ERAMET sous le contrôle de l’État français : le projet de transformation du manganèse gabonais de plus en plus incertain ?

Le Groupe Eramet passant sous le controle de l’Etat français, Oligui Nguema pourra-t-il encore tenir sa promesse de transformation locale du manganèse ? © Dépêches 241

Libreville, le 26 Octobre 2026-(Dépêches 241). Selon les informations relayées par TV5 Monde, l’Etat Français aurait récemment renforcé sa participation au capital d’ERAMET. La France consolide ainsi son influence sur un groupe stratégique dont dépend COMILOG, l’un des principaux acteurs de l’exploitation du manganèse au Gabon. Cette évolution intervient alors que Libreville a déjà repoussé à 2031 l’échéance annoncée pour la transformation locale du minerai. De quoi raviver les interrogations et les inquiétudes sur les véritables perspectives d’industrialisation du manganèse gabonais sur le territoire national. 

L’État français renforce sa présence au capital d’ERAMET, au moment où le groupe minier traverse une période financière pour le moins difficile. Par l’intermédiaire de son Agence des participations de l’État (APE), Paris détient déjà environ 27 % du capital de cette multinationale spécialisée dans l’exploitation et la transformation des métaux stratégiques. Dans le cadre d’une augmentation de capital de 500 millions de dollars, sa participation pourrait atteindre près de 49 %, selon les informations rapportées par Bercy. Selon nos confrères de TV5 Monde, l’opération mobiliserait plus de 300 millions de dollars de fonds publics français, répondant à un objectif de consolidation financière et de préservation d’un actif industriel considéré comme stratégique 

La France à la rescousse du groupe minier en difficulté financière 

Les difficultés financières du groupe permettent de mieux comprendre cette intervention. En 2025, ERAMET a enregistré un chiffre d’affaires de 3,16 milliards d’euros, pour une perte nette de 477 millions d’euros. Le ralentissement des marchés des matières premières et les tensions affectant plusieurs métaux stratégiques ont fragilisé ses performances. Dans ce contexte, l’intervention de l’État français vise à soutenir le groupe, à sécuriser ses capacités industrielles et à préserver son influence dans des secteurs essentiels aux chaînes d’approvisionnement internationales. 

La montée de sa participation traduit donc autant une opération de sauvetage financier qu’un choix de souveraineté industrielle. La famille Duval, historiquement associée au contrôle du groupe, pourrait ainsi voir son influence relative diminuer. Mais le renforcement de l’actionnariat public français ne signifie pas, à lui seul, que toutes les décisions d’ERAMET seront désormais directement dictées par Paris.

Un sauvetage qui suscite interrogations et inquiétude 

Au Gabon, les conséquences potentielles de cette opération sont loin d’être secondaires. À travers la Compagnie minière de l’Ogooué (COMILOG), filiale d’ERAMET, le groupe occupe une place centrale dans l’exploitation du manganèse gabonais, une ressource stratégique pour l’économie nationale. Le renforcement de la présence de l’État français au sein de la maison mère consolide donc son poids dans un ensemble industriel dont dépend une partie importante de la valorisation de ce minerai. Dès lors, une question mérite d’être posée : que gagne réellement le Gabon dans cette recomposition actionnariale ?  D’autant que rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que opération s’accompagne de garanties nouvelles en faveur de la transformation locale du manganèse. 

Cette interrogation prend tout son sens au regard des ambitions gabonaises en matière d’industrialisation. Le pays entend dépasser le modèle fondé principalement sur l’extraction et l’exportation du minerai brut pour développer sur son territoire des activités de transformation à plus forte valeur ajoutée. Or, l’échéance annoncée pour la concrétisation de ce projet a été repoussée de 2029 à 2031. Ce report nourrit les inquiétudes quant à la capacité des autorités à imposer un calendrier industriel conforme aux intérêts nationaux. Dans un contexte où les discussions sur la souveraineté économique, la valorisation des ressources naturelles et la captation locale des revenus miniers occupent une place croissante, quand bien même le décalage entre les ambitions affichées et les résultats attendus devient un véritable enjeu politique et économique pour les gabonais. 

La transformation du manganèse sur le territoire national, à condition d’utiliser les leviers à la disposition 

Dès lors, l’échéance de 2031 constitue un test majeur pour les autorités gabonaises. Si le renforcement de l’actionnariat français peut contribuer à stabiliser ERAMET et à financer ses activités, il ne garantit nullement que les intérêts industriels du Gabon seront placés au premier plan. Tout dépendra des engagements contractuels, des investissements effectivement réalisés, des obligations imposées à COMILOG et de la capacité de l’État gabonais à faire respecter ses exigences. 

Certes, Libreville dispose de leviers liés à la réglementation minière, aux autorisations d’exploitation, à la fiscalité et aux négociations avec l’opérateur. Encore faut-il les mobiliser de manière cohérente, en fixant des objectifs mesurables et des échéances assorties de mécanismes de contrôle. La souveraineté sur une ressource naturelle ne se résume pas à la propriété du sous-sol : elle suppose également de maîtriser davantage sa transformation, sa valorisation et les retombées économiques qui en découlent. 

L’impossible tenue de l’échéance de 2031 face aux intérêts français

L’opération financière engagée autour d’ERAMET révèle une réalité fondamentale : lorsque les intérêts industriels stratégiques sont en jeu, l’État français est prêt à mobiliser des ressources publiques pour préserver sa capacité d’influence. Le Gabon peut-il, de son côté, obtenir des garanties aussi concrètes pour transformer localement son manganèse ? À ce stade, rien ne permet d’affirmer que l’échéance de 2031 sera respectée. Le pessimisme ne doit pas devenir une conclusion anticipée, mais les retards déjà enregistrés justifient une vigilance accrue. Il appartient désormais aux autorités gabonaises de négocier des engagements fermes, vérifiables et assortis de conséquences en cas de non-respect. 

Si la transformation locale devait une nouvelle fois être différée sans justification convaincante, Libreville devrait alors réévaluer les conditions de son partenariat avec ERAMET. Car l’enjeu dépasse la relation entre un État et une entreprise : il concerne la capacité du Gabon à convertir une richesse extraite de son sol en puissance industrielle, en emplois et en prospérité nationale.

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