Construction du siège de l’UDB : quand, par un communiqué laconique, le parti tente de justifier l’injustifiable

Sur les terres des déguerpis, le siège de l’UDB soulève une question de morale et de responsabilité politique ©Dépêches 241

Libreville, le 27 octobre 2026-(Dépêches 241). Visiblement, « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». C’est ce qui semble ressortir de la polémique liée à la construction du siège de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), au lieu-dit derrière l’ambassade de Chine, où des milliers de familles gabonaises ont été déguerpies pour cause d’utilité publique. Pour justifier ce qui apparaît comme une indécence et un mépris du parti à l’égard des populations, et face aux voix critiques qui  s’élèvent contre ce choix moralement injustifiable, l’UDB, par la voix de son secrétaire général, Mays Mouissi, invoque, dans un communiqué laconique, presque comique, une attribution de parcelle par l’État. Une situation qui, loin de rassurer, suscite davantage d’indignation. 

Presque un an et demi après le passage éhonté des bulldozers qui ont rasé, à la demande de l’État, les maisons et les biens des populations résidant dans la zone de Plaine-Orety et du Boulevard triomphal, notamment derrière l’ambassade de Chine, l’UDB a choisi d’ériger son siège sur ce lieu de douleur et de souffrance indescriptibles. Alors que la majorité de ces familles continue d’affronter quotidiennement les intempéries à la belle étoile, le parti d’Oligui Nguema, que les Gabonais ont porté à la tête du pays, aurait décidé d’enfoncer le clou.

Une attribution foncière qui soulève de lourdes interrogations

La construction du siège de l’UDB ne saurait constituer un problème en soi, d’autant plus que la loi sur les partis politiques l’exige. Ce qui fâche, c’est le lieu choisi. Les populations de ce quartier ont été déguerpies, prétendument, pour permettre la construction du boulevard de la Libération de la Transition et de tous les projets étatiques connexes. Ces derniers devraient, en principe, obéir à la logique de construction des infrastructures publiques : lorsqu’elles ne sont pas directement au bénéfice des populations, elles devraient l’être au profit de l’État. Or, ni l’UDB ni son siège, dont le projet ferait référence à un immeuble de type R+12, ne semblent présenter un intérêt direct pour l’État, encore moins pour les populations.

Dans son communiqué rendu public à la suite des critiques et de la divulgation de l’information par de nombreux médias, le parti indique que ce terrain aurait été « attribué » à l’UDB. Dans ce cas, qui a attribué cette parcelle à l’UDB ? Si c’est l’État, pourquoi le parti présidentiel serait-il le seul à en bénéficier, et pas les autres formations politiques ? Et si tant est que cette parcelle a effectivement été attribuée à l’UDB, pourquoi avoir accepté de s’y installer, en connaissant l’histoire encore fraîche dans la mémoire des Gabonais liée à ce terrain ? Doit-on comprendre que les dirigeants de l’UDB n’ont aucun sens de l’éthique et se préoccupent peu de la morale ?

Sur les décombres des déguerpissements, une faute politique

Une chose semble désormais sûre : les cris et les souffrances des populations ne semblent pas faire partie des préoccupations de ceux qui dirigent le parti présidentiel. Car un parti qui choisit, ou accepte, même par défaut, de construire son siège sur les larmes et les cris sanguinolents d’un peuple qu’il prétend défendre n’augure rien de bon. Et oser justifier ce choix sous prétexte d’une attribution dont le cadre demeure inconnu démontre, aux yeux des populations, un manque de moralité et de décence envers les populations en souffrance.

La construction de ce siège dans un lieu aussi sacrificiel pour la population rappelle une réalité patente : les femmes et les hommes politiques de ce pays ne sont pas dignes de confiance. Lorsqu’ils cherchent à gagner en visibilité et à gravir les échelons pour intégrer le cercle fermé de ceux qui gouvernent, ils sont pleins de bonnes intentions, donnent l’illusion de défendre les intérêts du peuple et paraissent prêts à tous les sacrifices pour son bien. Pourtant, dès qu’ils accèdent au pouvoir, ce même peuple devient, de manière inexplicable, leur marchepied.

Il faut le dire très clairement : la construction du siège de l’UDB à cet endroit n’est pas une simple erreur, c’est une faute politique. Car, au-delà des interprétations, elle consacre, aux yeux de ses opposants, la violence d’un parti-État contre le peuple, consolide l’injustice et érige l’indifférence en modèle de gouvernance, dans un pays où les populations manquent encore du minimum vital.

L’éthique politique à l’épreuve de la mémoire des victimes

Au-delà de la polémique autour de la construction de son siège, l’UDB est désormais confrontée à une question essentielle : celle de la cohérence entre les valeurs qu’elle revendique et le choix des actes qu’elle pose. Une attribution foncière, même régulièrement effectuée, ne suffit pas à effacer la mémoire des déguerpissements ni à répondre aux interrogations sur l’opportunité morale et politique de cette implantation. Tant que les autorités compétentes n’auront pas clarifié les conditions d’attribution de cette parcelle et la destination initialement prévue pour ce site, le doute persistera. 

Car gouverner et prétendre représenter le peuple ne consistent pas seulement à respecter les procédures administratives ; cela exige aussi de tenir compte des souffrances humaines et de rendre des comptes à ceux au nom desquels le pouvoir est exercé.

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