
Libreville, le 8 septembre 2026 – (Dépêches 241). La Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon entre déjà dans la partie la plus difficile de sa mission, récupérer l’argent qu’elle contribue à mettre à disposition des entrepreneurs. Dans son discours du 30 août, Brice Clotaire Oligui Nguema reconnaît publiquement l’existence de difficultés : « certains bénéficiaires, qui ont pourtant reçu l’appui de l’État, refusent aujourd’hui d’honorer leurs engagements ». Le président annonce en conséquence un renforcement du suivi et des contrôles.
Le problème est inhérent au modèle. La BCEG doit précisément financer des entrepreneurs auxquels elle entend offrir des « conditions préférentielles d’emprunt et de remboursement ». Elle est donc appelée à intervenir sur un segment où l’accès au financement est difficile, tout en appliquant une logique bancaire exigeant que les prêts soient récupérés. Trop de prudence réduirait sa portée économique, trop de tolérance fragiliserait son portefeuille.
L’impayé représente surtout un coût d’opportunité. Lorsqu’un crédit n’est pas remboursé, les ressources correspondantes ne peuvent pas être recyclées aussi facilement vers un nouvel entrepreneur et la banque peut devoir provisionner une partie de la créance. À grande échelle, la qualité du portefeuille finit donc par déterminer la capacité de l’établissement à poursuivre sa mission sans injections répétées de ressources publiques.
Oligui Nguema veut manifestement empêcher que le caractère public de l’institution soit interprété comme une dispense de remboursement. « L’entrepreneuriat repose sur la confiance », rappelle-t-il, avant d’annoncer que « les mécanismes de suivi et de contrôle seront renforcés, et les manquements sanctionnés ». C’est un avertissement adressé aux bénéficiaires, mais aussi un engagement de gouvernance pour la banque.
Reste à publier les données permettant d’apprécier la situation. Combien la BCEG a-t-elle prêté ? Combien de crédits sont arrivés à échéance ? Quel est le taux de remboursement et quelle proportion du portefeuille est en souffrance ?
Le discours présidentiel établit l’existence du problème mais pas son ampleur. Ces chiffres détermineront si les impayés sont le bruit normal du métier bancaire ou le premier avertissement sérieux pour le modèle de financement public de l’entrepreneuriat.







