Radiation de 1473 fonctionnaires: Laurence Ndong face au miroir de son passé administratif

21 ans d’absence à son poste contre 1 473 radiations, une fois aux affaires, le paradoxe qui interroge © Dépêches 241

Libreville, le 1er Octobre 2026 – (Dépêches 241)  Le dernier Conseil des ministres, tenu le 18 septembre dernier à Port-Gentil, restera sans aucun doute gravé dans la mémoire de centaines de fonctionnaires gabonais. En cause, la décision du gouvernement de radier, pour diverses raisons, principalement pour absence prolongée à leur poste, plus de 1 473 agents publics. Une mesure qui plonge des centaines de familles dans une situation de précarité. Le comble de l’ironie est que cette décision intervient alors que le ministère de la Fonction publique et du Renforcement des capacités est dirigé par une ancienne figure de la diaspora gabonaise et opposante au régime d’Ali Bongo Ondimba, qui a elle-même conservé son statut de fonctionnaire après plus de 21 ans d’absence de son poste d’enseignante.

Selon le communiqué final du dernier Conseil des ministres, présidé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, à Port-Gentil, le gouvernement a décidé de radier définitivement 1 473 fonctionnaires gabonais, dont certains seraient considérés comme des agents fantômes. Cette décision reposerait, selon toute vraisemblance, sur un recensement effectué en 2024.

Cependant, si la décision, en elle-même, semble relever du bon sens, dans la mesure où il est hors de question que l’État continue de rémunérer des agents qui seraient volontairement absents de leur poste, de nombreux cas parmi les personnes radiées restent sujets à débat au sein de l’opinion publique gabonaise. C’est notamment le cas des fonctionnaires laissés sans affectation par l’État et de ceux qui exerçaient dans des ministères aujourd’hui disparus, sans que l’administration n’ait pris des mesures afin de les redéployer dans d’autres services. 

Radiations massives, l’assainissement des effectifs au cœur de la controverse ? 

Le plus controversé dans cette affaire, qui s’apparente à un séisme pour ces centaines de familles désormais privées de leur principale source de revenus, réside dans le fait que cette décision serait aujourd’hui portée par une ministre de la Fonction publique qui aurait elle-même abandonné son poste d’enseignante pendant plus de 21 ans pour aller vivre en France auprès de son époux, avant de se révéler comme une opposante radicale au régime d’Ali Bongo Ondimba après avoir été un des fervents soutiens de l’ancien despote. 

La question devient donc incontournable : comment une personnalité qui a prétendu défendre les intérêts des Gabonais malmenés par l’ancien régime et qui semblait s’opposer à toute forme de radiation de la fonction publique peut-elle, du jour au lendemain, accepter celle de 1 473 de ses compatriotes ? 

Le cas Laurence Ndong, entre passé administratif et devoir d’exemplarité

Pourtant, selon les déclarations de la ministre elle-même, la loi ne tolérerait pas une absence injustifiée au poste pendant plus de trois mois. Au-delà de cette durée, le fonctionnaire concerné serait susceptible d’être proposé à la radiation. Or, la ministre de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, Laurence Ndong, n’aurait pas seulement été absente de son poste au-delà de la durée réglementaire, elle aurait, selon certains commentaires relayés sur les réseaux sociaux et au sein de l’opinion publique, été absente pendant une grande partie de sa carrière.

Le clou du spectacle réside dans les explications qu’elle a fournies pour justifier le maintien de son poste budgétaire au sein de la fonction publique. Selon ses déclarations, celui-ci aurait été maintenu grâce à l’intervention de certains agents bien implantés dans l’administration, qui auraient décidé, en passant outre les règles établies, de le geler pendant 21 ans afin qu’elle puisse le retrouver à son retour au Gabon.

Au-delà du caractère rocambolesque, voire abracadabrantesque, de ces explications, ce qui semble davantage susciter l’ire de nombreux Gabonais, c’est la légèreté avec laquelle Laurence Ndong paraît traiter la situation de ses compatriotes. Cette affaire semble donner corps à une idée largement répandue : « Celui qui a longtemps subi la domination peut parfois, une fois affranchi, être tenté de la reproduire. »

Égalité devant la loi,  l’exigence d’une administration sans traitement de faveur

L’ancienne égérie de la diaspora gabonaise en France se voit ainsi reprocher de reproduire les pratiques de ceux qu’elle dénonçait hier avec la dernière énergie. Certains estiment qu’au lieu de défendre les fonctionnaires, comme elle aurait elle-même bénéficié de leur protection pendant 21 longues années, elle a, volontairement ou non, choisi de devenir le bourreau de ces 1 473 agents désormais menacés de perdre leur emploi.

Au-delà de la polémique suscitée par cette vague de radiations, une question fondamentale demeure : celle de l’égalité de tous les agents publics devant la loi et  les règles qui régissent la fonction publique. Si l’assainissement des effectifs et la lutte contre les agents fantômes constituent des impératifs de bonne gouvernance, ils ne sauraient justifier des décisions arbitraires ni faire l’économie d’un examen rigoureux des situations individuelles. Les fonctionnaires effectivement en abandon de poste doivent répondre de leurs actes, mais ceux qui ont été maintenus sans affectation ou dont les administrations ont été supprimées ne sauraient être tenus pour seuls responsables des dysfonctionnements de l’État. 

Dès lors, Laurence Ndong peut-elle défendre une politique de radiation aussi rigoureuse sans apporter des éclaircissements complets sur sa propre situation administrative ? Au nom de l’exemplarité et de l’équité, les mêmes exigences de transparence et de responsabilité doivent s’appliquer à tous. Car, dans un État de droit, la rigueur administrative ne peut être crédible que si elle s’exerce sans privilèges ni traitement de faveur.

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