
Libreville, le 3 septembre 2025 – (Dépêches 241). Lors de son discours du 29 août 2025, à l’occasion de la célébration de la fête de la Libération, le Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé plusieurs mesures phares. Parmi elles, figure l’augmentation du budget alloué aux Forces de Défense et de Sécurité. Une décision qui, si elle traduit la volonté du régime de renforcer l’appareil militaire, n’a pas manqué de susciter de vives réactions dans la classe politique.
L’un des premiers à s’indigner face à cette annonce fut l’ancien Premier Ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze. Pour lui, la mesure traduit un choix paradoxal du Gouvernement, qui dans le même temps a revu à la baisse les crédits affectés aux bourses d’études. Dans une sortie virulente, celui qu’on appelle ACBBN a dénoncé ce qu’il considère comme un déséquilibre grave dans les priorités de l’action publique, estimant que « l’avenir au Gabon s’écrira désormais en kaki » sous le nouveau régime.
Selon plusieurs observateurs, le discours présidentiel aurait gagné à mettre davantage l’accent sur des mesures sociales fortes, une meilleure stratégie de lutte contre le chômage ou encore le renforcement des conditions d’apprentissage. Or, le choix d’annoncer une revalorisation du budget militaire, déjà jugé élevé par rapport à d’autres secteurs, a été perçu comme une erreur politique. D’où la réaction ferme d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui a tenu à marquer sa désapprobation.
Sur sa page Facebook, le natif du canton Ntang-Louli a pointé du doigt ce qu’il qualifie de « paradoxe inquiétant ». Selon lui, sacrifier le secteur éducatif en réduisant drastiquement les moyens consacrés aux étudiants, pour favoriser l’armée, revient à affaiblir l’avenir du pays. Aussi, a-t-il souligné, « On baisse le budget alloué aux bourses d’études, on augmente celui destiné aux forces de défense et de sécurité », estimant que cette orientation budgétaire illustre un déséquilibre préoccupant.
Ce contraste apparaît d’autant plus incompréhensible que les autorités affirment vouloir impulser une nouvelle dynamique économique, notamment à travers la transformation locale de nos matières premières. Or, une telle ambition requiert une main-d’œuvre qualifiée, issue d’un système éducatif performant. Or, réduire les moyens de l’éducation fragilise de facto cette stratégie et risque de faire de cette volonté gouvernementale un simple effet d’annonce.
À cet effet, Bilie-By-Nze n’a pas mâché ses mots, assénant : « L’avenir s’écrit en kaki ! ». Allant plus loin encore, il s’est interrogé : « Est-ce dans les casernes que l’on formera les ingénieurs pour la transformation locale de nos matières premières ? ». Une question rhétorique qui, au-delà de la critique politique, soulève le problème central de l’équilibre entre défense nationale et développement social et économique du pays.
Ainsi, si l’armée joue un rôle crucial dans la protection du territoire et des citoyens, elle ne peut constituer à elle seule le socle du développement national. Le Gabon, pour répondre aux aspirations profondes de sa population, doit miser sur un équilibre budgétaire qui valorise aussi bien l’éducation, la santé, l’emploi et l’économie que la sécurité. Faute de quoi, la vision gouvernementale risque d’être perçue comme une militarisation des priorités nationales au détriment des véritables besoins du peuple.







