, ou non joué, par le Contrôleur Budgétaire et l’Agent Comptable de l’Agence.
Plus troublant encore, d’autres sources évoquent l’aménagement d’un appartement de standing au 12ème étage de la Tour. Si une telle affectation d’espace public à usage privatif était confirmée, elle appellerait une qualification juridique précise et une réponse institutionnelle ferme.
À ces interrogations sur les conditions d’engagement de la dépense publique s’en ajoute une autre, d’ordre déontologique, que les sources ayant saisi notre rédaction estiment particulièrement révélatrice. Il nous est signalé que les sociétés SAFRIMAT et HT 241, bénéficiaires présumées de plusieurs marchés conclus avec l’ANINF seraient détenues par un même titulaire, qui exercerait par ailleurs des activités sur des chantiers privés attribués, selon ces mêmes sources, au Directeur Général lui-même, à Akanda et à Tchibanga. Si ces éléments étaient confirmés, ils constitueraient un conflit d’intérêts d’une netteté préoccupante, soit la situation dans laquelle un agent public oriente la commande publique vers des tiers dont il tire, directement ou indirectement, un avantage personnel.
La réglementation gabonaise en matière de déontologie des agents publics, tout comme les dispositions pénales relatives à la prise illégale d’intérêts, encadrent strictement ce type de situation. Notre rédaction ne saurait aller au-delà de ce que nos informations permettent d’établir à ce stade. Mais elle souligne que ces allégations, par leur nature et leur ampleur, appellent une vérification sérieuse et diligente par les organes de contrôle compétents, Inspection Générale des Finances et autres.
Le Gabon de la Ve République ne peut pas à nouveau se permettre de laisser une institution aussi stratégique que l’ANINF prospérer dans le silence que l’on décrit car le pays les agents méritent mieux qu’une gestion approximative, les contribuables aussi.
Nous y reviendrons…







