
Libreville, le 10 septembre 2026 – (Dépêches 241). Le Gabon est devenu suffisamment important sur le marché régional de la dette pour que ses propres besoins de financement commencent à peser sur les conditions auxquelles il emprunte. Début 2026, les titres publics gabonais représentaient 30,5 % de l’encours des valeurs du Trésor de la CEMAC, devant le Congo à 29,5 % et le Cameroun à 19,4 %, selon les données de la BEAC reprises dans une note des services du FMI datée du 26 février. Une position de premier emprunteur qui donne à Libreville accès à une importante poche de liquidité régionale, mais accroît également sa dépendance à l’appétit des banques pour sa dette.
Cette dépendance devient plus délicate à mesure que les banques accumulent les créances souveraines. À l’échelle de la CEMAC, l’exposition des établissements de crédit aux États représente désormais près d’un tiers de leurs actifs, contre seulement 10 % en 2015, selon le FMI. Certaines banques dépasseraient même 50 %. Dans un marché où les établissements bancaires constituent les principaux acheteurs de bons et obligations du Trésor, chaque nouvelle émission gabonaise vient donc solliciter des bilans déjà fortement chargés en dette publique.
Les investisseurs commencent parallèlement à devenir plus sélectifs. Selon les données rapportées dans la note du FMI, le taux moyen de souscription aux émissions souveraines de la CEMAC est passé de 116 % en 2022 à 84 % en 2025. Le prix demandé en contrepartie augmente : le rendement moyen des obligations du Trésor serait passé de 8,9 % à environ 10 %. Pour le Gabon, la tendance s’est encore accentuée en 2026 : les statistiques de la BEAC montrent qu’en juillet, le coût moyen de ses OTA atteignait 10,13 %, contre 7,35 % un an auparavant, tandis que leur taux de souscription était tombé à 61,27 %.
C’est là que l’équation budgétaire peut commencer à s’autoalimenter. Plus Libreville doit offrir des rendements élevés pour attirer les investisseurs, plus le service futur de sa dette augmente. Et plus ce service augmente, plus le Trésor doit dégager de recettes ou retourner sur le marché pour refinancer les échéances. Le risque est d’autant plus sensible que le FMI souligne qu’une proportion importante des titres publics de la région arrive à maturité à relativement court terme. Le problème n’est donc pas uniquement de trouver de nouveaux financements, mais également de renouveler une dette existante devenue plus coûteuse.
Le marché régional a longtemps constitué pour le Gabon une alternative précieuse aux financements extérieurs. Il montre désormais qu’il n’est pas une source illimitée de capitaux. Avec près d’un franc sur trois de titres publics de la CEMAC associé au Gabon début 2026, des taux obligataires dépassant 10 % et des émissions moins facilement couvertes, Libreville pourrait progressivement passer d’une logique où il choisit combien emprunter à une situation où le marché décide combien il est encore disposé à lui prêter et à quel prix.







