Edgard Moukoumbi et la loi sur les Partis politiques: « Bousiller » le pluralisme démocratique ou le réhabiliter ? 

Le nouveau ministre entendra-t-il réhabiliter le pluralisme ou prolonger une réforme dont les incertitudes nourrissent désormais la méfiance ? © Dépêches 241

Libreville, le 20 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Nommé à l’Intérieur, Edgard Moukoumbi arrive avec une réputation de démolisseur, mais le dossier qui l’attend ne se règle pas à la pelleteuse. Plus de quatre mois après la clôture des dépôts, la régularisation des Partis politiques reste suspendue, et avec elle le pluralisme gabonais. Le ministre choisira-t-il de réhabiliter ou de « bousiller » ? Le chef de l’État, lui, ne pourra pas se contenter de regarder.

On l’appelle « le bousilleur ». Le surnom lui est resté des Travaux Publics, où Edgard Moukoumbi a cassé, déguerpi et rasé au nom de l’utilité publique, sans trop s’embarrasser de nuances. Le voilà place Beauvau gabonaise, à l’Intérieur, et à peine installé qu’ il a déjà désigné sa première cible : les églises de réveil, contre lesquelles il promet une véritable croisade. Soit. Mais un ministre de l’Intérieur ne se juge pas à la seule fermeté de ses coups de menton. Sur son bureau dort un dossier autrement plus lourd, que lui ont légué François Ndong Obiang, éjecté du gouvernement, et Adrien Nguema Mba, renvoyé au Travail, celui de la régularisation des Partis politiques.

Quatre mois de silence et des leaders politique qui crient haro 

Depuis le 27 juin, date de clôture des dépôts, c’est le flou et l’ambiguïté les plus totales. Sur 102 formations légalement reconnues, 69 avaient déposé leur dossier début juillet, d’après un communiqué du gouvernement. Et ensuite ? Aucune liste définitive, aucun calendrier clair, pas un mot qui rassure. Pendant ce temps, la classe politique tourne en rond dans une antichambre dont personne ne sait quand s’ouvrira la porte. Pire : le Conseil des ministres du 18 septembre a entériné une nouvelle modification du texte, alors que le Journal officiel indique que l’édition du 27 juin avait été retirée pour erreurs matérielles et remplacée par celle du 30. On change les règles avant d’avoir fini d’appliquer les précédentes. Cinq partis, l’UDERE, le MPO, l’UPR, l’UFN et le PRD, ont fini par le dire tout haut et demandent au chef de l’État une concertation politique inclusive.

Quand les doutes d’Ali Akbar Onanga se crédibilisent 

Il serait commode de balayer ces inquiétudes comme des jérémiades d’opposants. Ce serait une erreur. Dès l’annonce de la réforme, Ali Akbar Onanga alertait contre une rationalisation « sous couvert » de laquelle on viserait à façonner « un paysage politique docile, sans opposition véritable » . À l’époque, on pouvait y voir un procès d’intention. Aujourd’hui, le silence et les revirements lui donnent des arguments que personne n’avait besoin de lui fournir.

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 Qu’on assainisse un paysage encombré de Partis fantômes, personne de sérieux ne le conteste, et le Dialogue National Inclusif en avait posé l’ambition. Mais assainir n’est pas étouffer. À force de lenteur et d’opacité, la réforme finit par ressembler à ce que ses détracteurs redoutaient. Une volonté de caporalisation de l’Etat par l’étouffement de la démocratie et des voix dissonantes. 

Le « Bousilleur » face son véritable chantier 

Le nouveau ministre semble vouloir imprimer sa marque sur la question des églises de réveil, dont il a annoncé vouloir encadrer les activités. Mais la régulation des cultes, aussi sensible soit-elle, ne doit pas reléguer au second plan une question centrale pour la République : la liberté d’organisation et d’expression politique.

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Le surnom de « Bousilleur », acquis dans le contexte des démolitions et déguerpissements menés sous sa responsabilité aux Travaux Publics, pourrait bien lui coller à la peau. Il lui appartient pourtant de démontrer que l’action publique ne se résume pas à faire tomber, mais qu’elle consiste aussi à construire des règles justes, à protéger les libertés et à garantir l’équité. On ne réforme pas une démocratie comme on libère une emprise foncière. Les Partis politiques ne sont ni des bâtiments vétustes ni des obstacles à évacuer. Ils sont, qu’ils plaisent ou non au pouvoir, des acteurs de la représentation nationale.

Et si certaines formations ne remplissent pas les conditions légales, leur situation doit être tranchée selon des règles claires, dans le respect des droits de chacune. 

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