La Décentralisation oubliée : Pour se développer faut-il désormais pour une province accueillir la Fête de Libération ?

À Makokou comme à Tchibanga hier, les chantiers se sont multipliés mais la décentralisation, elle, attend toujours ses véritables moyens © Dépêches 241

Libreville, le 7 septembre 2026 – (Dépêches 241). Le Gabon veut rapprocher la décision publique des territoires, mais la troisième Fête de la Libération organisée dans l’Ogooué-Ivindo remet en lumière une méthode de développement beaucoup plus ancienne : profiter d’une grande célébration nationale pour accélérer les investissements dans la province qui l’accueille. À Makokou, Ovan, Mékambo, Booué ou encore La Lopé, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a ainsi mis en avant une série d’infrastructures nouvelles ou engagées. Le commissariat de Booué, les mairies d’Ovan et de Mékambo, le marché et la salle polyvalente de Mékambo, le nouveau bâtiment administratif de Makokou, le marché des femmes, des logements, l’hôtel Ivindo Palace, des établissements scolaires, des voiries et de nouvelles capacités de production d’eau composent cette offensive territoriale.

Pour l’Ogooué-Ivindo, difficile de contester l’intérêt de ces équipements. Le président rappelle lui-même qu’avant le 30 août 2023, des femmes avaient manifesté à Makokou puis à Ovan contre « la précarité économique et le sentiment d’abandon politique de la province ». Trois ans plus tard, il peut répondre à ce sentiment par des réalisations visibles. « Ces temps douloureux sont désormais révolus. L’heure est à présent au développement de notre province », a-t-il déclaré le 30 août 2026. Mais cette concentration de projets autour d’une célébration nationale rappelle aussi le principe des anciennes fêtes tournantes, placer successivement une province au centre de l’attention de l’État et profiter de l’événement pour y accélérer routes, bâtiments et équipements publics.

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Cette méthode cohabite pourtant avec une ambition institutionnelle différente, la décentralisation. Dans un modèle réellement décentralisé, le développement territorial doit moins dépendre du déplacement ponctuel du pouvoir central que de collectivités disposant durablement de compétences, de ressources et de capacités de programmation. Une mairie, un marché, une voirie ou certains équipements de proximité devraient alors s’inscrire dans des plans locaux financés de manière prévisible, plutôt que devoir bénéficier de l’effet d’accélération provoqué par l’organisation d’une cérémonie nationale. Les deux modèles ne sont pas nécessairement incompatibles, mais ils obéissent à deux logiques différentes, l’une renforce les territoires institutionnellement, l’autre les équipe principalement par impulsion de l’État central.

Le cas de l’Ogooué-Ivindo pose donc une question qui dépassera rapidement Makokou : comment les prochaines provinces seront-elles servies ? Si la concentration actuelle d’investissements constitue le début d’un programme territorial continu, doté de financements indépendants du calendrier politique, la Fête de la Libération n’aura été qu’un accélérateur. Si, au contraire, chaque province doit attendre d’accueillir à son tour une grande célébration pour voir se multiplier chantiers et inaugurations, le Gabon aura surtout remis au goût du jour les fêtes tournantes sous une nouvelle appellation. Le risque serait alors de substituer à la centralisation géographique autour de Libreville une rotation de la dépense décidée toujours depuis Libreville.

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Le véritable test de la décentralisation ne se jouera donc pas dans le nombre de bâtiments inaugurés pendant les quelques jours passés à Makokou, mais dans ce qui se passera une fois les cérémonies terminées. Les collectivités de l’Ogooué-Ivindo disposeront-elles des ressources nécessaires pour entretenir les équipements, programmer elles-mêmes de nouveaux investissements et arbitrer leurs priorités ? 

Et les autres provinces bénéficieront-elles simultanément d’investissements comparables sans attendre leur tour ? En déclarant que « l’État continuera de fixer le cadre, d’apporter son appui aux collectivités locales et d’exercer un contrôle rigoureux sur la mise en œuvre des engagements pris », Oligui Nguema dessine lui-même la frontière à surveiller. Décentraliser ne consiste pas seulement à construire davantage dans les provinces, mais à leur donner progressivement les moyens de décider et d’investir sans attendre que l’État central vienne y célébrer une fête.

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