Réseaux sociaux libérés : huit mois de suspension, zéro leçon d’exemplarité

L’interdiction des réseaux sociaux qui vient d’être levée par la HAC était officielle, mais les connexions n’ont jamais totalement disparu ©Dépêches 241

Libreville, le 26 Octobre 2026 – (Dépêches 241). La Haute Autorité de la communication (HAC) a annoncé, le 24 octobre, la levée de la suspension des réseaux sociaux au Gabon, après plus de huit mois de restriction. Officiellement destinée à lutter contre les dérives numériques et à protéger les institutions, la mesure n’a pourtant jamais empêché les Gabonais de se connecter. Entre le recours massif aux VPN, les publications de responsables publics et les déclarations embarrassantes du porte-parole de la présidence, cette séquence laisse derrière elle une question plus profonde : que vaut une décision que ceux qui la défendent finissent eux-mêmes par contourner ?

Comme il y a quelques mois, C’est un communiqué lu à la télévision nationale qui a mis fin à l’épisode. Par la voix de son porte-parole, Jean Claude Franck Mendome, la HAC a annoncé la levée de la mesure, huit mois après l’avoir décrétée « jusqu’à nouvel ordre ». Facebook, TikTok, YouTube, Instagram : tout avait été coupé, WhatsApp fonctionnant seulement en partie. L’autorité invoquait alors des contenus menaçant la stabilité des institutions et la sécurité nationale. Mais très vite, la réalité du terrain a pris le pas sur le texte.

L’heure de  gloire des VPN: suspension contournée dès ses premières semaines

Les Gabonais majoritairement contre cette mesure du reste largement critiquée, n’ont pas attendu longtemps pour s’adapter. Grâce aux VPN, ces réseaux privés virtuels qui masquent la connexion, une grande partie de la population est restée active sur les plateformes, comme si de rien n’était. Les VPN ont rapidement offert une porte de sortie à de nombreux internautes. Ils postaient,  commentaient et  s’informaient naturellement. La suspension existait dans les textes, pas dans les usages. Elle gênait, certes, mais elle n’empêchait presque rien.

Quand l’État ne respecte pas sa propre mesure

Mais le plus troublant était ailleurs. Pendant que la suspension était officiellement en vigueur, les contenus du président de la République étaient diffusés  sur ces réseaux, à travers le format « Cash » du journalisme Chamberland Moukouama. Dans la même veine, plusieurs membres du gouvernement et de l’administration publiaient eux aussi, sans la moindre gêne. Autrement dit, l’État s’affranchissait d’une règle qu’il avait érigée et même défendue, y compris devant les médias étrangers. 

Le cas de Théophane Nzame-Nze Biyoghe est, à cet égard, particulièrement éloquent. Conseiller spécial et porte-parole de la présidence de la République, il avait défendu la suspension sur des plateaux de télévision français. Or, début octobre, lors de son passage dans l’émission Dafresh Morning, sur Urban FM, il a reconnu utiliser régulièrement un VPN pour accéder aux réseaux sociaux et à YouTube, admettant agir « en marge de la loi ». 

La portée de cette déclaration dépasse le cas personnel de son auteur. Elle vient fragiliser le discours officiel en exposant un décalage entre la défense publique de la mesure et les pratiques de celui qui la porte. Comment convaincre les citoyens du bien-fondé d’une restriction lorsque le représentant de la présidence reconnaît lui-même la contourner ? L’épisode ne suffit pas, à lui seul, à établir que tous les responsables publics ont agi de la même manière. Il pose néanmoins une question de responsabilité et d’exemplarité.

Une mesure maintenue, mais violée

Reste la symbolique, qui dépasse largement l’anecdote.La levée annoncée le 24 octobre ne clôt donc pas seulement huit mois de restriction. Elle invite aussi à regarder ce que cette période a révélé. En maintenant la suspension alors que les usagers la contournaient largement, les autorités ont entretenu une situation paradoxale. Et ce paradoxe avait un visage, celui d’une interdiction officielle, mais une connexion qui n’a jamais totalement disparu. 

La HAC justifie désormais sa décision par le renforcement du cadre juridique et par une coopération avec des plateformes comme. Mais que reste-t-il en réalité de de l’autorité d’une règle que ses propres auteurs ne respectent pas ? Mieux, une mesure publique peut-elle conserver son autorité lorsque son application demeure incomplète et que ceux qui la défendent ne semblent pas toujours s’y soumettre ?

En vérité, cette suspension n’en était plus une depuis longtemps. Elle servait de cadre pendant que l’État ajustait son arsenal juridique, jusqu’à l’obligation d’identification formelle des usagers, instaurée en octobre. Mais au-delà des réseaux sociaux c’est la crédibilité de la parole publique qui se trouve ici en jeu. 

Car l’autorité d’une décision ne repose pas uniquement sur son annonce. Elle dépend aussi de sa cohérence, de son application et de l’exemple donné par ceux qui la portent. La levée d’aujourd’hui ne referme pas seulement une parenthèse,  elle laisse une question ouverte sur la cohérence de ceux qui décident et gouvernent.

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