
Libreville, le 23 Octobre 2026 – (Dépêches 241). Présentées au nom de l’utilité publique et du développement urbain, les opérations de déguerpissement prennent une résonance particulièrement troublante à la lumière du chantier du futur siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), un immeuble de R+12 situé face à l’Assemblée nationale. Comment justifier que des familles aient été chassées de leurs habitations au nom de l’intérêt général, si le terrain libéré accueille finalement le siège d’une formation politique créée il y a moins de trois ans ? Au-delà de l’émotion, cette situation soulève des interrogations sur l’origine des expropriations sauvages, le financement du bâtiment et la différence entre les pratiques d’hier et celles d’aujourd’hui.
Il y a un peu plus d’un an, des familles étaient jetées, à la rue, chassées et déguerpis avec indécence au nom de l’intérêt général. Aujourd’hui, un immeuble de R+12 sort de terre en face de l’Assemblée nationale, près de l’ambassade de Chine. Cet immeuble n’est ni un hôpital, ni une école encore moins un édifice public. Il s’agit di futur siège de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), parti au pouvoir. Les équipes de CITP poursuivent les travaux, avec l’achèvement progressif des voiles et la pose des poutres. Chez les Gabonais, la découverte provoque stupeur, colère et indignation.
Les démolitions de juin 2025 à Plaine-Orety et Derrière l’Assemblée nationale ont plongé des centaines de Gabonais dans le désarroi, indignant l’opinion à la vue des familles entières errant parmi les gravats. Ces familles pensaient quitter leurs maisons pour de grands projets d’urbanisation et des bâtiments administratifs. Elles découvrent aujourd’hui qu’un parti politique s’installe sur ce site. « Les Gabonais ont été déguerpis et jetés à la rue pour construire le siège de l’UDB ? Avec l’argent du contribuable ? », s’étonne un citoyen. Derrière l’incrédulité, une même question : à qui profitait vraiment ce déguerpissement ?
Utilité publique : le siège d’un parti n’en relève pas
En principe, l’expropriation ne se justifie que par l’utilité publique : routes, hôpitaux, écoles, institutions de la République. Un siège de parti politique est un bien privé, au service d’une organisation qui vise la conquête et la conservation du pouvoir. Il n’a aucune vocation à servir l’ensemble des citoyens. « Donc on déguerpit les gens pour des raisons d’utilité publique alors que c’est pour construire le siège d’un parti politique. C’est très bien, allons-y », ironise amèrement une compatriote. Lionel Giovanni Boulingui pose la question de fond : à quel secteur du développement rattache-t-on cette construction, et un siège de parti est-il réellement un projet d’intérêt général ?
Qui a vendu ? Qui a payé ? Avec quel argent ?
Le terrain a-t-il été cédé à l’UDB ? À quel prix, et sur quelle autorisation ? Les sommes ont-elles été versées au Trésor public ? « J’ai juste une question en tant que Gabonais n’appartenant à aucun parti politique », s’interroge un citoyen, qui demande si l’argent est passé par les comptes du Trésor. Le chantier d’un immeuble de douze étages se chiffre en milliards de FCFA. Le parti est jeune, né il y a à peine plus d’un an. Qui finance, sous quelle forme, et avec quelles ressources ? Ces questions appellent des réponses publiques, chiffrées et vérifiables. Tant qu’elles resteront sans réponse, le soupçon d’un mélange entre argent public et argent partisan ne se dissipera pas.
Le « changement » qui ressemble au passé, en pire
Pendant des décennies, les Gabonais ont reproché au PDG la confusion entre l’État et le parti. Les « Bâtisseurs » promettaient la rupture. Or ils sont accusés de faire pire : un parti de moins de deux ans installe son siège sur des terres libérées par des déguerpissements, des larmes et la déshumanisation, alors que des familles attendent encore d’être relogées ou indemnisées. « Quelle tristesse de voir les habitations des citoyens détruites en guise de commencement, le siège de l’UDB sérieux », déplore un internaute. Il ajoute que « ceux qui sèment l’injustice oublient que l’Histoire finit toujours par demander des comptes ».
Reste à savoir si le pouvoir répondra avant que cette colère ne devienne rupture de confiance.







