Conflit foncier à Nkoltang : une expertise ordonnée par le tribunal empêchée à l’arme lourde, le président du Collectif arrêté 

L’expert envoyé par le tribunal de Ntoum pris au piège par l’escouade de la DSP, déployée par la SCI LEKABI ET KGM, le président Bissielo arrêté sur le site de Nkoltang.© Dépêches 241

Libreville, le 10 octobre 2026 – (Dépêches 241). Ce 10 octobre 2026, une expertise ordonnée par le tribunal de Ntoum dans le cadre du contentieux foncier de Nkoltang à la cité Bangol contre la SCI KMJ a été brutalement réprimée par la force à coup de Gaz lacrymogène et le président du Collectif des propriétaires arrêté par les éléments de la Direction de la Sûreté Publique. Ce qui devait être un acte de procédure de routine s’est transformé en épreuve de force. Une situation qui suscite l’indignation et interroge le rôle du commandement de la police dans cette affaire. 

Les faits se déroulent selon un scénario d’un film Hollywoodien. Après avoir arpenté le site et constaté, sous les décombres laissés par le passage d’engins, l’état des parcelles, la délégation, familles et expert judiciaire à la clé, a échangé avec le sergent Ngoma Ngoma de la Police nationale, à qui l’expert a précisé qu’il agissait en vertu d’une décision de justice. Rassurée, la délégation s’est dirigée vers la sortie. C’est là qu’une escouade de la Direction de la Sûreté Publique lui a coupé la route, sur une voie privée construite par le Collectif, bien au-delà de la zone que les forces de l’ordre sont censées sécuriser.

Quand une visite d’expert ordonnée par la justice se transforme en répression policière 

Armes lourdes en main,  les agents de la DSP auraient, selon les témoignages des membres du collectif, retenu la délégation sur place sur place plusieurs heures, dans l’attente d’un « dénouement » avec leur hiérarchie. Grande fut la surprise des membres du collectif qui au lieu de la hiérarchie va voir débarquer un commando de la DPS encagoulé armé de Famas et de fusil à pompe. Le commando va ensuite dans une violence inouïe, interpeller le président du  collectif, Gerrard Bissiello après à avoir battu et gazé des membres du collectif dont les femmes du 3e âge.  

Pendant les échanges, les agents de la DSP de Nkembo ont révélé que le site relevait directement du commandant en chef de la Police, le Général Ngoma Ngoma. Formulée ainsi, cette dernière information est d’une gravité particulière. Qu’un terrain au cœur d’un litige civil entre particuliers et une société privée bénéficie d’une protection rattachée au sommet de l’État, particulièrement du commandant en chef de la police, voilà qui dépasse de loin le cadre d’une simple querelle de voisinage, et pourrait témoigner de la participation de certains hauts gradés des force de sécurité et de défense dans les oppositions non officielles visant à spolier les citoyens. 

Gaz lacrymogènes, armes de guerre et arrestation : le scénario de l’escalade

Loin d’une simple improvisation, cette action semble relever d’un plan mûrement réfléchie et orchestrée par ces force de l’ordre. Le Collectif crie au guet-apens et accuse le sergent Ngoma Ngoma de les avoir mis en confiance avant d’alerter la DSP.  Si ces informations sont avérées, il va sans dire qu’elles constitueraient un précédent préoccupant et interrogerait le rôle funeste de la police dans cette affaire. Au cœur de cette affaire, un nom revient avec insistance, celui de Éric Enoch Tanguy Mboma Loemba, responsable de la SCI KMJ, à qui il est reproché de tirer les ficelles. 

Cette situation soulève de nombreuses questions de fond, et elles ne relèvent vraisemblablement pas du soupçon : sur quelle base juridique des agents de la police peuvent-ils immobiliser un expert commis par un tribunal, en pleine exécution d’une mesure avant dire droit ? Quel texte autorise la rétention de citoyens sur une voie privée ? Et au nom de quoi des policiers s’immiscent-ils dans l’exécution d’une décision judiciaire ? Qu’est ce qui peut expliquer qu’un site qui fait l’objet d’un contentieux soit gardé par la Police nationale plus particulièrement de la DSP ? 

Le spectre d’une police au service d’intérêts privés

Car c’est bien là le nœud du problème. Une expertise ordonnée par une juridiction n’est pas une démarche facultative : elle conditionne le jugement sur le fond. En l’empêchant, de fait ou de nom, on ne fait pas qu’incommoder quelques plaignants, on paralyse la justice elle-même. On envoie aussi un message dissuasif redoutable à toute personne qui, demain, voudrait saisir les tribunaux face à un acteur puissant : la loi peut ordonner, la force peut annuler.

Le cas de la cité Bangol à Nkoltang semble s’inscrire  malheureusement dans une séquence plus large, celle des conflits fonciers où les engins et les uniformes ont trop souvent tranché ce que les tribunaux devaient trancher. La SCI Lekabi n’a pas, à ce stade, donné sa version des faits, pas plus que le dirigeant de la société, la société KMG, la DSP ou la Direction générale de la Police nationale. Ce droit de réponse existe, et nos colonnes leur restent ouvertes. Mais l’absence de réponse n’est pas une explication, et le silence, ici, alimente l’interrogation légitime : les forces de sécurité doivent-elles restées neutres face à un litige opposant des particuliers à une entreprise privée, où elles doivent protéger l’entreprise au détriment des populations en détresse ?

La Ve République face au défi de l’impartialité policière

C’est enfin toute la cohérence de la Ve République qui se joue dans ces hectares de Nkoltang. Celle-ci a bâti sa légitimité sur la promesse de rupture avec les pratiques d’hier : l’État de droit, la neutralité des institutions, la primauté des décisions de justice. Or il suffit d’une route coupée et d’une escouade armée pour rappeler que la rupture se mesure moins aux discours qu’aux parcelles, au sens propre. Entraver une expertise judiciaire, c’est entraver la justice ; placer un site litigieux sous la protection du haut commandement, c’est brouiller la ligne entre l’État et les puissants qu’il est censé l’encadrer.

L’affaire de la cité Bangol mérite mieux qu’une note de service et qu’un communiqué feutré : elle appelle une enquête transparente sur l’intervention de la DSP, la clarification du commandement qui a présidé à cette opération, et surtout la possibilité, pour les familles, de faire exécuter la décision qui les concerne. En attendant, une question demeure suspendue au-dessus de la « rupture » promise. De qui répond  Éric Enoch Tanguy Mboma Loemba?  À  quoi sert une décision de justice, si celle-ci est réprimée par les armes de guerre ? Et surtout, qui pour répondre ? 

Nous y reviendrons 

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