Cemac: le Gabon, premier emprunteur de la zone, mais le Cameroun lui prête déjà plus de 1 170 milliards de FCFA

À fin juillet 2026, Libreville affichait 3 424,1 milliards de FCFA de titres publics en circulation. Parmi eux, 1 171,8 milliards sont détenus depuis le Cameroun © Dépêches 241

Libreville, le 9 septembre 2026 – (Dépêches 241). Le Gabon est devenu le pays qui emprunte le plus sur le marché des titres publics de la CEMAC. À fin juillet 2026, l’État avait 3 424,1 milliards de FCFA de bons et obligations du Trésor en circulation, devant le Congo et le Cameroun. Mais derrière ce record se cache une autre réalité : 1 171,8 milliards de FCFA de ces titres sont détenus par des investisseurs installés au Cameroun. Cela représente un peu plus de 34 % de l’encours gabonais. En clair, sur trois francs empruntés par Libreville sur ce marché, un peu plus d’un provient désormais de capitaux logés au Cameroun.

Le chiffre est d’autant plus intéressant que le Cameroun emprunte lui-même beaucoup moins que le Gabon. Yaoundé affiche 2 061,3 milliards de FCFA de titres en circulation, mais les investisseurs installés dans le pays détiennent au total 5 261,9 milliards de FCFA de dette publique des six États. Ils possèdent donc près de la moitié des 10 560,8 milliards de FCFA de titres publics de la CEMAC. Le Cameroun est ainsi devenu la principale poche d’argent du marché régional, ses banques et autres investisseurs ne financent plus seulement leur État, ils prêtent massivement aux voisins.

Le Gabon n’est certes pas encore dans la situation du Congo ou du Tchad, dont les premiers créanciers sur ce marché sont désormais les investisseurs camerounais. Les investisseurs installés au Gabon conservent environ 1 495 milliards de FCFA de titres gabonais, davantage que leurs homologues camerounais. Mais l’écart n’est plus immense. Et surtout, le recours de Libreville au marché s’est emballé. Son encours est passé de 2 624,5 milliards en juillet 2025 à 3 424,1 milliards en juillet 2026, soit près de 800 milliards supplémentaires en seulement douze mois.

Or, plus Libreville emprunte, plus il doit trouver des acheteurs capables d’absorber ses nouvelles émissions. Et ceux-ci commencent à demander cher. Le coût moyen des obligations gabonaises est passé de 7,35 % en juillet 2025 à 10,13 % en juillet 2026. Dans le même temps, le taux de souscription des obligations proposées par le Trésor est tombé à 61,27 % en juillet. Le Gabon continue donc de trouver de l’argent sur le marché régional, mais pas nécessairement dans les mêmes conditions qu’auparavant.

C’est tout le paradoxe de cette première place régionale. Le Gabon peut emprunter autant parce qu’il ne dépend plus seulement de l’argent disponible dans ses propres banques. Le marché commun lui ouvre les coffres de toute la CEMAC, et particulièrement ceux du Cameroun. Mais avec plus de 1 170 milliards de FCFA de titres gabonais déjà détenus depuis le Cameroun, Libreville doit aussi compter avec les choix d’investisseurs qu’il ne contrôle pas. Être le premier emprunteur de la région est une chose, continuer à trouver suffisamment de monde pour financer cette première place, et à un prix supportable, en est une autre.

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