Libreville: à Alibadeng, les populations descendent dans la rue faute d’eau potable

Excédées par l’absence d’eau, les populations du quartier Alibadeng sont descendues dans la rue, et ont appelé à l’intervention du Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema.© Dépêches 241

Libreville, le 7 septembre 2026-(Dépêches 241). La crise hydrique continue vraisemblablement de hanter la capitale gabonaise. Malgré les engagements et le chapelet de promesses des autorités, aucune solution définitive ne semble, pour l’heure, en mesure de soulager la souffrance des populations. Lassés et visiblement désespérés, ce lundi 7 septembre, alors que les élèves reprenaient le chemin de l’école, des habitants du quartier Alibadeng, dans le premier arrondissement de Libreville, ont décidé de descendre dans la rue afin d’interpeller les autorités compétentes, notamment le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, et l’exhorter à trouver une solution viable à leur préoccupation.

Considéré comme un droit fondamental et, surtout, comme une responsabilité de l’État envers sa population, l’accès à l’eau potable semble s’être transformé en véritable luxe dans plusieurs zones du pays. Certains quartiers de la capitale y ont accès de manière régulière, tandis que d’autres en sont privés depuis plusieurs années. Le premier arrondissement de la Libreville semble faire partie de cette deuxième catégorie. Sans eau depuis des années, les populations n’en peuvent plus. Les plus nantis peuvent se faire livrer de l’eau, tandis que les plus démunis s’approvisionnent tantôt dans des puits de fortune, tantôt auprès de sources non conventionnelles. L’essentiel étant désormais de disposer d’un peu d’eau, qu’elle soit potable ou non.

Lassées de cette situation et constatant qu’elles font partie des populations qui semblent oubliées par la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), ainsi que par les multiples dispositifs annoncés par le gouvernement, sans effets suffisamment visibles dans les ménages les plus nécessiteux, les populations d’Alibadeng n’en peuvent plus. Elles interpellent directement le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’elles considèrent comme celui qui peut désormais apporter une réponse à cette situation. Lors de sa prestation de serment, le chef de l’État s’était notamment engagé à protéger les Gabonais et à agir avec justice. Mais depuis, estiment les riverains, le quotidien de nombreuses familles reste marqué par les mêmes difficultés.

Alors que les autorités mettent en avant les bâtiments flambant neufs sortis de terre, les infrastructures routières et les différents projets engagés depuis la Transition, une partie de la population continue de manquer de ce qui constitue pourtant le strict minimum pour vivre dignement. Le contraste apparaît d’autant plus saisissant dans les quartiers où l’accès régulier à l’eau potable demeure un problème quotidien. Pour les habitants d’Alibadeng, les investissements visibles ne sauraient masquer cette réalité : avant les grands ouvrages, il y a les besoins élémentaires auxquels l’État doit répondre.

Cette situation pose également la question de l’efficacité des mesures successivement annoncées pour résoudre la crise de l’eau à Libreville. Les populations attendent désormais moins de nouvelles annonces que des résultats concrets et durables. Car lorsque l’eau manque dans les ménages, ce sont l’hygiène, la santé, la scolarité des enfants et l’organisation quotidienne des familles qui s’en trouvent directement affectées. La rentrée scolaire, intervenue ce lundi, vient ainsi rappeler avec force l’urgence de la situation : comment demander aux familles de préparer convenablement leurs enfants pour l’école lorsqu’elles peinent elles-mêmes à accéder à l’eau ?

L’appel lancé par les populations d’Alibadeng ne résonne donc pas seulement comme un simple cri de détresse. Il apparaît comme le symptôme d’une situation qui n’a que trop duré et qui semble se perpétuer. Ainsi, selon les riverains : « C’est la rentrée scolaire, nous avons besoin d’eau. Nous sommes dans la Ve République. Il n’est plus concevable d’être privé du minimum qu’est l’eau potable. » Autrement dit, les populations jugent intolérable qu’à l’heure où chaque citoyen aspire à vivre le changement et à voir sa dignité rétablie, comme promis par les autorités, un bien aussi élémentaire que l’eau continue d’être une denrée rare.

Et au regard de la dégradation persistante de la situation, la simple scission de la SEEG en deux entités distinctes ne saurait, à elle seule, constituer une réponse suffisante à cette crise. La réorganisation institutionnelle peut certes modifier la structure de gestion du secteur, mais elle ne fera pas couler l’eau dans les robinets si elle ne s’accompagne pas d’investissements efficaces, d’une amélioration des réseaux et d’une distribution réellement accessible aux populations.

Mais au-delà d’Alibadeng, c’est donc toute la question de la politique publique de l’eau dans la capitale gabonaise qui se trouve posée. Les habitants ne réclament ni privilège ni traitement de faveur : ils demandent simplement l’accès régulier à une ressource indispensable à la vie. Pour les autorités, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion d’une crise technique. Il touche directement à la crédibilité des engagements pris envers les citoyens et à la capacité de la Ve République à apporter des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des Gabonais.

Ainsi, le message envoyé aux pouvoirs publics est clair : les populations ne veulent plus de promesses, mais de l’eau. Tant que des familles continueront à vivre sans accès régulier à l’eau potable, les annonces et les projets d’infrastructures resteront confrontés à une réalité beaucoup plus brutale : celle d’un quotidien où satisfaire un besoin aussi élémentaire demeure un combat.

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