Le Gabon sans sélectionneur : le ministère des sports, seul responsable d’un vide inquiétant ? 

Pourquoi le dossier s’agissant du sélectionneur est-il bloqué au ministère des sports ?

Libreville, le 5 Mars 2026- (Dépêches 241). La commission de recrutement a remis son rapport par le biais de la Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot) depuis le 25 février 2026. Mais depuis cette date, le nom du nouveau sélectionneur des Panthères du Gabon se fait toujours attendre. Le blocage, selon nos confrères de L’Union, viendrait d’un seul endroit : le bureau du ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany. Entre volonté de mainmise, logique personnelle et incohérence institutionnelle, la question mérite d’être posée sans détour :  qu’est-ce qui bloque réellement ?

Conformément aux usages et aux procédures en vigueur, la commission en charge du recrutement du sélectionneur national, mise en place par la Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot) a travaillé, délibéré et transmis ses conclusions. Une short-liste de trois (3) composée du Français Landry Chauvin, du portugais Luis Boa Morte et du Franco-portugais Anthony Da Silva. 

Pierre Alain Mounguengui, président de l’instance faîtière du football Gabonais , l’a confirmé sans ambiguïté : « Depuis le 25 février dernier, nous avons envoyé au ministre des Sports comme de coutume dans notre pays, la short liste définitive des trois potentiels sélectionneurs des Panthères. Il revient de dégager le nom du coach national, sachant que nous lui avons déjà donné des pistes de choix conformément au dossier de candidature des uns et des autres. » Le message est limpide. La balle est dans le camp du ministère. Elle y est depuis dix jours. Et visiblement, elle n’a pas bougé.

Là où le problème semble se poser , c’est dans la nature du blocage lui-même. Car Paul Ulrich Kessany ne tarde pas parce que le dossier est incomplet ou les candidats insuffisants. Non. Il tarde à la lumière de ses propres propos, parce qu’il entend modifier en profondeur la procédure. À la place d’un sélectionneur nommé selon les règles habituelles, le ministre voudrait, selon les informations de L’Union, mettre en place une direction technique nationale et un staff technique dans leur globalité. Sa déclaration le confirme sans ambages : « Il est question de mettre en place une direction technique, un staff technique et pas seulement le sélectionneur », a-t-il déclaré. 

Un ministre qui veut dicter les règles du jeu, au mépris de toute logique ? 

Curieuse conception des choses. Au nom de quelle logique sportive ou institutionnelle le ministre souhaite -t-il qu’un staff technique soit constitué antérieurement à la nomination d’un sélectionneur ? Cette question en bon droit se pose car il est connu de notoriété publique,  et de pratique universelle dans le football, que c’est le sélectionneur national qui, une fois désigné, choisit ses collaborateurs. 

C’est lui qui définit sa méthode, sa tactique, son projet de jeu et sélectionne en conséquence ses adjoints, sa structure et son encadrement à l’effet se matérialiser son projet de jeu. Il connaît les hommes et en maîtrise les profils.  Vouloir court-circuiter cette démarche, c’est prendre le problème à l’envers. C’est placer la charrue avant les bœufs. Et surtout, c’est s’immiscer dans un domaine qui n’est pas de la compétence d’un ministère, mais de celle du technicien recruté.

Il faut dire que cette volonté de contrôle sur la composition du staff si elle interroge chez d’aucuns, n’est pas nouvelle pour d’autres, chez Paul Ulrich Kessany. Les mémoires sont longues dans le monde du football gabonais. Et les mémoires récentes révèlent que du temps où Thierry Mouyouma occupait le banc des Panthères, l’actuel ministre, alors simple conseiller en charge du sport à la Présidence de la République,  avait déjà tenté de peser sur la constitution de l’encadrement technique du technicien gabonais. Il avait à l’époque essuyé un refus catégorique de la part de Mouyouma. L’épisode était resté dans les annales comme l’illustration d’une ingérence avortée,  mais aussi pour beaucoup, l’un des épisodes de l’animosité entre Kessany et son ancien coach au FC 105. 

Le spectre d’un règlement de compte ? 

Désormais aux affaires, disposant d’une autorité institutionnelle légitime que les circonstances lui ont accordée, l’homme semble avoir décidé de reprendre la main, et peut-être de prendre sa revanche. Certaines personnalités avec qui il ne passerait pas ses vacances se retrouvent aujourd’hui dans une position de vulnérabilité. La tentation est grande, pour qui détient le pouvoir, d’en profiter pour régler des comptes nés des contentieux anciens. Si tel devait être le cas, c’est la sélection nationale tout entière,  institution qui dépasse les individus, qui en serait la première victime.

Au demeurant, il est important de rappeler à toute fin utile, une vérité fondamentale : la sélection nationale des Panthères du Gabon est une Institution. Elle ne saurait être le terrain de jeu d’hommes, quels que soient leurs rangs ou leurs ressentiments. Les prochaines échéances de l’équipe nationale approchent notamment la prochaine fenêtre FIFA où elle a été invitée à disputer un mini tournoi avec son premier match le 27 mars face à l’Ouzbékistan.  Chaque jour sans sélectionneur est un jour de préparation perdu, un jour de cohésion en moins, un jour supplémentaire d’incertitude pour des joueurs qui méritent mieux. 

La Fegafoot a joué son rôle. Le rapport est déposé. Le processus est transparent. Il ne reste plus qu’une décision à prendre, celle qui relève du ministre. Paul Ulrich Kessany dispose de tous les éléments pour agir. Ce qu’il attend, nul ne le sait vraiment. Mais si le Gabon rate cette  compétition ou y va dans des conditions d’impréparation , sans staff stable, sans sélectionneur installé, la responsabilité sera clairement et uniquement la sienne. Et l’histoire, dans ces cas-là, a la mémoire longue.

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