Ndoutoume Ngome et son plaidoyer sur l’immigration: quand l’intellectuel oublie la Patrie et fait passer les Gabonais au second plan 

Le Gabon doit-il s’excuser de vouloir protéger ses propres citoyens ? Face au plaidoyer de Jonathan Ntoutoume Ngomo pour une ouverture migratoire sans entraves, cet édito rappelle qu’hospitalité ne signifie pas absence de règles © Dépêches 241

Libreville, le 9 septembre 2026-(Dépêches 241). Le récent plaidoyer en faveur d’une ouverture migratoire sans entraves, publié par le Docteur Jonathan Ntoutoume Ngomo sur son compte Facebook officiel, mérite une réponse. Pareille opinion, venant d’un ancien ministre de la République et, de surcroît, universitaire, est intellectuellement inadmissible. Elle montre bien jusqu’où certains peuvent aller contre eux-mêmes et contre leur propre patrie. Reste néanmoins à ne pas céder aux émotions. 

Il faut le dire d’entrée que cette opinion repose sur des comparaisons historiques et géographiques clairement insoutenables. Car mettre sur le même plan le Gabon, pays récemment passé à trois millions cinq cent mille habitants avec une économie fragile, et des géants démographiques comme le Nigeria, la Chine ou l’Inde relève d’une malhonnêteté intellectuelle manifeste. Le fait est que des puissances, fortes de centaines de millions de citoyens et d’une assise productive massive, peuvent absorber des mouvements migratoires sans que leur structure sociale en soit ébranlée.

Le Gabon, pour sa part, n’a ni la taille critique, ni les infrastructures, ni la capacité d’intégration pour accueillir près du tiers de sa population en étrangers. C’est pourquoi ce chiffre de 32 % n’est pas une simple donnée statistique : il est de nature à transformer concrètement notre réalité sociale, l’accès au travail, l’accès aux services, la concurrence sur les petits métiers. Il menace en ce sens et à terme la cohésion nationale. Refuser de reconnaître cette évidence reviendrait à nier la réalité de notre pays.

Plus encore, le propos glisse vers une confusion entre le respect dû aux étrangers en situation régulière et l’absence de débat sur la politique migratoire. Il faut être clair, personne ne conteste que des figures comme M. Seydou Kane contribuent à l’économie nationale par leurs investissements. Seulement, ériger une exception en règle générale est un sophisme éculé. Combien d’expatriés, à l’image de Seydou Kane, investissent pour le bénéfice réel du Gabon ? Combien de nationaux, au détriment des expatriés, emploient toutes ces sociétés hyperactives dans le BTP, ici et là, aujourd’hui ? Combien d’argent gagné au Gabon ces hommes et ces femmes investissent-ils chez nous ? 

Ces questions sont systématiquement balayées par ceux qui, comme l’ancien ministre, préfèrent invoquer de nobles principes de fluidité plutôt que d’affronter les choix collectifs qui s’imposent. Une politique migratoire sérieuse exige de définir les secteurs ouverts à la main-d’œuvre étrangère, d’établir des quotas, de contrôler les transferts de fonds et de protéger l’accès des nationaux à l’emploi. Hélas, le silence sur ces points trahit une conception libérale abstraite, déconnectée des attentes sociales des Gabonais. 

Sur la question de la clandestinité, le raisonnement déployé par l’universitaire est également très limité. Prétendre que les pays fermés à l’immigration connaissent davantage de problèmes d’immigration illégale est une demi-vérité qui méprise l’expérience concrète des nations. La réalité est toute autre,

l’ouverture juridique ne garantit en rien la maîtrise des flux. De nombreux États européens, à l’instar de l’Allemagne, pourtant juridiquement très ouverts, ont vu l’immigration irrégulière exploser, faute de contrôles efficaces et de coopération avec les pays d’origine.

Autant dire que la vraie alternative n’est pas entre ouverture totale et fermeture hermétique, mais dans une régulation intelligente et souveraine. Le Gabon, comme d’autres pays, a le droit de fixer des critères de qualification, des conditions de séjour, des mécanismes de naturalisation et des quotas par nationalité ou par secteur. Or, la logique binaire à l’œuvre dans le  propos de Monsieur Ntoutoume Ngomo, qui assimile toute volonté de régulation à de la xénophobie, apparaît comme une insulte à la souveraineté nationale et à l’intelligence des Gabonais.

À terme, comment ne pas comprendre que ce débat ne porte pas sur l’hospitalité ou l’ouverture, mais sur la survie même de notre contrat social ? Comment ceux qui refusent de poser des limites au nom de l’ouverture ne voient-ils pas que tout cela profite à d’autres plutôt qu’à nous-mêmes ? Il est clair que le Gabon ne doit pas être le laboratoire d’un panafricanisme ou d’une mondialisation sans règles, où la démographie devient une variable d’ajustement au service des intérêts étrangers.

Les Gabonais qui le pensent ne sont pas xénophobes: ils ont le mérite d’être lucides. Et cette lucidité exige des autorités du courage politique, des choix assumés et une rupture nette avec les discours qui, sous couverts d’ouverture, légitiment la mainmise des expatriés sur notre souveraineté sociale et économique. Personne n’est dupe. Tout juste est-il nécessaire de rappeler à certains comme Jonathan Ntoutoume Ngomo que cette déloyauté vis-à-vis de sa propre patrie est honteuse.

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