Élections législatives et locales 2025: Le PDG, entre spectre d’exclusion et bataille interne des candidats

Le Parti Démocratique Gabonais est au coeur d’un bicéphalisme qui pourrait leur coûter une exclusion aux prochaines élections © Dépêches 241

Libreville, le 6 Août 2025 – (Dépêches 241). Selon le calendrier électoral fixé par le Ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, le dépôt des candidatures pour les élections législatives et locales a débuté le dimanche 27 juillet. Les aspirants à un mandat disposent jusqu’au 7 août 2025 pour soumettre leurs dossiers de candidature. Alors que les partis affûtent leur stratégie et déposent leurs candidatures avant la date butoir du 7 août, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) fait face à une possible suspension de ses activités politiques nonobstant le fait qu’il ait déjà rendu public la liste de ses candidatures. 

Pendant plus d’un demi-siècle, le PDG a exercé une domination absolue sur la scène politique, imposant sa loi lors de chaque élection. Avant 2023, le parti remportait toutes les élections présidentielles, détenait la majorité à l’Assemblée nationale et s’assurait une large victoire aux élections locales. Il suffisait presque qu’un candidat porte l’étiquette du PDG pour être d’emblé et systématiquement élu. Le parti, solidement structuré et implanté, savait maintenir l’ordre dans ses rangs. Après le décès du président fondateur Omar Bongo Ondimba, la succession d’Ali Bongo Ondimba, son fils, s’est faite sans difficulté. Mais depuis la chute de ce dernier, le parti sombre dans le chaos. Le PDG est depuis le début de la transition, un vaisseau fantôme dont les enfants d’une même maison situé rue Raponda Walker à Louis, disputent le poste de commande pendant qu’il fonce droit au mur.  

Le Parti Démocratique Gabonais (PDG) continue à jouer à la guerre des clans

Le parti qui fut autrefois un mastodonte politique n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même. Privé d’une grande partie de ses militants, partis en masse rejoindre le nouveau parti présidentiel, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), le PDG souffre également de l’absence d’un leader unanimement reconnu. Depuis le coup d’État de 2023, un bicéphalisme évident mine son fonctionnement interne. Ali Akbar Onanga Y’Obegue et Blaise Louembé se disputent le leadership du parti. Le premier est resté loyal à Ali Bongo et le second prône plutôt une rupture avec l’ancien PDG et accusé de s’être vautré dans « l’opportunisme politique le plus abject ». 

Ce bicéphalisme complique non seulement l’identification des membres du parti, mais constitue surtout un véritable obstacle au bon fonctionnement de celui-ci. Le 21 juillet, la faction conduite par Blaise Louembé empêchait l’accès au siège à la faction adverse qui voulait tenir une réunion. Les deux camps ont préparé les élections législatives et locales. Le 24 juillet dernier, Arthur Benga Ndjeme, le secrétaire général adjoint 1 du PDG de l’aile des loyaux a publié un calendrier pour la préparation des candidatures aux élections. Le 31 juillet, Blaise Louembé a tenu une importante rencontre réunissant tous les membres du Comité permanent du bureau politique. Parmi les présents figuraient notamment Angélique Ngoma, Éric Dodo Bounguendza, Crépin Andrew Gwodog, ainsi qu’Edgard Anicet Mboumbou Miyakou. L’ordre du jour a porté sur les investitures aux élections législatives et locales de septembre 2025. 

Malgré l’importance des échéances électorales, il semble clair que celles-ci n’ont pas suffi à réunir les deux clans. Les rivalités personnelles et les guerres d’ego prennent manifestement le pas sur l’intérêt commun. 

Un article 64 de la loi sur les partis politiques menaçant 

En vertu  de l’article 64 de la loi sur les partis politiques, sans préjudice des autres sanctions applicables prévues par les textes en vigueur, le Ministre de l’Intérieur peut, après interpellation des partis concernés restée sans suite, par décision motivée, suspendre les activités d’un parti politique ou d’un groupement des partis politiques en cas notamment de bicéphalisme à la tête du parti et de prolongement anormal d’une situation de scission.

Le PDG semble se diriger inexorablement vers cette issue dans les prochains jours. Saisie en référé au mois de mai afin de statuer sur ce différend, la Cour constitutionnelle n’a, à ce jour, toujours pas rendu son verdict. Si les autorités chargées de l’organisation des élections électorale ne prennent aucune décision, le risque est de voir des confrontations opposant, d’un côté, les pdgistes loyalistes, et, de l’autre, ceux qui appellent à une rupture. Une situation pour le moins confuse, non seulement pour les sympathisants du PDG, mais également pour l’ensemble du paysage politique.

Vers des doubles candidatures sur certains sièges

Le 6 août 2025, Blaise Louembé a publié sur ses réseaux sociaux la liste des candidatures de sa faction du PDG. Le courant « pro-rupture » du parti présente des candidats dans toutes les provinces ainsi que dans la diaspora. De son côté, Ali Akbar Onanga Y’Obegue devrait également rendre publique sa liste, mais il ne dispose pas d’un soutien comparable. En effet, la grande majorité des militants ont rallié la démarche de Blaise Louembé, lequel bénéficie non seulement de l’adhésion de la majorité, mais également du siège officiel du parti à Louis et du contrôle de ses réseaux sociaux. Ainsi, l’initiative d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue apparaît davantage comme une résistance isolée, soutenue par une poignée de partisans et l’aval de l’ancien « Distingué camarade », Ali Bongo Ondimba. Il est donc probable que certaines circonscriptions voient s’affronter deux candidats issus du PDG. Toutefois, ces cas devraient rester rares au vu du faible nombre de partisans d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue.

Par ailleurs, l’hypothèse de la double candidature semble bien plus crédible que celle d’une suspension pure et simple du parti. Si le ministre de l’Intérieur avait eu l’intention d’écarter le PDG, il l’aurait vraisemblablement déjà fait. Lors de l’ouverture du dépôt des candidatures, les autorités électorales ont rappelé les règles susceptibles d’exclure certains candidats, notamment l’obligation pour les anciens postulants d’avoir fait valider leurs précédents comptes de campagne par la Cour des comptes. Le silence des autorités sur la situation interne du PDG laisse plutôt penser qu’elles valident de facto son bicéphalisme et la coexistence de listes concurrentes.

D’autant plus que parmi les candidats présentés par Blaise Louembé figurent des personnalités influentes du régime, ainsi qu’un ministre en exercice, dont on imagine mal la disqualification.

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