Le 7 et le recouvrement des 1 700 milliards: la parole présidentielle à l’épreuve de sa fermeté ou de sa légèreté 

Après le délai d’un mois accordé aux six cents personnes physiques et morales détenant 1700 milliards FCFA de dette a l’Etat, Oligui Nguema se retrouve obligé de choisir entre donner de la crédibilité à sa parole de chef de l’État, et la continuité de l’impunité héritée du régime déchu.  © Dépêches 241.

Libreville, le 7 octobre 2026-(Dépêches 241) Depuis ce matin, le regard du pays se tourne vers le gouvernement et vers l’institution judiciaire. Le 7 octobre 2026 avait été annoncé comme l’heure ultime, celle où les plus de six cents personnes physiques et morales redevables de cette somme colossale, révélée par le rapport de la Cour des comptes, devraient rendre des comptes. Chacun attend désormais la réaction du président Brice Clotaire Oligui Nguema, chef de l’État, chef du gouvernement et président du Conseil supérieur de la magistrature. Il ne lui suffit pas que ses ministres veillent à l’exécution de sa parole : il lui appartient d’y mettre sa propre main, afin qu’aucune institution et aucun homme ne songe à s’en détourner.

Il est connu de notoriété publique que la parole d’un chef d’État n’est pas une parole comme les autres. Elle porte le sceau de la sacralité, elle a force de loi et s’impose à tous, dans la limite du droit. En fixant cette échéance au lendemain de la publication du rapport, le président ne livrait pas une simple annonce, il engageait la majesté de la première institution du pays, celle qu’il incarne. Rien, absolument rien, ne devrait donc entraver cet engagement. C’est à lui, et à lui d’abord, qu’il revient de prêter sa puissance à sa propre parole, pour que nul n’ose la balayer d’un revers de main.

1700 milliards : la parole d’un chef d’État ne se renie pas

Car un chef d’État qui dit sans faire se condamne à l’image la plus cruelle qui soit, celle d’un acteur sur une scène de théâtre, dont les promesses n’auraient d’autre dessein que d’amuser l’auditoire, c’est-à-dire les institutions et le peuple. La solennité du ton deviendrait alors incontinence, et la fermeté affichée, inconséquence manifeste. 

En reniant pas sa parole, le président ne ferait pas que décevoir, il tuerait et noierait lui-même son autorité, car on ne craint plus ce que l’on a vu ne jamais s’accomplir. Le statut présidentiel s’en trouverait dégradé, la confiance envers les institutions érodée, et celle envers une justice dont les décisions, depuis des décennies, semblent trop souvent étrangères aux faits en sortirait plus durablement ébranlée encore. 

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Renoncer à toute action pénale contre des débiteurs manifestement en marge de la loi, dont certains le sont depuis plus de vingt ans, ne serait pas une simple indolence : ce serait, disons-le sans fioritures, sacraliser l’impunité au profit des puissants et exposer avec consternation une faiblesse qu’on aurait pas soupçonné d’un Général-Président. 

À cette exigence morale s’ajoute une nécessité financière. Les caisses de l’État s’assèchent plus vite que jamais, et les autorités en sont réduites à solliciter les marchés obligataires, régionaux comme internationaux. Certes, la somme peut sembler dérisoire au regard des besoins d’un Etat. Mais entre s’endetter encore et recouvrer ce qui est dû, le choix est vite fait. 

Une nécessité du respect de la parole en raison de la situation financière du pays 

Les nouvelles autorités de l’après-transition se tiennent ainsi sur une frontière fragile. D’un côté, le laisser-aller qui rappelle douloureusement l’ancien régime, avec son culte de la personnalité, ses détournements, son impunité et sa justice vassalisée, tous héritiers d’une parole présidentielle molle et légère. De l’autre, la reprise en main de l’autorité de l’État par la force impersonnelle du droit et de la parole présidentielle qui obligent chaque citoyen, quel que soit son rang, à la stricte observation de la loi. 

Là, la parole du chef de l’État ne se contente pas d’être sacrée, elle met en branle, telle une mécanique implacable, tous les rouages qui la changent en actes, et ces rouages tiennent en trois mots : fermeté, justice, sanction.

Le 7 octobre est ainsi un moment de vérité. La question n’est plus seulement de savoir si les 1 700 milliards seront recouvrés, mais si l’État sait donner un corps aux engagements pris au plus haut sommet de la République. Entre la parole présidentielle et son exécution, nul espace ne doit subsister pour l’ambiguïté. Car la crédibilité de l’action publique se mesure moins à la solennité des annonces qu’à la capacité des institutions à les transformer en actes, dans le strict respect du droit et sans distinction entre les citoyens.

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